Accouchement à la maison en Maine et Loire

...où quand les parents décident de rester dans leur nid.

26 avril 2009

Témoignage de Marie: la naissance d'Arthur

<p>Naissance d’Arthur</p>

Naissance d’Arthur

Préambule :

« Dis bien à Marie que vous êtes en train de vivre une naissance, donc un moment magique… »

C’est avec ces mots que notre sage-femme, Catherine,  m’a permis de ne pas rester sur un « échec ». Et c’était important que la naissance d’Arthur ne reste pas un souvenir malheureux. Elle est un souvenir très heureux, le plus bel événement de ma vie, mais douloureux tout de même.

Parfois, le destin joue contre nos prédictions, mais en l’occurrence, un enfant né en bonne santé, plein de vie, vaut plus que n’importe quel idéal de naissance…

Le grand bonheur arrive, adieu projet, bonjour Arthur…

Récit de la naissance d’Arthur, né le 3 avril 2008 au CHU d’Angers

Emballés par les expériences de naissance à domicile de deux couples d’amis de la région d’Angers, Patrick et moi avons décidé de faire naître notre enfant chez nous, dans notre cocon.

Notre choix était avant tout motivé par le respect de l’enfant, une naissance sans médicalisation, naturelle, dans le calme, la douceur, et l’amour d’un foyer. C’était également dans le souci de respect de mon corps de femme, physique et psychologique, afin de ne pas souffrir inutilement des interventions intempestives des médecins (épisiotomie, injections diverses et variées), mais aussi pour la sensation d’accompagner mon enfant vers la vie hors de moi (sans péridurale).

Ce ne fut pas chose facile.

D’une part, aucune sage-femme du le département ne pratiquait la naissance à domicile pour une nouvelle famille. Après prospections, coups de fil, recherches internet, et beaucoup d’insistance, nous avons fini par en trouver une installée en Loire-Atlantique, Catherine, qui s’est laissée convaincre par notre force de persuasion.

D’autre part, il nous a fallu déménager pour trouver un logement plus sain (le premier étant très très humide), rassurer nos familles (qui ont toujours respecté notre choix avec le plus grand tact, merci à elles !).

Nous avons également cherché puis trouvé une autre sage-femme, sur Angers, Brigitte, pour éviter la route, qui nous a préparés tous les deux à la venue d’un bébé à la maison. Le papa a été impliqué à chaque séance pour m’aider à surmonter la douleur des contractions, via les mouvements du bassin et la respiration.

Bref, tout était prêt, jusqu’à deux jours avant la naissance, quand Catherine est venue chez nous pour nous aider à préparer le jour J.

Neuf jours avant terme, j’ai perdu les eaux vers une heure du matin. Afin d’accélérer la sortie du bébé forcément imminente, j’ai marché dans le salon, fait quelques mouvements sur le ballon… Mais rien n’y a fait, notre bébé ne voulait pas encore tout à fait montrer son bout du nez. J’ai appelé Catherine dans la nuit, puis une nouvelle fois au petit matin, qui m’a conseillée de me reposer et de rappeler vers midi pour voir l’avancée du travail. Entre temps, Patrick était parti au théâtre pour clôturer ses missions et donner ses consignes aux collègues pour les jours à venir.

A midi, toujours rien. Le verdict tombe, qui me glace : il va falloir aller à l’hôpital, puisque cela fait douze heures que j’ai perdu les eaux, le risque d’infection grandit à mesure que le temps passe, et vu que je n’ai encore aucun signe de contraction, la sage-femme préfère une surveillance du fœtus par l’hôpital (vu la distance, elle ne peut pas se déplacer juste pour vérifier que tout va bien). S’ensuit une heure et demi de pleurs pour moi, de tentative de réconfort pour Patrick qui prend les choses en main : il prépare le sac à emmener à la mater, que nous n’avions volontairement pas voulu faire, prépare le déjeuner car nous savons que je ne pourrai pas manger avant…Inconsolable, je me suis forcée à avaler quelques bouchées. J’avais passé la nuit à rêver de cette naissance dans le salon, de Patrick prenant le p’tit bout et me le mettant au sein et non, envolés tous mes rêves de naissance naturelle…

C’est là qu’intervient la phrase de Catherine qui me redonne le sourire. C’est vrai, je ne dois pas oublier que dans quelques heures mon bébé sera tout contre moi, je dois le remplir d’énergie positive. Ce fut difficile, mais quand nous avons démarré la voiture pour partir, j’avais retrouvé le sourire.

Arrivés à la maternité, le col était faiblement (mais un peu) ouvert. Comme l’équipe médicale était surchargée, nous avons profité du soleil d‘avril pour nous échapper du bâtiment, et nous avons passé l’après-midi à marcher le long de la Maine. Tout ceci afin d’éviter un déclenchement par les médecins en accélérant le travail par la marche. Un déclenchement de notre accouchement ? : impossible à imaginer ! Et la marche a fait son effet. Ce fut pour moi le moment le plus magique de l’accouchement. Un vrai instant d’osmose dans le couple, complices, chaque minute en appelant une autre qui nous rapprochait de l’heureux événement. Les contractions devenaient plus fréquentes, plus douloureuses aussi, mais le sourire était là car l’accouchement ne serait pas déclenché par les hormones extérieures, mais par les miennes propres. Plus les contractions s’intensifiaient, plus nous étions heureux, dehors, libres de faire comme nous le voulions. A chaque contraction, nous nous arrêtions pour prendre des postures qui m’aidaient à respirer et à basculer le bassin. De nombreuses personnes ont ri ou se sont inquiétées pour nous, c’était touchant. J’ai eu du mal à regagner la chambre, mais j’étais toute oxygénée de la balade.

Les deux heures et demi qui ont suivi, je n’ai pu compter que sur Patrick qui a été le plus formidable des partenaires et des pères. Aucun professionnel ne venant nous voir, malgré nos questionnements, nous avons géré seuls les contractions douloureuses, moi sur le ballon, Patrick derrière sur une chaise à m’aider à respirer… et ce jusqu’à ce que je hurle toujours plus fort. Et d’un coup, les sages-femmes débarquent à 5 dans la chambre, me disent que le bébé arrive, que je dois arrêter de pousser… rien de moins naturel !

A partir de ce moment, je n’ai plus la force de lutter contre l’équipe, je me sens juste soulagée de savoir la fin du calvaire proche. Je souffre et j’ai hâte que le bébé sorte. Je ne comprends pas tout ce qui m’arrive, sauf que comme ça va être la fin, j’ai juste encore le courage de supporter la douleur avec la joie de savoir le bébé bientôt dehors. Les sages-femmes sont plutôt gentilles, me disent donc de cesser de pousser, me montrent comment respirer, et m’emmènent en salle d’accouchement. Pendant tout ce temps qui me paraît une éternité, je dois me retenir de pousser (tout le contraire de ce que j’avais appris avec mes deux sage-femmes…). Une fois dans la salle, beaucoup de monde s’affaire autour de moi, j’obéis au doigt et à l’œil, car c’est toute la force qu’il me reste. Elles tentent toutes de me rassurer, appellent un médecin. Là, le climat change : elle est très désagréable. Face à mes réponses imprécises à ses questions, elles devient agressive (« vous devez bien savoir si vous avez en ce moment une contraction ou non ?!? »). Je pousse et le bébé vient (qu’elles disent !)… mais ne vient pas. J’entends des mots qui font peur comme « bradycardie ». Je vois bien qu’elles prennent des outils, mais rien n’est expliqué. Patrick suit bien, pose plein de questions, mais je ne comprends toujours pas tout. Je suis coupée, Patrick demande si c’est nécessaire, la médecin lui répond : « vous voulez qu’on sauve votre bébé ou non ? ». Tout cela passe très vite. Enfin, on m’annonce que ça y est. On me place deux secondes mon enfant sur le bas ventre, j’ai à peine le temps de le voir (je n’en ai qu’un vague souvenir, juste celui d’avoir senti son poids) qu’elles le reprennent et le place dans le berceau sous le « grille-pain ». Là je me souviens de Patrick demandant « qu’est-ce que vous lui faites, là ? », et d’essayer d’empêcher des gestes intrusifs. Avant qu’il n’ait pu réagir, elles avaient eu le temps de lui enlever son vernix en l’essuyant, et de lui faire un prélèvement gastrique (pour être sûrs que l’éventuelle infection à l’origine de la rupture de la poche de eaux ne l’ait pas atteint, mais nous avions expressément demandé à ce que cet examen ne soit pas fait. En contre partie, j’avais accepté un antibio contre l’éventuelle infection… Encore un acte qu’ils n’avaient pas le droit de faire). Patrick est sur la défensive, tendu à essayer d’éviter tous ces gestes dont nous ne voulons pas, essayant seul de faire face, puisque moi je me laisse complètement faire, juste heureuse de ne plus souffrir, et que mon bébé soit là et en bonne santé. Pendant que Patrick tient Arthur (ah oui, nous avons donc appris que c’était un garçon), la médecin pas sympa et une interne guère plus aimable en finissent avec moi : elles me recousent, enlèvent le placenta, vident le sang…avec des gestes plutôt brusques. Tout ça dans un ordre que je ne maîtrise pas. Je sais que c’était long, j’avais hâte de faire téter le bébé.

Finalement, elles s’en vont, nous laissent seuls avec un bébé. C’est mon premier, je ne sais pas le mettre au sein. Une puéricultrice vient, une jolie mama noire, la plus aimable que nous ayons croisées depuis le début, qui me montre comment faire et parle doucement à notre fiston. Parce que jusqu’ici, aucun geste doux et aimant à l’égard de l’enfant. Nous voilà tous les trois dans une pièce éclairée au néon, avec des petits bip bip en fond. Heureusement, Arthur tète très bien. Par contre, j’ai un bras sous perfusion (de je ne sais quoi, a priori une hormone qui permet de faciliter l’évacuation du placenta), et je ne peux pas plier le bras droit. Du coup, je dois allaiter avec un seul bras, l’autre ne doit même pas bouger. Et bien pour une première mise au sein, c’est acrobatique ! Et comme j’oublie ma perf, je plie le bras à deux reprises, ce qui entraîne un bip bip bien plus fort, car le goutte à goutte n’aime pas ! Patrick est obligé de rappeler les sages-femmes qui viennent remettre la machine en route et surtout arrêter l’immonde bruit. Nous restons trois heures je pense ainsi. C’est un tel bonheur d’avoir son enfant et son papa ensemble que cela passe vite, même si nous préférerions être tous les trois dans un lit confortable (le papa ne peut pas s’allonger avec nous) et dans une chambre.

Après trois heures, je peux prendre une douche. Je présume un peu de mes forces, j’y parviens, mais j’ai un peu mal. Et la tête me tourne un peu quand je reviens de ma douche. Nous attendons encore. Là, nous pouvons monter (on attendait qu’une chambre se libère…). On me met sur un lit ambulant, mais au lieu de me mettre Arthur dans mes bras, on me le glisse froidement entre les jambes. Je n’apprécie pas, mais je n’ai pas le courage de dire quoi que ce soit.

Arrivés dans la chambre, une sage-femme très sympa nous accueille. Elle me dit que je peux garder Arthur avec moi pour téter cette nuit, à ma demande, parce que plus il sera près de moi, plus il tètera, et c’est mieux pour lancer la lactation. Par contre, la puéricultrice est peu aimable. Elle nous prend Arthur pour le changer je ne sais où… On n’a pas eu le choix. Et elle m’a dit, avant de me laisser pour la nuit, après avoir placé Arthur dans le berceau-pas-pratique : « surtout, ne le prenez pas avant demain matin, dormez un peu ». Patrick part, exténué. Moi je m’endors, bébé à côté de moi.

Pour en revenir au bilan de l’accouchement, je ne connais pas les détails, je n’ai pas tout suivi. Mais je sais certaines choses : j’ai eu une épisiotomie (10 points de suture externes et internes, ce qui est beaucoup) alors que mon bébé était petit et pas très gros (47 cm pour 2,985 kg). Arthur est sorti avec la ventouse, apparemment parce que l’un de ses membres appuyait sur son cordon, d’où bradycardie, d’où une volonté des médecins de précipiter la sortie. Après discussions avec Catherine, et d’autres personnes, si les sages-femmes m’avaient laissée sortir le bébé quand il manifestait l’envie de sortir, cela ne serait pas arrivé… Belle aberration de l’accouchement non physiologique.

Bref, Arthur est né à 21h41, en salle d’accouchement, moi les pieds dans les étriers, avec épisiotomie faite par une médecin désagréable, sous perfusion de « je ne sais quoi », Arthur aidé par une ventouse… Patrick n’a pas pu couper le cordon (c’était fait avant même qu’on s’en rende compte). Il a essayé de savoir tout ce qu’on nous faisait, il a bataillé pour une médicalisation minimum, mais au final, c’est encore beaucoup trop d’actes purement techniques pour peu d’humanité.

Toutes ces mains qui le touchent, toutes ces remarques désobligeantes sur nos attentes (pas de bain, pas de produits, dormir avec lui,…), une voisine bruyante avec beaucoup de visites, des photographes, des commerciaux… nous font fuir l’hôpital 36h après la naissance.

Et ouf ! Revoici notre nid douillet. Brigitte est revenue faire un bilan, nous sommes allés chez notre généraliste une semaine après, et tout est rentré dans l’ordre !

Nous avons été marqués par ce non respect de nos corps et de nos envies pour un événement des plus beaux de la vie. C’est dommage. Nous n’en voulons pas à la sage-femme qui a fait le choix de la sécurité et dans un sens, cela nous a soulagé de voir qu’elle ne prenait pas de risques. Nous en voulons au système hospitalier français qui ne respecte pas les mères et leurs bébés ! Moi j’ai souffert, j’ai eu mal, et j’ai eu peur. Arthur a lu aussi eu mal et peur.

Pour le prochain enfant, nous reconduirons ce projet de naissance à domicile. Et nous préparerons un projet écrit pour le « cas où » il y aurait une nouvelle fois une naissance à l’hôpital (ce que nous n’avions pas fait, pensant que nous étions oralement « au point », mais en fonction de l’équipe, cela aurait pu nous faciliter la tâche, éviter de tout redire,…).

Au jour d’aujourd’hui, nous  avons pris le temps d’en parler à Arthur, qui a été un enfant qui a beaucoup pleuré dans ses premiers mois. Désormais, il a sept mois, et il se porte à merveille.

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09 avril 2009

Témoignage de Marie: l'accompagnement de la naissance de Salomé

Pour Salomé

 

 

La demande de Laetitia d'être présente à leurs côtés pour la naissance de leur fille, a répondu à la mienne de vivre cette expérience magique en tant que spectatrice.

Depuis la naissance de mes 2 enfants je suis restée entièrement en vibration, fascinée par ce moment de la mise au monde d'un bébé.

De femme à femme je ressens un sentiment si profond, et j'aimerais la transmission de cette vibration, le partage de toutes ces histoires, ces naissances de mère, comme autant de liens tissés à travers le temps...

 

Je me suis mise à « attendre », impatiente du jour où Laetitia me téléphonerait, la fameuse date approchait. Dans ma tête pleins de scénarios possibles se jouaient et j'ai vraiment adoré aussi cet avant « rêvé »...

 

Il faisait très froid, un jour au téléphone Laetitia m'exprime son changement d'état : nauséeuse, fatiguée, endolorie, sans appétit...les routes sont pas mal verglacées, et je me demande s'il ne faut pas sortir pendant qu'il en est encore temps, partir les retrouver..mais l'excitation semblait la plus forte et ce n'était pas encore le moment.

Mais le bébé s'était mis en route. Laure, une autre maman en résonance, me dit : « la naissance a commencé, comme pour moi ....48h après mon bébé arrivait... »

Le corps de Laetitia s'échauffait, j'étais aux aguets, à l'affût de mon téléphone comme rarement je le fus.

Environ une semaine après, un mercredi matin sur le marché , j'entends au loin l'appel du téléphone de ma sœur. « Tiens , tiens, me dis-je » mais ce jour-là, le seul d'ailleurs depuis que je suis vendeuse de légumes, on a pas arrêté une seule minute.

A midi je rappelle Laetitia.......en début de travail depuis 3h du matin : OUAHHHHHHOUUUUUUUU!!!! çà y est nous y sommes !!!!

« Je rentre manger, prendre une douche, faire téter Naéli et je te rappelle »

La promesse de ce qui nous attend fait encore monter d'un cran mon excitation et ma joie ! Je suis aux anges, en rentrant je n'ai pas pu m'empêcher d'appeler Joëlle, pour palper son ressenti :

« Tout commencera vraiment en fin d'après midi, je pense, Laetitia me tient au courant... »

Je rappelle donc , je ne sais plus qui propose à l'autre, dans tous les cas je pars les rejoindre.

Je suis inquiète quelques instants de laisser pour la 1ère fois Naéli sans tétée pendant si longtemps mais mon envie est plus forte, j'ai vraiment la sensation de m'offrir ce cadeau là aussi : une sortie seule !!

Je quitte ma famille, légère !! et passe prendre Gaël également de connivence et nous roulons vers Laetitia encore 2 en 1.

 

Il est aux environs de 13h30, un ventre proéminent nous ouvre la porte (LOL), elle a l'air fatiguée mais bien.

Elle a envie d'une ballade et nous attendait. Le froid est mordant mais le soleil nous offre quelques rayons de chaleur.

Je suis quelque peu surprise de la trouver si présente, si consciente et réalise que ce ne sont que les prémices de la « tempête ».

Alors j'observe, j'essaie de sentir ce qui se passe en elle, et je plonge en moi, dans mon propre vécu.

On longe la Loire en papotant, Laetitia s'arrêtant de temps en temps pour souffler avec sa contraction. Je suis contente d'être réunies avec elles, et sans avoir mal!!!

Ce qui me plaît aussi c'est de ne pas connaître à l'avance la suite de l'aventure, malgré tout ce que j'avais pu imaginer, devant la puissance de l'instant je ne peux que m'incliner et ..fondre...

 

On rentre au chaud, j'ai eu tellement froid toute la matinée que j'accueille la maison si chaude avec délice!! Julien s'affaire, on rit car il n'arrête pas, il va même nous chercher un super goûter !

Peu à peu Laetitia commence à râler, comme si avec l'avancée du bébé et la levée de la puissance de vie, le cri ne pouvait être «contenu », je me revois si bien...

Mais une fois la contraction passée on continue notre réunion de filles, autour d'une énorme galette frangipane, on est bien, on a le temps.

Son visage commence aussi à se crisper, elle choisit de remplir sa piscine et d'aller s'y détendre un peu. La fatigue creuse ses yeux.

Joëlle me rappelle pour prendre la température, justement Laetitia commençait à se poser la question de sa venue, transmission de pensées à l'autre bout de département..il ne manquait plus qu'elle évidemment !!!

 

 

Maillot enfilé Laetitia s'immerge....et nous propose de se joindre à elle : moi j'ai eu trop froid dans la journée pour m'imaginer en maillot barbotant..même si c'est tentant!!

Alors on s'installe autour d'elle, je m'affale en mi-sieste sur un fauteuil, les contractions se rapprochent et s'allongent.

Julien va et vient...On rigole.

Laetitia s'enfonce peu à peu dans le tourbillon de la naissance, yeux fermés, soufflant, râlant, elle nous demande de ne pas arrêter de parler pendant la contraction, le silence lui fait peur !!

Elle réalise que c'est de çà dont elle a vraiment besoin : notre compagnie autour d'elle comme pour lui signifier que tout va bien , que la vie suit son cours tranquillement.

De quoi on parle exactement je ne sais plus...Gaël demande si le prénom est choisi, Laetitia réponds «oui et Marie le connait en plus »   moi : « ????? » trou de mémoire...

Joëlle est en route, Laetitia commence à bien souffrir, cela m'impressionne, je propose à Gaël de la laisser un peu seule, on va fumer. Je me sens prise moi aussi dans le tourbillon de cet enfant à venir !

Mon ventre et mon âme de mère vibrent; le souvenir n'est pas si loin pour moi, à peine un an.

Est-ce une bonne ou mauvaise impression mais il me semble que Laetitia hésite à se laisser aller dans sa bulle, je me demande le sens de notre présence ..mais mes questions cessent d'elles -même, je suis contente d'être là et c'est réciproque pour tout le monde, alors...

 

Joëlle arrive, embrassades, yeux pétillants, j'ai tellement rêvé ce partage à ses côtés, « elle qui m'a vu devenir mère », comme l'évoque si bien Envela...

Partage du thé entre femmes, silences et promesses... nous nous éclipsons au salon avec Gaël, les laissant prendre contact dans ce moment si attendu..

 

Nous sommes rejointes par Joëlle : prises de nouvelles des unes et des autres devant la cheminée, gourmandises de galette!!

 

Laetitia nous rappelle vite, elle souhaite notre présence, notre soutien, elle a déjà bien cheminé depuis 3h ce matin, la naissance se précise et avec elle l'ombre de la peur, de la douleur..elle vit un moment d'hésitation, rester dans l'eau ou monter..il est aux environs de 18h, la nuit s'installe.

Joëlle conseille : « si ce n'est pas maintenant tu ne pourras plus monter »

« d'accord je monte alors »

 

Déménagement, sans bien m'en compte sur le moment, le dernier acte d'annonce.

On s'isole tous les 5 dans leur petite chambre. Il fait très chaud, tout mon corps frémit d'émotions, je me sens en vibration, connectée d'une certaine manière à Laetitia, aux femmes, mon ventre résonne...

En bas Joëlle a proposé l'accompagnement du souffle pendant la contraction, alors peu à peu on se prend au jeu, soufflant toutes les 4 en chœur! Pffffffffffffffff

On chuchote aussi discrètement, pendant que Laetitia cherche un peu de confort, à 4 pattes, la tête dans son coussin, ses gémissement nous guident à le rencontre de ce bébé.

Je pressens (enfin ) la vie à venir, comme si l'état de grossesse ne permettait pas  pour une personne extérieure de l'imaginer tout à fait...je me dis que pour les pères cela ne doit pas être simple, alors que nous, nous percevons les forces à l'œuvre, et c'est aussi la mise en valeur et le sens de notre présence !!

 

Je me place délibérément aux côtés de Joëlle, derrière Laetitia, pour voir!!

Je reçois une vraie leçon de vie, les changements physiques en cours m'impressionnent : l'ouverture du bassin, du périnée, des fesses. J'effleure sa douleur, mon bas-ventre me tiraille, la mémoire du passage se réveille !

Je me sens unie, à la fois recueillie et les sens aux aguets dans l'observation, aujourd'hui je repense encore aux mots d'Envela : « la question du recueillement » pour la naissance de Naéli, l'attitude humble de la sage femme..

 

Joelle encourage et soutient fort laetitia :

« c'est super, oui Laetitia....tu travailles vraiment bien, oui..doucement...... »

.

Nous marquons une pause, la « pression atmosphérique » de la chambre a monté, l'émotion nous submerge, on descend s'apaiser. Gaël un peu dans le doute, moi plus confiante.

Je vis, je mesure tellement l'instant, la magie, le mystère, la force, l'humilité.

On est là dans l'attente sans attendre.

 

On regagne le nid, j'ai  la sensation d'avoir fait le plein d'énergie et d'amour (??) j'ai envie de prendre la main de laetitia de l'accompagner, de lui dire des mots doux..

Je questionne Joëlle, elle m'éclaire dans tous les sens du terme, avec sa petite lampe sortie de sa mallette.

J'observe ce que je n'ai jamais vu pour moi : la boite métallique, la serviette.

Leur fille est proche, le sexe de laetitia s'enfle un peu plus à chaque contraction. La lenteur et la douceur semblent portées par ce bébé, millimètre par millimètre elle descend, lentement l'ouverture des tissus s'opère, c'est un son à peine perceptible, je m'incline devant la source même de la vie..au cœur du sexe féminin.....je divague ...

 

Une leçon de patience aussi : mm par mm la tête se fraie son chemin, la contraction l'amène contre le vagin, le périnée s'enfle, puis la fin de la contraction la remonte. A la suivante elle descend exactement où elle est allée précédemment pour avancer un peu plus, et ainsi de suite, pendant longtemps...immuablement.

Je me souviens si bien ce rythme pour moi : contraction, descente du bébé, souffrance, ouverture, pause.....

Les cheveux apparaissent, mon cœur bat fort !! je suis complètement émerveillée, on atteint le moment ultime.

Laetitia après un moment de doutes, accompagne en gémissant parfois un peu plus fort, mais dans l'acceptation complète.

 

Le réveil face à moi me révèle 21h passées, 3h qu'on est là, je n'ai pas vu le temps s'écouler, je suis aux premières loges.

« Salomé » est lâchée à un moment,  Julien, depuis tout le long aux chevets de laetitia, lui distillant en silence tout son soutien, a appelé sa fille, levant le voile sur le mystère du prénom.

 

Et puis une énième contraction, avec les cris de Laetitia, font apparaître son front, son nez, moi aussi je ne peux retenir les miens, Joëlle informe Laetitia qu'elle va aider sa sortie pour ne risquer aucune déchirure. Elle passe sa main pour « démouler » la tête, toute endormie en suspend, puis son épaule pour la faire sortir : Splashhhhhh, ce son je m'en rappellerai toujours, le même souvenir que pour mes bébés.

Joëlle passe Salomé à Laetitia par en dessous ses jambes.

 

Oh la la la c'est beau, elle est si petite !!!

Nous nous émerveillons tous, sourires aux lèvres, dans une même émotion en suspend dans l'air. Salomé pousse ses premiers cris....

On laisse les nouveaux parents, la porte refermée, Joëlle nous ouvre ses bras, et on se serre toutes les 3 fort !!!!! Ouahhhhhhhhhh...

On descend au salon, je plane sur une petit nuage. Gaël tremble d'émotions, pleure un peu, le moment devient fort de confidences, je m'écarte un peu. Je suis heureuse et fière pour Laetitia, ce fut si doux pour elles deux !!

 

On retourne voir cette petite merveille, je me reconnecte aussi avec ma réalité, mes seins gorgés de lait, mes petits chez moi.

Laetitia et Salomé encore dans un même corps cherchent leur position pour la 1ère tétée.....

on s'embrasse fort !!

 

Avant de partir, raccompagné par Julien, tout ému, Joëlle me remet son livre comme convenu.

Je repars, avec un trésor dans la tête, un sous le bras ......

 

Merci les amies !!!

 

Marie, le 8 avril 2009.

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16 février 2009

Témoignage d'Anne-Sophie: l'accompagnement de la naissance de Noam

<p>« Ils ne savaient pas que c'était impossible,</p>

« Ils ne savaient pas que c'était impossible,

alors ils l'ont fait »
Mark Twain.

Samedi 1er décembre...

Encore quelques heures à peine et j'éteindrai le portable familial...

J'ai décongelé des cerises, un clafoutis est en train de cuire...

Ici ça sent le henné,

Le ronronnement du four est mêlé au cliquetis des touches du clavier...

Et autour, le silence.

Aujourd'hui j'ai l'impression d'être au sommet d'une montagne.

Le chemin a été parfois sinueux pour toi Sophie !

J'ai souvent été à côté de toi, lors de cette ascension,

Je t'ai parfois encouragée lorsque la pente te semblait difficile,

J'ai pris un soin particulier à ne jamais passer devant toi,

J'espère ne jamais t'avoir devancée dans cette montée.

Aujourd'hui nous sommes en haut,

Mais le jour se lève à peine,

La brume encore présente ne me laisse pas encore entrevoir nettement quel paysage se dessine,

Cependant il est là, tout près,

Je le devine à travers mes yeux embués.

Bientôt, la brume se lèvera...

-

Ce que je vais tenter de raconter là, ce n'est pas une « banale » histoire d'AAD... Non seulement c'est un AAD à 3 heures de chez toi, mais c'est avant tout une longue histoire, histoire liée à ton passé, liée à nos nombreux échanges, liée aux naissances de mes enfants dans cette maison, liée à ce qui me lie à Joelle, et maintenant à ce qui vous lie ensemble...

Tu as réussis avec je ne sais quelle baguette magique à réunir cette multitude d'éléments pour nous offrir, ce soir là, un véritable « feu d'artifice » émotionnel...

Où commence cette folle aventure ?

Ce jour où tu m'annonces que tu viens de faire un test et qu'il est positif ?

Ce jour où je te donne les coordonnées de la sage-femme parisienne, que tu n'arriveras jamais à joindre ? (Bon, tu n'as pas essayé beaucoup, avoue ! ;-p )

Ce jour où je te propose sur le ton de la blague de venir alors à la maison enfanter dans notre nid en compagnie de Joelle ?

Tout a commencé bien avant en fait...

Peut-être par nos longs échanges à propos des naissances de Margot et Jonah... et peu à peu cette idée qui murit en toi, l'idée d'un troisième enfant n'est plus exclue. Malgré les grossesses difficiles, malgré les naissances traumatisantes, tu commences à penser que cela peut se passer différemment, même pour toi... Premier passage...

Alors... que tu me répondes que ma proposition était complètement folle mais qu'elle te séduisait, fut un honneur...

Rien que ça, c'était déjà l'aboutissement de tous nos échanges... (alors imagine le reste... !)

Mettre ton enfant au monde « à la campagne », entourée de Joelle et de moi te faisait rêver...

Et tu as osé penser plus loin... Beaucoup plus loin...

Quelques heures plus tard, tu me demandes si ma proposition tient toujours, tu comprendrais que je recule maintenant, (tu ne vois absolument pas comment cette aventure peut devenir possible matériellement... euh, je t'avoue, moi non plus sur le moment, mais il y avait forcément une solution... nous ne savions pas alors que c'était aussi simple !)...

Mais non, il en faut plus que ça pour m'arrêter !! Je suis d'un naturel très optimiste !

Nous rions car tu me demandes alors où j'habite exactement, quel est le nom de notre village, et quand je te l'annonce cela te fait rire de penser que ton bébé pourrait porter ce nom étrange comme lieu de naissance !!!

A vrai dire chacune de notre côté, nous n'y croyons ni l'une ni l'autre... mais l'essentiel est de ne pas y croire, n'est ce pas ! ;-)

J'en parle quand même à Xavier, il me regarde, se demande ce que j'ai encore inventé là, car il ne voit pas non plus comment cela peut-être faisable (il est beaucoup plus raisonnable que moi et se pose toujours les questions que je ne me pose pas !)... je lui dis « je ne sais pas non plus, mais est-ce OK de ton côté ? »... Oui, il nous suit !

Et comme toi tu es encore plus folle que moi, tu fonces, tu ne sais pas où, mais tu fonces !

Je te donne les coordonnées de Joelle... qui ne dit pas non !

Trois femmes mi-sages, mi-folles, voilà l'histoire...

(D'ailleurs, toi et moi n'avons nous pas ce prénom en commun qui signifie « Sagesse » ! ;-)
J'ai Anne, la « grâce », en plus !! LOL )

Parfois je me dis que « ça ne le fera jamais » ! Que c'est incensé !

Puis nous réfléchissons... Comment faire ? Oui... comment faire pour dessiner un semblant d'organisation qui pourrait sembler, a priori, acceptable... ?

Nous cherchons ensemble des possibilités... nous convenons alors que tu arriverais le premier week-end de décembre (deux semaines avant ton terme théorique), que Joachim repartirait, qu'il reviendrait le week-end suivant et que vous loueriez un gite près d'ici pour la dernière semaine.
Ça c'est de l'organisation !!

Nous sommes fin mai ... cela paraît encore bien loin... et donc raisonnable... on verra !

Je pensais à ce moment là que tu attendrais d'être dans ce gite pour enfanter...

Puis l'été passe, vous venez repérer les lieux un chaud week-end d'août (ce dimanche fut la journée la plus chaude de l'été !)... nous visitons quelques gites ensemble.

J'ai bien noté par la suite que vous ne réserverez jamais de gite ! ;-)

Nous évoquons la déclaration de naissance qui aurait donc lieu à la mairie de notre petit village, Xavier dit qu'il en touchera deux mots au maire, finalement il ne le fera pas.
Car évidemment, jusqu'au dernier moment nous ne savions pas si l'histoire se terminerait ici ou pas, inutile donc de « mettre la charrue avant les boeufs ».

Nous poursuivons nos échanges par mail, et les mois passant je devine que tu as davantage envie de rester dans notre maison plutôt que d'enfanter dans un gite...

A vrai dire je le vois bien ainsi aussi maintenant. Je suis de plus en plus convaincue que tu as besoin de présences, et que notre maison est un lieu où tu te sentiras en confiance. Peut-être parce que tu sais que deux bébés sont déjà nés ici ?

Ce serait une troisième naissance dans cette maison, pour notre famille, pour Joelle... quelle histoire ça aussi !

Tu me dis également que tu penses que tu auras besoin de moi à tes côtés, c'est encore un honneur... mais nous verrons où le vent nous poussera (ah ce vent ! ;-) )

Parfois je me dis que ce scénario idéal où tu enfanterais à la maison juste la semaine prévue est une illusion... d'autant plus qu'en octobre tu commences à avoir énormément de contractions, tes doutes reviennent (normal, c'est bientôt le grand saut), tu repenses à la menace d'accouchement prématuré que tu as si mal vécue pour tes deux premières grossesses, tu doutes souvent sur ta capacité à pouvoir supporter la douleur, toi qui a toujours accouché « sous péridurale », et puis les médecins t'annoncent un « gros » bébé (je n'ai toujours pas compris à quoi cela servait d'annoncer ce genre d'estimations mais bon...), et tu doutes encore...

J'ai ce sentiment qu'il faut que tu quittes ta maison pour te sentir libre et te libérer de tes grossesses passées, des naissances passées, des estimations des médecins... et que le jour où tu seras ici, (si tu viens), tu te mettras en travail rapidement... je ne croyais pas si bien dire !

Les semaines défilent, je t'accompagne, nous échangeons beaucoup, mais je veux que toute décision soit la tienne à part entière... alors j'attends...

Puis s'en vient novembre...

Comme il faut que nous nous organisions un minimum, je me permets de te demander confirmation sur la date de votre venue, nous n'en avons pas reparlé depuis longtemps.

Je devine alors que tu attendais d'avoir laissé de côté tes craintes d'accouchement prématuré, avant de te pencher à nouveau sur l'aspect « organisation », et ainsi te donner l'autorisation de poursuivre le rêve un peu plus loin...

Donc, samedi 1er décembre, ça marche toujours.

Je t'informe que nous serons probablement chez nos parents ce week-end là, et que nous passerons le dimanche chez des amis... Nous vous laisserons les clefs... Cela me semble une bonne chose de vous laisser ensemble en famille avant que Joachim ne te laisse pour la semaine...

J-15... A partir de ce moment, tu me donnes de tes nouvelles heure par heure ou presque !

Parfois je me dis que tu vas finalement réussir à débarquer ici !

L'aventure touche à sa fin, et cependant rien n'est joué ! Toute l'histoire est à créer !

Tu as énormément de contractions, tu doutes encore sur ta capacité à enfanter seule... parfois, après nos soirées MSN, je me dis que peut-être tu enfanteras dans la nuit...

Mais non, tu tiens le coup !

Tu me dis que toutes les naissances de la famille ont eu lieu en fin de mois (un 30 pour Margot, un 29 pour Jonah)... je pense sans te le dire que ce n'est pas la même naissance que tu prépares, c'est du tout nouveau, du jamais vu, et donc elle pourrait avoir lieu en début de mois, comme pour « changer la donne »... Comme lorsque je te disais en début de grossesse alors que tu t'étonnais presque de ne pas avoir de contractions comme pour tes grossesses précédentes : « C'est une grossesse tout neuve, pour une nouvelle naissance, et une nouvelle Sophie » !! :-))

Et puis tes mails des derniers jours, empreints d'une positivité toute nouvelle, me font penser que tu attendras d'être ici !
Le jeudi 29, tu as rendez-vous pour une écho (et je pense que tu aurais eu davantage confiance en toi sans tout ce suivi à la maternité, mais tu les as entendus et tu as poursuivi ton chemin, sans les suivre, bien vu !)... Ton bébé n'est estimé qu'à 4 kilos (presque un poids plume !), et tu es ravie ! Et là, je pense que c'est une très bonne chose qu'il t'ait dit cela...

Le poids n'a pas d'importance, ta confiance si...

Lors de cette dernière semaine, je me rends compte en te lisant que tu peux te mettre en travail d'un moment à l'autre, alors nous prenons la décision de ne pas partir chez nos parents... Je ne dormirais pas tranquille là-bas si je sais que tu me veux à tes côtés.

Je prépare votre lit, j'organise la maison pour que tout soit prêt pour votre arrivée, et que chacun se sente à l'aise. Le portable est allumé nuit et jour (habituellement il ne l'est ni le jour, ni la nuit !)

Tout se jouera avant vendredi, jour de votre départ de Paris... Nous en sommes tous conscients.

Vendredi matin : Je me réveille. Ma première pensée va vers vous. Si tu n'as pas accouché cette nuit, tu quittes ta région aujourd'hui...

Et tu es toujours « deux-en-une » ! Wahoooo....

Ce vendredi 30 je passe une bonne partie de la journée chez Joelle (après avoir eu ton feu vert !)... Je lui emporte un panier de légumes du jardin de la part de Xavier. Nous buvons du thé, nous mangeons des gateaux et des gourmandises réunionnaises... elle me fait cadeau d'un sac de henné... Au moment du départ nous pensons à toi en nous embrassant avec émotion... maintenant nous savons toutes les deux que la naissance aura certainement lieu à la maison, et que nous allons nous revoir très bientôt autour de toi...

Samedi matin, quand tu m'envoies ce SMS pour me dire que tout va bien et que vous êtes chez ta maman près de Rennes, je suis émue...

Je sens que tu touches du bout des doigts la fin de cette aventure qui se déroule comme tu l'avais rêvée (et moi aussi !)... Ce rêve auquel nous n'avions jamais osé croire, que nous n'avions pas osé dévoiler de peur qu'il ne se réalise pas est en train de rejoindre la réalité... impensable....

Je vais faire quelques courses, mes yeux se voilent de larmes plusieurs fois rien qu'à l'idée de penser que nous sommes au bout... qu'allons-nous vivre maintenant ?? Nous y voilà, ça y'est... et pourtant tout est encore tellement flou.

Mais je te sens sereine, et je me prends à rêver que tu donneras naissance à ton fils chez nous... cela nous paraissait tellement improbable il y a quelques mois...

Je t'envoie un SMS de l'hypermarché te demandant si tu veux que je te prenne des alèses jetables, c'est la seule chose qu'il te manquait deux jours auparavant ! Mais non, tu as tout prévu !

En début d'après-midi j'enduis mes cheveux de henné que m'a donné Joelle, je fais aussi quelques mèches à Azélie et des « tatouages » sur les bras de Marius et Lubin (nous nous faisons beaux pour le grand jour !), puis je garde le reste du bol pour tes enfants, et je termine le repassage...

Je suis en train de rincer mon henné lorsque j'entends la porte s'ouvrir !

Vous voilà !!!

ça y'est !

J'ai l'impression que vous vous sentez tout de suite à l'aise, les enfants aussi, je suis contente.

Nous nous posons au salon autour d'un thé, puis tes enfants réclament leurs tatouages pour ressembler aux nôtres !
Nous formons une seule famille cette semaine, le tatouage sera la marque de la tribu !

Et je propose à Margot de lui étaler le reste de henné sur les cheveux, comme moi...
Elle est ravie de constater qu'elle a alors « des jolis cheveux roux comme maman » ! :-))

Nous vous offrons une formation accélérée au mode de vie à la campagne : le tri des déchets alimentaires : un seau pour les poules, un autre pour le compost. Quelques exemples pour illustrer le tout. Vous ferez presque un sans-faute ! :-D

Joachim a prévu de repartir le lendemain, dimanche. Sauf en cas de naissance.

Je lui dis qu'il ne faut pas rêver non plus !

Limite s'il ne t'inciterait pas à accoucher avant demain soir !

Il nous demande alors à combien nous sommes de Paris, et je le sens un peu inquiet à l'idée de se trouver dans les embouteillages si tu l'appelles à une heure de pointe. Nous évoquons alors la possibilité qu'il prenne le train, et que nous le récupérions à Sablé.

Mais c'était sans compter sur toi !!

Je prépare un crumble à emporter chez nos amis le dimanche, j'en fais un peu plus que je mets dans un autre plat pour votre déjeuner du lendemain entre vous.

Nous faisons diner les enfants et nous nous apprêtons à nous installer autour d'une raclette (en dignes janviettes ! ), il doit être environ 20h30, tu passes aux toilettes et là, tu appelles ton homme car tu perds du sang !

Coup de chaud pour vous deux, surtout pour Joachim... Normal, ce n'est pas lui qui vit tout ceci dans son corps. Il s'inquiète pour toi...

Vous appelez Joelle qui ne semble pas vraiment inquiète. Moi, à t'observer, je suis tranquille (et un peu excitée aussi !!) : tu es en forme, cela se voit !

Joelle demande à me parler... Juste pour le plaisir... !
Prélude à la fête.
Nous parlons du henné, de choses et d'autres, et un peu de la situation. Je lui dis que tu vas bien, que tu es sereine...
Elle me dit qu'elle me fait immensément confiance... et me dit aussi que ça peut durer quelques jours avant que le tavail ne se mette vraiment en route.
Elle me charge de te dire de ne pas compter les contractions et de vivre normalement. Vu le nombre que nous sommes à la maison, nous devrions réussir à te divertir un peu !

Tu sens que tes contractions sont un peu plus fortes qu'habituellement, mais à peine... Le travail a peut-être vraiment commencé à ce moment là où tu as eu cette perte de sang abondante.

Et je souris car quelques jours avant je m'étais fait la réflexion qu'étant donné le nombre de contractions que tu avais depuis plusieurs mois, il y aurait certainement un autre « truc », plus soudain, qui te montrerait que c'était parti. Comme un signe. Je pensais à une rupture de la poche des eaux, ce fut autre chose, mais le signal fut donné.

Quatre heures après votre arrivée !! ouah !!

Nous n'aurions pas pu imaginer meilleur scénario. Tout se met en place tellement facilement que ça en est déconcertant.
C'est ça, la Grâce ? ;-)

Joachim commence à penser qu'il ne repartira pas demain !

Incroyable !

Nous rions tellement cela nous semble fou...

Il sort le champagne, nous trinquons à votre arrivée ! Une deuxième bouteille reste au frais pour trinquer au bébé quand il sera né... Vous aviez tout prévu pour être bien, pour vous sentir chez vous, même ces petits détails... :-)

Puis nous nous installons autour de cette fameuse raclette, tu manges très peu...

A partir de ce soir c'est toi la princesse, centre de toutes nos attentions... et je vois bien que tu sais que c'est le tout début...

Je dis en riant que demain c'est tempête annoncée, et que les tempêtes font venir les bébés !

Les contractions ne s'intensifiant pas, nous nous couchons vers 1h00...

La fête sera pour plus tard, très bientôt, c'est certain maintenant !

Dimanche matin, tu appelles Joelle de bonne heure... elle t'informe qu'elle aura certainement une autre naissance dans les prochaines heures.

Aïe !

Tu patienteras donc, de toutes façons rien de concret pour le moment.

De notre côté nous nous préparons pour partir chez nos amis... Vous allez vous retrouver entre vous, votre bébé en chemin, c'est important.

Vraiment, on pourrait croire que tout est organisé alors que c'est juste toi qui t'es mise en travail au moment le plus propice pour tout le monde. Je te félicite !!

Nous partons en fin de matinée... juste au moment où nous quittons la maison je te vois souffler sur la dernière contraction ... à ce moment LA, précisément, je sais que ça y'est, c'est parti pour de bon.

Le vent souffle fort, il pleut des cordes.

Je te propose de partir à deux voitures, ainsi je pourrai revenir rapidement avant Xavier. Tu penses que tu patienteras jusqu'à ce soir.
Je ne suis pas très tranquille, je sens que cela peut aller assez vite maintenant... Mais il y a encore un os de taille pour vous : La disponibilité de Joelle...

Je laisse notre portable allumé, tu promets de m'envoyer un SMS dans l'après-midi.

Nous prévenons nos hôtes que c'est une journée un peu spéciale, nous ne savons pas combien de temps nous allons rester ! Ils comprennent !

14h30, je reçois ton SMS : « ouille ouille ouille »...
Ah ah ah... !
Je rappelle, Joachim me dit que tu commences sentir passer les contractions !
Je fais accélérer la fin du repas de mon côté. Du coup je regrette de ne pas être partie à deux voitures.

A vrai dire depuis le début je suis beaucoup plus avec toi en pensées qu'avec nos hôtes... Je ne réussis pas à faire autrement !

Nous partons un peu précipitamment, sous la pluie et la tempête. A 17h00 nous sommes à la maison.

Tu es en train de marcher dans la maison, Margot et Jonah regardent la télé, je m'attendais suite à ton SMS à ce que tes contractions soient plus fortes que cela.

Mais je comprends peu de temps après que tu attends... tu attends Joelle.

Je te suggère de l'appeler...

Elle n'est toujours pas partie chez l'autre maman.

Nous entrons dans un débat tous les quatre, Xavier n'est pas d'accord avec cette histoire « d'attendre », il te dit que tu dois te fier à tes sensations : Dirais-tu à Joelle de venir tout de suite si elle n'était pas dans l'attente de nouvelles de cette autre femme ? La réponse est OUI. Il te dit alors « hé bien dis lui de venir ».

Je vois bien que tu hésites, tu as probablement envie que tout se goupille le mieux possible pour toi, Joelle et l'autre maman.

Je vois clairement aussi que tu te mets en veille dans ton travail, c'est évident.

Tu me dis d'ailleurs toi-même que tes contractions sont moins fortes qu'en début d'après-midi.

Alors je te dis qu'à un moment il va falloir que tu penses à « ta peau  d'abord », parce que si Joelle part maintenant chez l'autre, ça veut dire qu'elle n'est pas là avant dans 4-5 heures dans le meilleur des cas... Te sens tu capable d'attendre tout ce temps ?

Tu ne sais plus...

Tu montes prendre un bain avec l'aide de Joachim.

J'envoie pendant ce temps un mail à Joelle, car je sais que tu n'oses pas, car je sais que tu n'attends qu'elle pour démarrer franchement, car je vois bien que toi et Joachim aimeriez bien que Joelle soit partie vers ici... il va falloir qu'elle parte là, je le sens... alors je lui envoie ce mail en lui demandant si elle est toujours chez elle... elle me dit que oui et me demande quelles sont les nouvelles...Je lui donne alors mes impressions : Tu l'attends clairement, tu n'oses pas encore te lâcher tant que tu ne la sens pas disponible.

Elle me répond quelques minutes plus tard, me demandant si je confirme mes impressions. Je confirme (en espérant très fort ne pas me tromper, c'est vraiment de l'intuition pure, rien de plus !), elle me charge alors de t'informer qu'elle part dans 15 minutes, elle prévient l'autre maman !
Pour la première fois, elle s'envole vers une naissance sans que ce soit la maman qui lui demande de partir ! :-o

Su-per !!!

Nous échangeons quelques mails, aussi ravies l'une que l'autre, et nous nous écrivons toutes les deux qu'il y en aura certainement pour la nuit, que ce sera long (nous avons eu tout faux sur ce coup là !!).
Je lui dis que je suis contente de vivre une naissance à ses côtés...

Le programme de la soirée s'annonce... réjouissant !
Xavier et moi installons donc Marius et Lubin dans notre chambre, je dormirai avec Joelle dans la leur si besoin.

J'attends avec impatience que tu sortes de la salle de bain, et je t'annonce avec un grand sourire que Joelle est partie !!!

Je lis le soulagement dans vos yeux à tous les deux, ça y'est, tu peux oser te lâcher davantage.

Nous couchons les enfants, et lorsque je redescends tu es accrochée au coup de Joachim, tu souffles lorsque les contractions te prennent... Oh oui, c'est bel et bien parti !

Puis je m'approche de toi, car Joachim est parti endormir Jonah. Tu me laisses cette place que je ne quitterais pas jusque tard dans le travail.

Nous sommes dans la cuisine, je te caresse le bras en te murmurant que ça y'est, nous y sommes !! C'est chouette !
Ecoute le vent comme il souffle fort dans la cheminée... :-)

Tu grimaces. Je te propose alors d'appuyer avec mes pouces dans le bas de ton dos, et yeahhhh, ça te soulage immédiatement ! Trop forte !!
Cet enseignement, je l'ai reçu de Joelle, lors de mes enfantements... Je me souviens de l'étau qui se desserre lorsqu'elle place ses doigts de fée sur ces points mystérieux...

Je te regarde, je te touche, et là tu ne peux guère imaginer à quel point je ressens ce que tu traverses. J'ai l'impression de savoir exactement où tu as mal, ce dont tu peux avoir envie, ou pas, ce qui se passe en toi.
Je sens les contractions monter en moi, redescendre.
Je souffle, je vis.

C'est tellement frais dans mon corps encore...

Je ne dîne pas non plus, pas faim... !

Je suis contente de te voir évoluer dans la cuisine, dans la pièce de vie. C'est la preuve que tu te sens bien dans notre maison, c'est tout ce qui m'importait, que tu te sentes ici comme chez toi.

Et pourtant Xavier est là lui aussi, même s'il se fait discret. Mais tu sembles vraiment à l'aise. Peut-être parce que tu sais que nous avons vécu la même chose à deux reprises ici même. La pudeur est certainement moindre.

Joachim gonfle le ballon que vous avez apporté... tu t'y installes pendant quelques minutes, mais il ne t'est pas vraiment confortable, tu grimaces, tu le lèves et laisses rouler le ballon...

Je souffle avec toi lors des contractions, je trouve que tu es très sereine, très calme, tes gestes sont lents, amples, je te sens ouverte, prête à accueillir ces contractions sans aucune appréhension visible.

Je te dis d'ailleurs que tu fait déjà un sacré boulot, toi qui avait peur de ne pas réussir à supporter la douleur, tu surfes sur la vague avec une facilité déconcertante.

Joachim revient. Je lui montre où j'appuie avec mes pouces, il fait une tentative (booof ! LOL), finalement tu te suspends à son cou, et je reste avec mes pouces dans le bas de ton dos.

Je lui suggère de manger un peu s'il a faim car ensuite tu auras davantage besoin de lui.

Il réchauffe un reste de raclette, commence à manger, mais toi, tu souffles de plus en plus fort...

Je retrouverai l'assiette à peine entamée, après la naissance !

Joachim nous rejoint donc, je vous laisse quelques instants. Ensuite, peut-être vais-je faire un petit coucou aux copines du forum, je ne sais plus...

Et je reviens placer mes pouces. Je te demande si tu veux des lingettes chaudes sur ton ventre, tu me dis que non, tu préfères les garder pour après, quand la douleur sera plus forte. Oui, parce qu'après, il ne restera plus « rien » si les pouces et les lingettes sont utilisées.
Zéro jocker.
Savoir qu'il reste encore une possibilité de soulager la douleur est rassurant.

Puis tu entres dans la chambre que tu ne quitteras plus. Ah, les choses sérieuses arrivent on dirait !

Je vous accompagne, vous restez debout pendant quelques minutes, enlacés, dans un mouvement unique de balancier, vous vocalisez au plus fort de la contraction... au bout de quelques minutes tu t'asseois sur le clic-clac, Joachim se place derrière toi je crois.

Joachim me donne les lingettes, je m'occupe de faire chauffer de l'eau, ce sera mon « travail » jusqu'à la fin ou presque.

A chaque contraction j'applique la lingette sur le bas de ton ventre, je te demande si ça te fait du bien, si ça t'agace, si tu veux que je parte ou que je laisse tomber les lingettes. Tu me fais signe que non.

Nous en sommes là tous les trois quand j'entends la porte s'ouvrir... Aaaaahhhh !!
Voici Joelle, tu es contente qu'elle arrive. Moi aussi.
Nous sommes au complet pour la fête !

Je l'entends qui embrasse Xavier... et ils se mettent à parler des pommes de terre qu'il lui avait donné la veille par mon intermédiaire !!

Ah ces deux là !

Ils font la paire !!

Je te murmure que Joelle parle toujours jardin avec Xavier quand elle entre ici, que ce soit à l'occasion d'une naissance ou pas, ils sont incorrigibles, et tu as le droit de rouspéter et de dire à Joelle de s'occuper de toi ! Ça te fait sourire !

Tu es déjà « partie », tu ne parles plus, juste un mot de temps à autre.

Nous nous taisons, je souris intérieurement en entendant Joelle parler avec Xavier, je sais qu'elle sait que nous « gérons » la situation et qu'il n'y a pas urgence. De mon côté, c'est bon d'entendre sa voix...

Je l'entends demander à Xavier où nous sommes installés, elle arrive sur le pas de la porte, gracieuse et lumineuse...

(elle a surement un contrat avec le soleil...)

Elle s'accroupit (je suis accroupie également avec mes lingettes !), m'embrasse de façon appuyée, vous salue toi et Joachim en vous disant quelques mots...
Entre deux contractions tu lui murmures que tu es contente qu'elle soit arrivée...

Elle jette un oeil rapide à « la situation » en nous observant tous les trois, en te regardant silencieusement, et ajoute après quelques secondes d'observation : « Bon, hé bien je vous laisse alors »... et elle sort se laver les mains dans la cuisine.
Oui, nous sommes déjà entrés dans la danse, tous les 3 et le bébé... elle prendra sa place dans quelques minutes. Je le vois comme ça...

A partir de ce moment là, nous sommes elle et moi un peu dans le « je sais que tu sais que je sais » réciproque !

Puis elle revient à nos côtés, et nous parlons alors d'installer le matelas gonflable que vous avez apportés.

Joachim sort le matelas, puis retourne auprès de toi. Je rejoins Xavier et Joelle dans le séjour, Xavier se charge de gonfler le matelas. L'ambiance est à la bonne humeur, nous sommes tous heureux de nous retrouver ensemble autour de toi, autour de la naissance de votre bébé...

Joelle et moi faisons des aller-retours entre la chambre et le séjour. J'informe les copines du forum.

Puis avec Joelle je transporte le matelas gonflé dans la chambre. Comme il n'y a pas assez de place pour le placer par terre, nous plions donc le clic-clac en version « canapé », et plaçons le matelas au pied du clic-clac. Et quelques alèses jetables dessus.

Toi tu es toujours assise sur ce canapé, ton dos se fait de plus en plus rond, ta tête se penche, tu commence à fatiguer.

Puis je retourne dans la cuisine avec Joelle, et Xavier nous demande si nous voulons une tisane aux plantes. Oui. Il nous prépare donc une bonne tisane qu'il laisse sur la table. Plus tard je découvrirai qu'il nous a laissé également une tablette de chocolat noir entamée sur la table de la cuisine.

Discret mais attentionné...

Puis nous te rejoignons. Joelle toujours « observatrice », assise par terre à coté de moi... elle me caresse dans le dos... Un regard... Et oui, nous y voilà...nous sommes au bout du chemin. Nul besoin de se parler, nous nous devinons. Un peu commes des soeurs jumelles dans la danse d'un soir où l'une ne bouge pas sans l'autre...
Une première fois nous deux ensemble de l'autre côté... c'est très fort.
Le décor est planté, reste à se délecter...

Je vous regarde (J'observerai la scène plusieurs fois au cours de la soirée, comme pour savourer le bonheur du moment... ), je vous trouve beaux tous les deux.
Si ce n'est tes grimaces silencieuses de temps à autre, on dirait deux amoureux enlacés sur le banc d'un square... Joelle et moi sommes les passantes, observatrices de la beauté du tableau.

Tout à coup Margot apparait sur le seuil de la porte. Elle semble un peu inquiète. Joelle la rassure en lui disant que le bébé de sa maman va naitre cette nuit et que nous sommes à ses côtés. Qu'Aurèle et Azélie sont nés ici, et qu'elle était là aussi.
Et que les bébés naissent quand les enfants dorment ! :-)

Je lui propose de la raccompagner dans son lit, elle est d'accord. Je la prends dans mes bras. Sa chambre est à 2 mètres de celle où nous sommes. Tous près.

Elle s'allonge. A sa demande je l'enveloppe soigneusement de sa couette, je lui fais quelques caresses en lui disant que son petit frère va arriver cette nuit.
Je la sens inquiète, elle me regarde.
« Tu as vu, ta maman a un peu mal, elle est un peu fatiguée aussi, c'est normal, tu sais. La venue de ton petit frère dans votre famille est quelque chose de très important, non ? (elle opine de la tête) il est donc normal qu'il mette un peu de temps pour arriver. Et comme c'est un événement très important pour ta maman, c'est normal qu'elle le sente dans son corps, il ne va pas venir d'un coup comme ça tu sais. Mais je t'assure que tout va bien, que ta maman et ton papa son heureux, et puis Joelle est là pour vérifier que ta maman et le bébé se portent bien. Quand Aurèle et Azélie sont sortis de mon ventre, c'était pareil. »
Je termine en lui disant qu'il faut qu'elle dorme maintenant, Joelle a dit que les bébés naissaient quand les enfants dormaient !

Elle me demande quand est ce que le bébé va arriver. Je lui dis que je ne sais pas mais que je suis presque certaine que quand elle va se lever pour le petit déjeuner son petit frère sera là. « Tu te rends compte, Margot, c'est super hein, il est presque là ! »

Et là un grand sourire de sa part !

Je suis émue, mes yeux se brouillent. Je lui dépose un bisou en lui caressant les cheveux et je lui demande si je peux la laisser. Elle me fait signe que oui. Et s'endort.

Quand je reviens, nous te proposons de te mettre à genoux sur le matelas, la position assise ne t'est pas très confortable...

Joachim reste assis sur le canapé et tu t'enfouis dans sa poitrine.

La danse entame un autre mouvement : Joelle qui jusqu'alors suivait le mouvement, plutôt observatrice toute proche, tous les sens en alerte, se retrouve « avec nous ». Elle s'asseoit tout près de moi, nous sommes toutes les deux assises en « chien de fusil » derrière toi.
Nous sommes quatre à présent dans ce corps à corps vers la naissance. Tu ne fais qu'un avec Joachim, je ne fais qu'une avec Joelle.

Deux couples face à face... le vent danse... et nous avec !

Nous ne nous parlerons pas
Nous oublierons nos voix
Nous nous dirons en silence
L'essentiel et l'importance
Utilisons nos regards
Pour comprendre et savoir
Et le goût de notre peau
Plus loquace que des mots
Nos bras ne tricheront pas
Nos mains ne mentiront pas
Mais surtout, ne parlons pas


Je savoure l'instant présent... Cette scène me fait penser à une scène d'amour. Nous nous mouvons doucement, lentement, en essayant de ne pas te déranger. Tes mouvements sont toujours amples et lents, élégants, féminins. Nous sommes accordés.... tous les quatre ici, presques collés les uns aux autres...
J'ai moi aussi tous mes sens en éveil... je ressents ces ondes qui passent de l'une à l'autre... comme si nous nous fondions... à distance...

Nous percevons tous le moindre mouvement de l'autre, le moindre geste...parce que nous sommes tous « dedans », captés et captivés, happés par cette bulle qui semble constituer à ce moment là le monde entier.

Joelle me chuchote que nous devrons faire attention à ne pas trop bouger car le matelas va « tanguer » et tu ne vas pas aimer !

D'ailleurs, plus tard dans le travail, tu nous a dit deux ou trois fois : « J'aime pas quand ça tangue » !!

Joelle a placé ses pouces dans le bas de ton dos, elle devient actrice et passe « devant »... moi je retourne à mon « poste des lingettes »... : je vérifie que l'eau soit bien chaude avant chaque contraction, j'ajoute un peu d'eau bouillante si besoin, pour ajuster la température, je prends une lingette que j'étreins quand je vois que la contraction arrive, et je place la lingette sur ton ventre. Souvent tu places ta main sur la mienne.
Joachim est très présent avec toi... il parle peu, t'encourage par ses gestes. Il est rassuré depuis que Joelle est là...

Nous formons une belle équipe !

Bon, j'ai bien quelques « ratés », ces quelques fois où, chuchotant avec Joelle, distraite je m'aperçois trop tard que l'eau n'est pas assez chaude alors que la contraction commence. Pfff... il faut que je me concentre davantange !

Puis nous voyons apparaître Marius et Lubin dans l'embrasure de la porte ! Rho ces deux là !

Ils ont juste envie de voir Joelle, ils savaient avant de se coucher qu'elle était en route. Ils entrent pour recevoir un bisou de sa part, et nous observent quelques secondes.
Ils ne ressentent aucune inquiétude bien au contraire, c'est une situation presque « banale » pour eux qui l'ont déjà vécu deux fois !

Un bébé va arriver dans la nuit, ils sont contents, et sont contents de voir Joelle. C'est aussi simple que cela !

Je les accompagne dans le salon (Ils seraient bien restés avec nous sinon, c'est certain !) et je demande à Xavier de les remonter dans leur chambre. Je m'étonne de voir Xavier en train de lire dans le canapé, j'ai l'impression qu'il est très tard déjà. Mais non, seulement 21h20 !

Je reviens avec vous...

Nous sommes dans la prénombre, Joachim a pris soin d'allumer juste une petite lampe que Xavier lui a apporté en début de travail.

Six enfants dorment,

Le vent tourbillonne dans la cheminée,

Un bébé est en train de naitre,

Dans le silence.

Toi qui avais peur de ne pas savoir supporter cette douleur, tu gémis à peine, tu souffles quand arrivent les contractions, te faisant l'écho du vent. Pas un cri jusqu'à la fin.

Je suis époustouflée.

Les souvenirs de nos échanges à propos de cette peur de la douleur remontent...

Je souris en te regardant et je te dis que tu fais du beau travail. Je le pense sincèrement quand je te vois souffler si doucement, si calmement. Tu sembles si sereine. Tout semble presque facile pour toi.

Nous n'avons rien à faire qu'à être auprès de toi...

A un moment tu as envie de vomir, Joelle dit que c'est bon signe (Elle m'explique pourquoi, le bébé qui se place dans le bassin ou un truc dans le style). Je vais chercher un récipient dans la cuisine... Mais rien...

Du coup il servira pour le placenta !

Joelle s'absente quelques instants, nous sommes tous les trois et tout à coup dans le silence de la nuit j'entends un drôle de bruit qui me fait sursauter et splashhhh, de l'eau s'écoule brusquement ! J'appelle Joelle, elle arrive et je lui dis que tu as rompu. J'ai le coeur qui s'est affolé un peu, même si j'ai très vite compris de quoi il s'agissait dans la demi-seconde suivante.

Joelle répond « supeeeeeeeeer » ! (C'est chouette, à chaque fois qu'il y a quelque chose de nouveau elle dit que c'est une bonne nouvelle !!). Elle me demande quelle heure il est (réflexe de professionnelle !), je vais voir dans la cuisine, 21h55.

La poche venant de rompre, elle vérifie alors les battements du coeur du bébé. Quelques secondes d'écoute, tout va bien.

Puis quelque temps après elle entend que tu pousses un peu en fin de contraction. Oui, j'ai entendu aussi.

Elle me montre dans le bas de ton dos comment le bassin s'ouvre à chaque contraction, c'est chouette, j'apprends plein de choses !

Maintenant, c'est moi qui « suit » Joelle dans les mouvements de cette danse menée par toi uniquement.

Tu bouges un peu, tu ne sais plus comment te mettre, et toujours aucun cri qui ne s'échappe de ta bouche, tu gémis en silence...

Joelle te dit que ton bébé est là, tout près, qu'il peut venir quand TU l'auras décidé.

Et c'est ce genre de situation, ce genre de phrase, qui rendent l'accouchement à domicile absolument merveilleux. Nous sommes dans les hautes sphères du respect de l'être humain et du processus de la naissance... :-))

Tu n'as presque plus de contractions, l'utérus a fait son travail...

Tu t'allonges sur le dos. Tu es fatiguée. Tu dis que tu ne vas pas y arriver, que tu as peur.

Joelle t'invite à formuler tes peurs que nous tous ici connaissons ... tu as peur que ça déchire, peur qu'il te fasse trop mal ce « gros » bébé annoncé, peur de ne pas réussir à le laisser franchir le passage tout simplement.

Tu demandes si tu dois pousser. Joelle te répond que non, ton bébé sortira quand vous serez prêts, ici personne ne va te dire de « pousser ». Elle écoute le coeur de ton bébé pour voir s'il supporte la position allongée sur le dos, il va bien, elle te dit alors que tu as tout ton temps, tu peux prendre deux heures, trois heures, le temps que tu voudras, mais ton bébé est là tout près.

Tu en es là où tu n'es jamais allée pour Margot et Jonah. Toute seule, tu es arrivée là toute seule.

Joelle me murmure que c'est normal, que c'est ton premier sans péridurale, et qu'il va falloir que tu te décides à faire le grand saut, que ça peut prendre du temps.

Je laisse couler quelques larmes, je n'en reviens tout simplement pas. Quelle force t'a poussée jusque là ? Avec autant de facilité...

Joelle et moi sommes assises l'une contre l'autre, juste à coté de toi. Elle te prend la main de temps en temps. Me revient à la mémoire cette belle image ou Joachim te prend la main, et Joelle te tient l'autre main. Tels deux phares dans la tempête...Je ne vais pas prendre de photo, mais que c'est beau. Je te caresse de temps en temps la jambe. Nos regards se croisent parfois.

Il n'y a rien à dire, juste attendre.

Puis tu renouvelles tes peurs. Joelle te dit que tu peux t'habituer à la sensation du bébé qui appuie sur le périnée, en le laissant avancer un tout petit peu plus à chaque contraction. « Tu vas t'apercevoir que tu peux gérer, qu'il va remonter entre chaque contraction... Habitue toi, prends le temps de t'habituer ».

Ces mots font leur effet. Tu t'autorises alors à laisser avancer un peu plus ton bébé, quelques millimètres de plus à chaque contraction...

Nous restons ainsi tous contre toi, toi allongée sur le dos à attendre sans contraction, pendant presque une heure. Tu reprends ton souffle. Pause nécessaire avant « le grand saut ».

J'ai l'impression que tu réfléchis parfois, que tu te dis « il va bien falloir que j'y aille à un moment ou un autre ! », mais que tu n'oses pas encore.

Puis Joelle te propose de te mettre à genoux si tu te sens prête. Nous t'aidons à te redresser.

Et alors tout va très vite.

Pendant quelques contractions nous apercevons simplement ton périnée qui se gonfle sous la pression de la tête qui vient s'appuyer. C'est très subtil... Joelle me montre mais seule, je pense que je n'aurais pas vu.

Joelle ouvre sa boite métallique qui porte l'inscription « bistouris »...cette boite, je m'en souviens, elle m'avait quelque peu « effrayée » lors de la naissance d'Azélie lorsque je l'avais aperçue sur la table du salon ! J'avais très vite compris qu'elle ne faisait que l'ouvrir !
Et que la paire de ciseaux qui s'y trouve est utilisée pour couper... le cordon ombilical... Bien plus tard ! ;-)

Joachim est curieux de savoir si « on voit la tête ». Non pas encore, elle est là derrière, nous la devinons, mais rien de visible.

Joelle te dit que tu fait un beau travail, tout en délicatesse. C'est vrai, je te trouve gracieuse moi aussi. On dirait une danseuse.

Puis quelques centimètres de cheveux apparaissent !! Des cheveux tout noirs... Je ne dis rien pour te laisser découvrir mais je repense à tes paroles de la veille... :  Et non , ils ne sont pas roux  ! ;-)

Le visage de Joachim s'illumine : « ça y'est, vous voyez la tête ? » (de sa place il ne voit pas... j'hésite à ce moment à lui proposer de prendre sa place pour qu'il prenne la mienne car je le sens très curieux, mais je me ravise : tu as davantage besoin de lui tout près de toi plutôt qu'en observateur). Joelle lui propose de toucher. Il touche, et trouve que c'est mou !

Joelle lui répond : « Heureusement pour Sophie que c'est un peu mou quand même ! »

Une autre contraction arrive, davantage de cheveux sortent... Je crois qu'à partir de ce moment, j'ai cessé de respirer...

En voyant son front, j'attrape Joelle par le pantalon, ou la cuisse, enfin je ne sais plus trop, mais je m'accroche à elle, je la touche comme pour me raccrocher à la Terre (c'est le cas de le dire ! ). Nous sommes dans un « autre monde ». Je touche au divin. Je n'en crois pas mes yeux...

Et toi, toujours aussi gracieuse, qui ne pousse pas un cri.

Rien, tu ne dis rien.

Nous non plus.

Il est fabuleux ce silence.

Vient la pause... le front de ton bébé reste apparent, dans l'attente de la contraction suivante.

Je reprend mon souffle, tout doucement de peur de faire du bruit, je lâche Joelle... Je retiens quelques sanglots en me disant que ce n'est pas à moi de pleurer...
Ton bébé est en train de passer « de l'autre côté », instant du cycle qui est en train de s 'achever.
Le temps s'est arrêté.

Nouvelle contraction, le front termine de sortir, puis les yeux - je ré-arrête de respirer en me ré-accrochant au pantalon de Joelle !!-... et je pousse avec toi...

le nez,

la bouche,

le menton.

Stop.

Il nous fait face ce petit bonhomme. Il est là, il ferme les yeux.

Je trouve qu'il ressemble à Jonah mais je ne dis rien !

Je me suspends à l'instant présent.

Instant de l'entre-deux.

Lui est en attente... en attente de vivre...

Silence.

Si Dieu existe il est forcément là, avec nous !

Car ce qui est en train de se passer là, ce n'est pas simplement une belle et douce naissance, ce qui est en train de se passer là, c'est l'improbable qui se réalise, c'est le dénouement d'une douce folie, c'est la réponse à une perche non-tendue, c'est l'aboutissement d'un cheminement de plusieurs années.
Et dire que nous sommes ici, tous les quatre, alors que vous venez juste d'arriver chez nous !

Qui de nous y croyait réellement ?

Comme des électrons libres qui par je ne sais quel mystère se retrouvent à moment donné réunis à la croisée des chemins.

Et ce petit qui débarque là...

Et moi qui suis là... « J'y étais » !

Qu'est ce que je fais ici ?

Nous te disons que la tête est sortie entièrement ! Et Joelle te dit que la prochaine fois tu vas pouvoir pousser pour sortir ton bébé entièrement.

Puis ton petit fait un bruit bizarre avec la bouche. Joelle en déduit qu'il a peut-être envie de respirer, elle l'aide donc un peu à sortir...

Il sort accompagné d'un flot de liquide. Tu te demandes d'ailleurs ce qui coule comme ça.

Il se pose sur le sol...

Tout seul... j'ai vu de mes yeux vu qu'un bébé, ça sort tout seul...

Le mode « pause » refait place au mode « lecture » : Je reprends ma respiration, je lâche Joelle, Joachim se met à rire, ses yeux brillent, il n'en revient pas non plus. Qu'est ce qu'il est heureux lui aussi !

Toi tu ne bouges pas, Joachim t'aide à passer ton bébé entre tes jambes, tu commences à parler, à rire, tu le trouves beau...

Jouissance...

Joelle me demande l'heure qu'il est (ah oui, l'heure, je n'aurais jamais pensé à regarder de moi-même !), je vais voir dans la cuisine, le four indique 23h06. Je le garde dans un coin de ma tête, cela ne sert à rien de troubler l'équilibre avec ce genre de détail...!

Quelques minutes plus tard, Joachim sort le portable de sa poche et nous dit : « il est 23h11 » ! J'ai comme l'impression qu'il était sorti de la réalité lui aussi et qu'il fait sa réapparition sur Terre après un « blanc » de 5 minutes !

Puis tu t'allonges en formulant tout ton bonheur. Joachim se place auprès de ta tête et vous admirez votre bébé caché sous la serviette.

Joelle vous demande comment s'appelle ce petit garçon... Noam !

Je prends soin d'observer la lumière... force est de constater que ce n'est pas moi qui viens d'enfanter...

Quelques minutes plus tard Joelle te demande si tu veux laisser sortir ton placenta, tu te sentiras certainement mieux après. Ta réponse est un « Non pas tout de suite » catégorique ! Nous rions, j'ajoute que ce n'est pas maintenant que l'on va te dire ce que tu dois faire !

Quelques minutes plus tard tu as envie de te délivrer de cette poche de vie. Moi j'adore, je vois tout ce que je n'ai pas vu lorsque c'était moi l'actrice.
Votre placenta est bien entier. Je tends le récipient dans lequel Joelle le dépose.

Observatrice, je constate ce que je savais déjà : du début à la fin Joelle travaille les mains nues.
Pas un gant.

Un contact direct, chair à chair... pour des sensations parfaites, sans écran.
Nous sommes dans le « vrai », le « brut »...
Et c'est beau, des mains nues...

Nous replaçons quelques alèses propres sous toi, nous nous regardons. Joelle quitte la pièce. Avant de vous laisser seuls je m'approche de ta tête (désolée ça tangue encore sur le matelas !) pour voir la frimousse de ce petit que je n'ai pas encore vu respirer.

Je te caresse les cheveux en pleurant et en te félicitant, quel travail tu as fait !
Je suis tellement heureuse pour vous...

Puis je sors de la pièce. Je vais me laver les mains moi aussi...

Joelle m'aperçois, vient vers moi en m'accueillant de ses bras ouverts. Je fonds dans ses bras. Et je pleure...

Nous nous enlaçons longuement en nous caressant dans un doux balancement.

Front contre front, on s'embrasse, on frissonne... Ses yeux brillent d'émotion...

Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
...
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard


Nous savons pourquoi nous sommes ici maintenant !

Le temps a presque repris son cours normal. La tempête est passée.


C'était donc ça, la fin de l'histoire ? :-)))

« C'était la première fois que tu assistais à une naissance... » Je lui réponds en riant les yeux plein de larmes que c'était aussi certainement ma dernière.

Mais quelle première fois !!!!

Nous sommes sur notre nuage nous aussi, heureuses pour toi, heureuses de nous retrouver toutes les deux autour de vous.

Nous venons vous voir de temps en temps, nous grignotons quelques carrés de chocolat dans la cuisine.

Je passe informer les copines du forum de l'événement, et je ris en les voyant trépigner d'impatience !

Puis nous t'installons confortablement dans le clic-clac.

Joelle en profite pour examiner Noam, elle écoute son coeur, vérifie ses réflexes.

Puis elle le pèse ! Je crois que nous sommes tous curieux de savoir combien pèse ce beau bébé !

4,550 kgs !!! et environ 55 cm !

Quelle histoire là aussi... toi qui avait peur de ne pas être capable de laisser passer de « gros bébé », c'est le plus gros des trois ! Une belle victoire !

« Mère poule » attentionnée comme je la connais, Joelle t'apporte un fruit coupé en morceaux pour te requinquer un peu, accompagnés d'une tisane il me semble.

Nous vous laissons, Joelle emporte le placenta dans la cuisine, et à l'aide d'une seringue prélève un peu de sang dans une des veines de ton placenta. L'échantillon sera analysé au labo le lendemain, nécessité due à ton groupe sanguin de rhésus négatif.

Puis nous nous installons dans le séjour, elle remplit le carnet de santé de Noam, le certificat pour la mairie, le compte-rendu d'accouchement etc. Je m'asseois à côté d'elle, je n'en perds pas une miette !

Je joue à l'assistante sage-femme ! : elle me redemande à quelle heure tu as rompue, à quelle heure a eu lieu la naissance puisque c'est moi qui était chargée de retenir ces deux informations, elle hésite sur la formulation pour le lieu de la naissance sur le carnet de santé de Noam, finalement ce sera « à la maison » avec notre adresse !

En même temps je jette un oeil sur les discussions du forum, puis Joelle fouine sur internet pour trouver une info par rapport à ton rhésus négatif. Nous feuilletons un bouquin, la vie normale quoi ! Pendant ce temps vous savourez l'instant présent tous les trois.

Nous discutons encore un peu, nous allons te voir... Accroupies près de toi, mes larmes se remettent à couler (décidément !), Joelle me prend la main...

Vers deux heures elle commence à rassembler ses affaires pour partir, c'est à ce moment là que son portable se met à sonner, un SMS de l'autre maman !

Elle va vous saluer, toi, Joachim et Noam. Elle revient, nous nous enlaçons longuement une dernière fois, je lui dis que je suis contente ! Elle me prend le visage entre ses mains, nous parlons de nous retrouver à l'occasion de mon cadeau de Noël dans quelques semaines...

***

Alors voilà...

Pour tout ce que tu m'as fait vivre pendant ces longs mois (je n'en avais même pas marre de tes mails ! ;-p ), pour tout ce que tu m'as permis de vivre ces deux jours là, et la semaine qui a suivi, je te remercie infiniment, ainsi que Joachim... discret mais tellement présent lui aussi.

Quel cadeau... c'est immense...

J'ai « pris » tout ce que je pouvais prendre ce soir là : les odeurs, les regards, les images, les peau-à-peau... j'ai pris conscience du cadeau, et je l'ai savouré...

Ce soir là, la magie a opéré de mon côté parce que c'était l'aboutissement d'une histoire partagée, parce que c'était ici, dans la pièce où est né Aurèle, parce que tu m'as bluffée en donnant naissance à ton bébé dans un calme absolu, sans un cri, juste avec quelques soupirs, quelques souffles, à peine un gémissement, toi qui évoquait souvent cette peur de ne pas supporter la douleur jusqu'au bout. Parce que c'était Joelle la sage-femme (cela n'aurait pas eu la même saveur pour moi si je n'avais pas connu ta sage-femme. Nous nous connaissons parfaitement, dans nos corps et dans nos âmes, la danse n'en fut que plus harmonieuse).

Parce que c'était nous trois, trois femmes, pour une troisième naissance dans notre maison.

C'était des ailes et des rêves en partage
C'était des hivers et jamais le froid
C'était des grands ciels épuisés d'orages
C'était des paix que l'on ne signait pas


J'ai vu des bateaux, des fleurs, des rois
Des matins si beaux, j'en ai cueilli parfois
En passant


Dans cette maison il y aura pour moi... un 31 décembre-31décembre, un 16 novembre-devant un feu de cheminée et un 2 décembre-dans le vent :-))))

Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit là, trop d'étoiles dans la tête !

Lundi matin, réveil matinal cependant, la vie suit son cours pour notre famille, nos garçons vont à l'école. Je les accompagne, je dois avoir une drôle de tête avec deux ou trois heures de sommeil et un grand sourire qui ne me quitte pas !

Le reste de la semaine s'écoule paisiblement, chacun a pris ses marques rapidement. Le secret de la réussite de cette semaine de vie commune fut que jamais vous ne vous êtes pris pour des invités, vous vous sentiez chez vous, vous étiez chez vous, et nous aussi !

Maï est passée vous voir, toi et Noam, tous les jours jusqu'au jeudi, prenant soin de vous... la belle vie !

Joachim ira déclarer la naissance de son petit le mardi après-midi à la mairie de notre village. Le maire fut quelque peu surpris lorsque la secrétaire lui a demandé de passer pour signer un acte de naissance qui avait encore eu lieu au « 1, rue des p. » !!

Voilà, c'est un peu long et cela ne reflète pas tout ce que nous avons vécu comme émotions tous les quatre ce soir là...

Comme dit Joelle, le reste, « c'est notre trésor » ;-)

...

Dors, bébé, dors
Bébé, dors, il pleut dehors
Dors encore


Il n'est pas tout à fait demain
Rien ne presse ce matin
Il nous reste quelques heures
De quiètude et de tièdeurs

Et moi, j'écoute les bruits de vos silences
Dans notre ilôt de chaleur et de confiance
Quand le soleil sera là, vous partirez
Parce que c'est comme ça


Anne-Sophie,

décembre 2007/janvier 2008


Posté par Lathema à 22:35 - Témoignage - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Témoignage de Sophie: la naissance de Noam

Mon tout petit, mon petitroiz…

Voilà plusieurs mois que je te porte, que tu m’accompagnes jour et nuit, que nous te racontons, que nous te parlons, que nous t’appelons de nos mains, que nous t’espérons, toi qui es venu si vite à un moment si juste.

Plusieurs mois qu’ Anne-sophie nous a faite cette proposition un peu folle de venir te donner naissance chez elle, accompagnée de J qui a accepté de faire partie de l’équipe sous condition d’être créatifs…

De longs mois durant lesquels ce projet de te laisser venir à ton moment loin des protocoles et des normes, doucement s’est dessiné, doucement a pris forme, même si jusqu’au bout, il restait incertain. Que de livres lus et de discussions afin de palper l’impalpable.

Nous avons réussi, toi, ton papa, Anne-so, J. et moi… Chacun de nous avons joué un rôle dans ta venue au monde et ta naissance a été parfaite et restera un moment tout simplement inoubliable…

En partage, pour les femmes, pour les mères, et pour ma fille lorsqu’elle sera femme.

Nous ne savons toujours pas où naîtra notre petitroiz. Nous nous sommes fixés une date avant laquelle il viendrait au monde à la maternité des Lilas, après laquelle il naîtrait dans la Sarthe, « à domicile » : le 1er décembre.

Mi-novembre

Petitroiz peut enfin venir au monde sans risque, il n’est pas à terme, puisque il est prévu pour le 14 décembre, mais le voilà sorti de la prématurité. Nous ne sommes cependant pas encore vraiment prêts, quelques petites courses à faire, la recherche d’un siège auto, notre voiture à faire réparer et des forces à reprendre pour moi, je suis en effet encore très affaiblie par une gastro. Il vaut mieux attendre un peu et je suis sure qu’il le sait lui-même.

J’ai cependant de plus en plus de contractions, certaines me réveillant même la nuit. Les nuits de pleine lune, la fréquence des contractions augmentent, c’est indéniable… Mais sans régularité.  Cela nous fait prendre conscience qu'il sera bientôt là et qu’il nous faut rapidement finir de tout préparer.

Les contractions s’intensifiant encore, nous nous rendons un soir aux lilas. Par hasard, on nous envoie dans la chambre la plus spacieuse, celle avec une baignoire… Nous y apprenons que tout va bien pour notre bébé et qu’à priori ce n’est pas encore son jour ! On repart cependant déçus par la maternité. L’ambiance y était bonne et les sage-femme très sympathiques, mais quelle pièce froide, inhospitalière, c’est un comble !!! Ce n’est  pas de cela que nous voulons pour notre petitroiz.

Ce soir là, nous pensons partir avant la date butoir, une fois le travail commencé, mais le trajet étant assez long jusqu’à la Sarthe, cela risquerait d’être compliqué et stressant. Alors, nous espérons de plus en plus fort que ton jour sera en décembre… En attendant, nous en profitons pour faire tout ce que nous avons à faire avant de partir et ainsi être tout à fait disponibles pour bébé ensuite… je termine la préparation à l’accouchement, je me fais plaisir en allant chanter une dernière fois avec petitroiz dans mon bidon. Chaque chant nous enveloppe, et l’un d’eux, « rond », me parle particulièrement. J’aime sa mélodie douce qui s’envole par moment.

Nous vendons notre maison.

30 novembre

Les jours ont passé et nous approchons de cette date sacrée ! Chaque jour terminé me rapproche un peu plus de ce grand saut que je m’apprête à faire pour mon bb. Étrangement, je suis de plus en plus sereine, nous n’attendons plus que l’échographie de contrôle pour avoir l’esprit libre.

Rien n’est laissé au hasard, mon suivi est on ne peut plus complet, je veux partir tranquille. L’échographe et gynéco qui a fait tout mon suivi de grossesse, remesure notre plutôt « grotroiz » sous toutes les coutures. « il sera potelé » dit-il, « mais son poids à terme devrait être entre celui de ses deux aînés, entre 4200g et 4500g. » Il estime qu’à ce jour il pèse environ 4000g. Ces paroles sont extrêmement rassurantes et puisqu’il lui prévoit un poids de naissance entre celui de Margot et de Jonah, il n’y a aucune raison pour qu’il ne trouve pas le chemin de la sortie.

Nous voilà libres.

Nous prenons la route en direction de l’ouest, ça y est, nous y sommes !!!

Les bagages, tout le nécessaire pour l’AAD (accouchement  à domicile) et le chien, dans le coffre. Les enfants dans leur sièges. Une coque et un couffin nous rappelle que nous nous dirigeons vers notre troisième enfant, et que cette naissance respectée, cette re-naissance,  cette re-co-naissance est enfin à portée de doigts : la balance est inversée.

C’est la nuit, les enfants dorment. Il tombe sur la voiture une pluie battante venant rompre le silence qui y règne. Joachim et moi nous regardons simplement Nous nous aimons et sommes heureux du chemin que nous empruntons ensemble ce soir.

Notre trajet est rythmé par la pluie qui tambourine… et par les contractions toujours ! Assez fortes pour nous poser question, mais une fois encore sans grande régularité… A la sortie menant chez Anne-So, nous nous demandons  un instant, si nous ne ferions pas mieux d’y aller directement, mais nous poursuivons notre route jusque chez ma maman qui nous accueille avec bonheur. Il pleut toujours très fort.

Ce n’est que le lendemain, après un bon repas, le cœur content d’avoir fait ce crochet, que nous nous rendons dans la Sarthe.

Le chemin est lumineux. Avec mon homme, nous avons un peu d’appréhension à aller « envahir » la famille F., mais cette fois ça y est vraiment, nous y sommes !

Nous sommes accueilli très chaleureusement et avec cette simplicité et cette générosité qui caractérise Anne-sophie.

Les enfants ne mettent que peu de temps à jouer ensemble.

Nous nous installons.

Au repas du soir, ce sera raclette !!! Menus de choix chez les janviettes (;-) ) Les enfants mangent en premier, ça fait une sacré tribu…

Les verres sont posés sur la table, on s’apprête à passer une bonne soirée, on a pas mal de choses à se dire, tellement de mois à imaginer cela…

Mais je sens tout à coup une humidité m’envahir. Je file aux toilettes, discrètement m’attendant à découvrir de l‘«eau», mais je me rends compte avec angoisse qu’il s’agit de sang.

J’appelle J. Ca y est le contact est fait ! Elle me rassure et me dit de la tenir au courant, que cela peut-être le signe que le col travaille, mais que cela ne signifie pas que ce soit pour ce soir… Nous retournons mangés. Les enfants ont été couché au cas où… Mais la nuit se poursuit calmement, ni plus ni moins de saignement, de contractions.

2 décembre

Je me réveille, avec l’air de « rond » dans la tête. J’appelle petitroiz de mes mains comme à mon habitude, mais il ne réponds pas.  Inquiétude… Je réveille son papa pour qu’il l’appelle à son tour mais nous ne percevons même pas un tout petit mouvement rassurant. Je m’imagine 10 000 scénarii catastrophes et appelle J pour lui en parler. Ses paroles sont comme toujours pleines de bon sens, rassurantes. Je l’imagine…….. Souriante.

Je retourne m’allonger près de Joachim et après avoir bien secouer son logis dans l’espoir d’un tout petit coup, nous sentons à nouveau notre bébé. Mais différemment, c’est étrange…

Rassurés, nous allons prendre un petit déjeuner copieux. Quelques contractions commencent à se faire sentir… Elle sont différentes de celles que j’ai ressenti jusqu’à aujourd’hui… Et puis elles étaient précédées de pertes de sang comme pour Margot. je crois les reconnaître !!! Une pointe d’excitation m’envahit… Ces contractions là sont-elles celles qui mènent notre bébé à nous ? j’en suis de plus en plus sure. La question devient alors plutôt : dans combien de temps sera t’il parmi nous…

Chaque contraction me réjouis, elles sont encore très espacées et entre elles, il s’agit d’un jour comme un autre.

E. et sa douce voix, téléphone. Aurait-elle senti ce qui se joue ce dimanche matin là ! Je suis heureuse de lui parler, je sais qu’elle connaît la danse que je m’apprête à danser et je n’entends dans sa voix aucun stress, juste une pointe d’excitation.

Anne-so and family vont comme prévu chez leurs amis. Anne-so hésite, mais je la rassure et l’incite à ne pas changer complètement leur projet… qui sait combien de temps cela prendra ?

Les voilà partis. La maison est calme, dehors les éléments se déchaînent et le vent pris au piège dans le conduit de cheminée se fait entendre bruyamment. A travers les grandes baies vitrées, on peut voir les arbres balancer et danser.

Je commence moi aussi ma danse tranquillement… les contractions se font de plus en plus présentes… je suis en mouvement.

Je marche, je me ballade dans la maison sans mot, les enfants jouent calmement. De temps en temps, je m’assoie sur le ballon ou devant l’ordinateur. Je ne contrôle pas du tout à quel rythme viennent et reviennent les contractions, je les accueille une par une.

Puis elles commencent à se corser et je cherche des stratégies quand elles arrivent, pour diminuer la douleur.

Je m’imagine une petite montagne : lorsque la contraction arrive, je vais la chercher, je lui attrape la main et je l’accompagne de l’autre côté du versant. Plus les contractions deviennent fortes et plus je les tire fort pour les mettre   dehors… il m’arrive même de claquer la porte !!!

 

Entre les contractions je suis si bien que j’en arrive à douter, le travail est-il vraiment commencé ? La contraction suivante m’assure que oui.

 

Je suis sereine, je vis les contractions une à une, j’aime le calme qui règne ici, je suis contente d’être là. Margot et Jonah jouent ensemble.

Midi : C‘est l‘heure du repas, les enfants mangent avec leur papa, je grignote seulement, je continue à me promener en chantonnant, je suis complètement centrée sur mon petitroiz, je l’accompagne. Je suis heureuse de manger un peu du crumble fait par Anne-Sophie la veille, une de ses nombreuses petites attentions.

J’attends avec impatience que J me donne des nouvelles d’une autre maman qu’elle suit et dont  le travail semble s’être mis en route. J pensait qu’elle accoucherait le matin, mais le matin est passé… je ne sais combien de temps le « travail » durera pour moi, et je patiente. J. pense que l’autre maman est plus avancée.

Je vais, de la salle au bureau, en passant par la cuisine, chantonnant ronde, plongeant mon regard dans le mouvement des arbres face à la baie vitrée. Ils accompagnent ma danse depuis le matin et le bruit du vent seconde toujours ma voix.

Je suis obligée à présent de  m’arrêter pour chacune des contractions, je m ‘appuie dos au mur, sur le dossier de la chaise de bureau ou contre les mains de Joachim quand il est disponible. Ils s’occupent des enfants. Parfois je l’appelle pour qu’il soit avec moi. Je lui demande de maintenir sa main fortement appuyée dans le bas de mon dos jusqu’à la fin de la contraction, le moindre mouvement m’empêche de la maîtriser.

Début d’aprèm, il doit être 14 ou 15heures 

Je demande à mon homme d’envoyer un texto à Anne-so et d’appeler J. pour la prévenir de l’évolution des choses. J’ai toujours dans un coin de la tête qu’une autre de « ses » mamans l’attend. Où en est elle ? Vais-je pouvoir attendre qu’elle arrive ? Où en suis-je moi-même ? J’ai vraiment mal et même si je gère totalement les contractions, n’ayant pour mes deux premiers enfants, pas connu les douleurs des contractions de travail, je n’ai aucune référence.  La seule chose dont je suis sure, c’est que petitroiz est en chemin et que je suis sur le point de lui donner naissance dans les conditions que j’ai tellement souhaitées… La douleur ne me fait plus peur, le grand saut est déjà fait et je suis prête à beaucoup pour ne pas répéter mes erreurs.

J. dit à Joachim qu’il faut que ça se corse plus encore, qu’elle attend toujours des nouvelles de l’autre maman… et de la tenir au courant. Je suis déçue et inquiète un peu, de cette situation, je me sens seule… mais je continue ma danse, au rythme des contractions intenses… je m’isole.

Anne-so téléphone pour dire qu’ils partent et écourtent leur visite. Je m’en veux un peu mais cela me rassure, J. étant « retenue »  j’ai envie de la savoir près de moi…

Je suis extrêmement fatiguée, je n’ai qu’une envie, dormir… Je commence à être lasse de toutes ces contractions, je me décide à aller m’allonger tout en me disant qu’avec la douleur, je ne risquais pas de parvenir à m’endormir. Et pourtant, allongée, les contractions se calment, s’espacent pour ne plus se faire sentir du tout : que la nature est bien faite…

Je me lève, reposée et bien étonnée de voir que les contractions ont cessées.

Anne-so , Xavier et les enfants ne tardent pas à arriver. Elle, est toute excitée et me demande des détails. Les contractions reprennent un peu, mais sont indolores. Anne-so s’inquiète de ce que J. ait cette maman ; elle pense que nous devrions la rappeler, même si pour l’instant je suis en « pause ». Je ne sais quoi faire, J. nous a demander de la rappeler quand ça se corsait et ce n’est pas le cas. D’un autre côté, cela peut reprendre à tout moment et elle a quand même de la route à faire, surtout que dehors c’est la tempête. Il n’est pas question de la faire venir pour rien par un temps pareil… Au fond de moi, je sais que ce ne sera pas pour rien, mais je pense à cette autre maman qui risque d’être dans une situation délicate si J. part pour nous rejoindre.

Tergiversation.

Xavier nous écoute et s’agace un peu. Son discours est un peu paradoxal puisqu’il ne trouve pas que j’ai l’air sur le point d’accoucher, mais il trouve idiot de ne pas appeler J. pour lui dire de venir sous prétexte qu’une autre maman serait obligée de se passer d’elle.

Je me décide donc à la tenir au courant des dernières nouvelles. Situation bien embarrassante… J ne sait elle-même trop quoi faire, et elle n’a aucune nouvelle de l’autre maman.

Je suis un peu déçue. Je sais moi, que tu es en chemin et j’ai l’impression de n’avoir pas été très convaincante. D’un autre côté, bien sûr, je ne sais pas moi-même combien de temps cela prendra encore… J’aurai juste aimé savoir J. disponible, l’idée d’avoir fait tout ce chemin, tout ce cheminement, pour accoucher tout de même en maternité me traverse l’esprit et m’attriste. J’ai envie de m’isoler. Je décide d’aller prendre un bain, la très grande baignoire de la maison me fait vraiment envie, chez nous elle est toute petite.

Lumière tamisée, Ali Farka Touré en musique de fond, je me plonge dans le bain et me recentre paisiblement.

Je rase les quelques poils que je vois et que j’arrive à atteindre sur mes jambes. Les contractions reviennent et sont rapidement assez fortes pour rendre la position allongée dans l’eau inconfortable et me faire en sortir… Mon petitroiz poursuit sa route !

Je sors du bain, profitant de Joachim venu m’annoncer que J est en chemin… Cette nouvelle est un vrai soulagement… je me sens maintenant libre de me laisser aller, libre de mettre au monde mon tout petit, elle arrivera bientôt.

En bas, la vie continue. Je les rejoins. Les contractions sont de plus en plus douloureuses, je suis obligée de m’arrêter à chacune d’elles. Je sens dans leur attitude que xavier et anne-so ont compris. Les enfants ont mangé, tout le monde s’active, il faut préparer les lits de Marius. et Lubin qui dormiront pour l’occasion dans la chambre de leurs parents, laissant leur chambre à J, au cas où…

L’excitation monte, le calme est intense et moi, je déconnecte de plus en plus.

Nous couchons Margot et Jonah en leur disant qu’il se pourrait bien que le bébé arrive cette nuit… « il va sortir du ventre ».

Margot me demande de lui chanter la chanson du bébé, cette chanson que j’ai chantonné  toute la journée pour accompagner notre danse. J’ai du mal à lui chanter, les contractions me coupent le souffle. Je  lui chante au rythme de ces dernières, le tempo est donné, de plus en plus rapide. Un petit bisou et je file, ne parvenant plus à me retenir de grimacer.

Je reviens parmi le « monde » mais je ne suis pas tout le temps avec eux. Le silence règne toujours. Xavier prépare un feu de cheminée, cette attention me touche, elle a tellement de sens.  Plus personne ne doute maintenant que tu arrives, la maisonnée est toute prête à t’accueillir.

Je poursuis ma danse, je ne peux plus faire que cela dorénavant. De temps en temps, quelques mots échangés me sortent de cette bulle qui est en train de se former. Chaque contraction est une invitation à venir un peu plus à l’intérieur de « moi ». Je vais à sa rencontre…. Et à la mienne aussi.

Anne-sophie me propose devant ma tête grimaçante sans doute, de commencer le rituel des lingettes. J’hésite, J. m’a conseillée de ne pas user trop vite de toutes les stratégies contre la douleur, au risque de n’avoir plus rien quand la douleur sera à son apogée. Anne-so insiste, elle sait sans doute que nous commençons ces moments intenses.

Nous nous dirigeons vers la «salle de jeu», «notre» chambre avec, un saladier, une bouilloire, des carrés de coton éponge d’Ikéa.

Joachim à présent ne me quitte plus, j’ai besoin de sa présence, de sa force, je veux le sentir près de moi à chaque instant.

Lorsque la contraction m’enserre le ventre, je préviens d’un «elle arrive.» Joachim redouble aussitôt de présence, anne-so trempe la lingette dans l’eau chaude et me la pose contre le ventre le temps de la contraction. C’est un grand soulagement si la lingette est à température parfaite, ni trop chaude, ni trop froide ! Trop chaude elle brûle trop froide elle ne me procure aucun soulagement et même pire, me déstabilise…

C’est étonnant comme j’ai l’impression de devoir accompagner la contraction, il ne faut surtout pas que je loupe le départ, ni que je me relâche ensuite. Un peu à l’image du surfeur qui doit prendre la vague.

Je me souviens avoir fait de la planche un été près de Lacanau ; allongée sur celle-ci, une toute petite pointe d’angoisse et beaucoup d’excitation, j’attendais la vague. Lorsqu’au loin je la voyais arriver, je me préparais à ramer de toutes mes forces pour ne pas la rater, puis, une fois sur elle, celle-ci  m’emportait dans son élan vers la plage. Mieux j’étais positionnée et en phase avec la vague au départ, plus loin la vague m’emmenait. Une fois la vague terminée, le calme revenu, je reprenais tranquillement le chemin me menant à la vague prochaine, une pointe d’angoisse et beaucoup d’excitation.

Bien sûr, si je devais donner une image à mes contractions actuelles, ce serait des vagues énormes, il n’est absolument plus question de louper le départ au risque de boire la tasse. Mais je me découvre finalement assez bonne pour « surfer » sur les contractions. Je les accompagne d’un son grave, un « oooooo » profond et lointain.

Pendant la contraction, je ne tolère aucun mouvement, il me ferait sortir de « moi ». C’est fou comme Joachim et Anne-so respecte cela sans que je ne leur ai rien demandé. Ils me donnent même l’impression d’attendre eux-même mon signal de fin pour reprendre leur souffle. Bien souvent ce signal est un hoquet, cela nous amuse.

Nous gardons ce même rituel un moment, combien de temps je l’ignore, je suis maintenant hors du temps, je suis maintenant tout à petitroiz, à sa venue.

J’entends J. arriver, cela me réjouit… Elle parle pomme de terre avec Xavier. Puis elle passe sa tête par la porte comme pour prendre la température de ce qu’il s’y passe…. Et entre elle aussi dans la danse, parfaitement dans le rythme, Protagoniste de plus dans la naissance de mon petitroiz, protagoniste de choix elle aussi.

C’est au tour de Margot de passer le visage ensommeillé par la porte. J’essaye tant bien que mal de faire bonne figure, je ne voudrais pas lui faire peur. A-t-elle entendu J. arriver ? Aurait-elle eu envie  de savoir où en était son petit frère… Nous la rassurons et l’invitons à se rendormir en lui promettant de la réveiller une fois le bébé né. Je me demande quel souvenir elle peut garder de tout ça… Quelles images garde-t’elle en tête ? Mais je suis contente de son apparition. Elle se recouche sans problème. Marius et Lubin sont également couchés, ils étaient sans doute descendus saluer J.

Les contractions se succèdent.

 

Dans un effort que je pensais impossible, sous l’impulsion de J., je me rends aux toilettes. Cela me demande de sortir un peu de « moi ». J’y suis tellement bien, tellement mieux…Tellement, que c’est les autres que j’ai maintenant du mal à rejoindre. Mes yeux sont fermés. En partant des toilettes, je laisse ma culotte et ma pudeur avec… il n’est de toute façon plus question de pudeur, mais de son arrivée prochaine… de plus en plus proche.

A mon retour, je préfère rester debout, j’ai soif et envie de vomir à la fois, les choses s’accélèreraient-elles ? J. m’encourage par sa réponse, « ces sensations sont le signe que ton bébé s’engage dans le bassin », je suis contente.

Il est temps d’installer un matelas, gonflable (pas super confortable !). J. et xavier s’y affairent, serait-ce le dernier acte ? Le matelas est installé au pied du canapé lit. Je m’agenouille et enfouis ma tête dans les jambes de mon homme.

Le temps s’écoule mais je ne le partage plus, le vent souffle toujours, et la mer/mère en moi est déchainée… Les contractions sont maintenant hyper fortes, oserai-je dire des tsunamis ? Chacune d’elle m’emporte que je le veuille ou non.

Heureusement j’ai toujours près de moi mes 3 anges gardiens.

A chaque contraction, les mains de J savent exactement où appuyer pour me soulager, elles me transmettent de la douceur, Anne-so m’applique une lingette à la température idéale et Joachim m’enveloppe de sa présence et de son amour… Tout ceci, dans un silence divin, une luminosité très douce et toujours avec la même patience.

Mais la douleur est tellement grande, j’ai l’impression de perdre pied, vais-je y arriver ? Combien de temps cela va-t-il durer encore ? Où en est-il de son chemin ? Qu’est-ce qu’il m’a pris d’avoir une idée pareille !!!!

Chaque contraction m’envahit totalement, et lorsque je réalise une fois qu’elle est passée, que j’ai survécu, je me rassure en me disant que c’en est une de moins. Mais combien à venir encore ???

C’est lors d’une contraction sans doute encore plus forte que les autres, que la poche dans laquelle petitroiz baigne depuis presque 9 mois se rompt bruyamment… un pas de plus vers nous. J. nous rassure rapidement, bébé va très bien.

Moi, je prends peur, les contractions vont-elles devenir encore plus douloureuses ? Peut-il y avoir une douleur encore plus forte ?

Chaque contraction pousse notre bébé vers la sortie, mais il n’avance que de quelques millimètres à chaque fois et ça fait tellement mal. J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais. J. me murmure des paroles rassurantes, pleines de confiance et d’encouragements. Elle me dit que je peux prendre le temps dont j’ai besoin, que bébé va bien.

Je ressens l’envie de me mettre sur le dos, personne ne s’y oppose, J. vérifie simplement que petitroiz supporte cette position peu conventionnelle en AAD, mais finalement, l’AAD n’est-il pas sans convention… Dans cette position, les contractions sont un peu moins douloureuses, elles s’espacent même me permettant quelques répits.

Mon homme, Anne-so et J. sont toujours près de moi, leur soutien, leur bienveillance est totalement indescriptible, ils savent tous les trois que ce qui se joue aujourd’hui va bien au-delà de la naissance de mon troisième enfant… La complicité qui lie les deux femmes à mes côtés rajoute de l’émotion à ce moment déjà si merveilleux. Je les entends parfois chuchoter. Je peux lire en elles et en mon homme, leur bonheur d’être présents et ceci est un merveilleux encouragement, une belle preuve d’amour, d’amitié, de foi en la vie.

Quelques paroles rassurantes, quelques caresses pour m’encourager, je dois maintenant le laisser sortir, c’est le moment. Je redoute la douleur, je redoute son passage, j’ai peur d’être déchirée aussi…

Je m’agenouille de nouveau, une jambe un peu surélevé… Les contractions reprennent… TSUNAMI… Mais je suis étonnée de me rendre compte que lorsque je pousse, la douleur devient moins vive. Quelques contractions encore me seront nécessaires pour me remplir de courage et accepter de le « pousser dehors ».

Je me sens prête, je relève cette fois mon autre jambe et je pousse de toutes mes forces, celles qu’il me reste. Je le sens progresser, il manque si peu pour qu’il soit parmi nous. La contraction suivante, je suis obligée de pousser, ça pousse même tout seul et je sens mon corps s’ouvrir pour laisser apparaître sa tête pleine de cheveux.

Je n’ai qu’une hâte, que ça se termine, je n’en peux plus… Je veux qu’il sorte maintenant et dans une dernière poussée, accompagnée par J., il glisse hors de moi, rejoignant le monde extérieur…

C’est J. qui te rattrape et te donne à ton papa.

Quel moment sublime ! Je n’en reviens pas, tu es né, je me sens tellement bien, j’ouvre mes yeux pour te regarder… quelle est donc ta frimousse, notre petitroiz ? Tu es si beau… bienvenue mon bébé !

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01 février 2009

Témoignage de laëtitia: la naissance de Salomé

La venue au monde de Salomé

En cours de réécriture.

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20 janvier 2009

Témoignage de Nathalie: la naissance de Llewelyn

<p>Hier, Joelle a dédicacé son premier livre « Passage de vies, po</p>

Hier, Joelle a dédicacé son premier livre « Passage de vies, pour une naissance libre ». J'y étais avec mes copines. Aujourd’hui je me pose pour « enfin » mettre en forme ce récit d’accouchement, de naissance. En y réfléchissant, je me rends compte à quel point cette expérience a été une étape dans ma vie, un passage intense et fondateur. Tellement douloureux que je m'en sens presque traumatisée... Mais le traumatisme ne l'est que jusqu'à son expression, ici par écrit. Il m’aura fallu deux ans, le voici donc :

Nous sommes installés depuis 10 jours (seulement) dans notre nouvelle maison, une yourte dite « contemporaine » de 38 m².

Le 20 novembre 2006, vers 2h30 du matin, je ressens quelque chose de diffus dans mon ventre, et là, immédiatement, sans jamais l'avoir vécu, je sais. C'est ma première contraction. Enfin est-ce vraiment une contraction ? En tout cas c'est le tout début de mon accouchement. A ce moment-là, je me dis : « en fin de matinée, je suis maman ».

Tous les trois-quart d'heure jusqu'à six heures du matin, je ressens la même vague au creux de mon corps. Je reste là tranquille, à rêver et espérer, encore un peu seule avec moi-même, avant le grand changement de vie qu'est devenir mère. (Plus tard je vais fortement regretter de n'avoir pas profité de ce temps pour dormir...) Vers six heures je réveille Guillaume, le futur papa, pour lui dire « ça y est ! ». Loin du cliché du jeune papa speed qui court à la maternité, il me murmure : « dors encore un peu mon amour ». Alors je me rendors, jusqu'à 10h. Immédiatement ou presque, nous appelons Joelle. « Des contractions toutes les demi-heures, c'est pas pour maintenant ! » nous dit-elle. C'est vrai que pour l'instant, je ne souffre pas le martyr, c'est comme des règles douloureuses, et ça, je connais.

Ainsi se passe la journée, tranquillement. Nous sommes entièrement dans la joie de l'évènement à venir, et nous prenons le temps de regarder un film, je coupe même les cheveux de Guillaume !

Vers 17h, les contractions m’envahissent toutes les 10 min. Là je commence à avoir mal quand même. Alors on rappelle Joelle. Une fois d'abord, puis une autre fois, parce que là vraiment on commence à flipper d'être seuls. Et dire qu'on voulait tout faire tout seuls comme des grands !

Vers 19h on entend une voiture arriver. En sortent ... deux pompiers ! Un instant j'ai cru qu'une personne de ma famille, très intuitive et très inquiète, nous avait envoyé les pompiers. Et bien non, ils venaient nous vendre le calendrier, et alors cocasserie, ils se sont embourbés sur le terrain ! Guillaume et le voisin ont mis une heure à les débourber. Ils sont repartis juste avant que Joelle arrive. Auquel de notre désir inconscient ont-ils répondu ? Ou peut-être bien aux peurs des gens de notre entourage qui ne comprenaient pas notre choix ? Nous l'ignorons...

Vers 20h30 Joelle arrive. Je voudrais crier ma joie de la voir arriver, lui exprimer ce que je ressens, mais je n'ose pas... J’ai un peu peur de ses réactions. Je voudrais tellement lui demander de vérifier mon col, pour savoir « où j'en suis »... mais j'ai peur de passer pour une idiote ou une peureuse. Je crois que j’ai fini par lui demander. Elle me propose de vérifier moi-même, mais je ne sens rien, à part ma main qui s'enfonce, s'enfonce... Et comme je n'ai jamais suivi aucun cours de biologie, j'ai peur de faire mal au bébé, alors je demande à Joelle de vérifier elle-même. Et là, ô joie, elle nous dit que le travail est très bien avancé, mon col bien dilaté, à 7 ou 8... Guillaume demande : « c'est pour quand alors ? » Elle lui répond que ça peut être très variable, entre un quart d'heure et quatre heures, ou plus encore... Moi je n'entend qu'une chose : un quart d'heure. Pendant un quart d'heure, je n'arrête pas d'y penser, plus qu'un quart d'heure à souffrir, bientôt fini !

En fait c'était loin d'être fini, TRES loin d'être fini.

Après tout est un peu flou, je ne suis pas sûre de mes souvenirs. Ce qui reste, c'est la douleur, une douleur jamais connue. J'ai cru mourir, très sincèrement. Mais j'ai été rassurée, peut-être sans qu'elle le sache, par Joelle. Tout d'abord par ses sourires, je me disais, si elle sourit, c'est que mon cas n'est pas si grave que ça, ça doit être pareil pour les autres... Et puis elle a parlé d'une amie à elle qui à chaque fois qu'elle accouche se dit « plus jamais » tellement ça fait mal, et qui a tout de même eu plusieurs enfants. Alors à ce moment-là, je me suis vraiment dit que je n'étais pas la seule, et surtout que c'était surmontable. Et puis Joelle décrivait si bien ce que je ressentais : « tu voudrais descendre du train maintenant, tu regrettes d'être montée ? Mais c'est pas possible, il va falloir attendre la prochaine gare ! ».

Je suis entendue, on m'accepte, on me comprends. Bon ok. Maintenant il va falloir que ça avance quand même, car cette douleur je n'en peux plus... Je ne la veux plus, je la refuse, la déteste, je voudrais la vomir sans y arriver… Je suis épuisée. Moi qui rêvais d'accoucher debout, je n'ai même pas la force de me soulever. Joelle me suggère plusieurs fois la position accroupie, mais impossible, je n'ai pas la force de me mettre autrement qu'allongée sur le dos. La douleur me terrasse. Guillaume est là, calme, présent, derrière moi. Il me tient, me caresse, me masse, m'apporte à boire, à manger. Un excellent régisseur, déformation professionnelle !

Je trouve ça tellement long, ça n'en finit pas… Je me concentre sur ce que j’ai appris en cours de prépa à l’accouchement, j’expire lentement en accompagnement la contraction. Cela me fait du bien, je le sens. Et puis juste au bout moment, Joelle me propose d’arrêter de faire cette « méthode » que j’ai « apprise » pour me laisser aller à pousser pour de bon !

Plus tard, Joelle me dit : « ton bébé est là, tout près de la sortie. Mais j'ai l'impression que tu bloques, au moment où ça passe sur l'anus. » Et là je comprends. Voilà pourquoi j'ai des hémorroïdes depuis les six mois de grossesse, qui me font si mal, c'était pour me faire comprendre quelque chose. Je crois que j’ai raconté à Joelle ce souvenir d'enfance : dans un hôpital avec ma mère (pour la naissance de mon frère je crois), on voit une petite fille et elle me dit :

« tu vois le bébé, là ? Il est né en siège, c'est pour ça qu'il marche comme ça.

« Ca veut dire quoi naître en siège ?

«  Ca veut dire sorti par les fesses.

A partir de ce moment-là (j'avais environ 10 ans), et jusqu'à mes 15 ans je crois, j'ai cru, plus ou moins consciemment, que certains bébés pouvaient sortir par les fesses... de la maman ! Et oui ça paraît fou, mais quand on est petit, on s'en invente de drôles d'histoires.

Bon après bien sûr, je savais ce que c'était de naître en siège, mais cet épisode m'avait tellement marqué, qu'à cet instant, pendant que moi-même je donnais la vie, j'ai eu besoin d'être rassurée. Alors j'ai demandé à Joelle de me confirmer que mon bébé n'allait pas sortir par mes fesses. Et elle l'a fait. Sans jugement. Et c'est exactement ce dont j'avais besoin. Que personne ne se moque, surtout, de cette petite fille qui avait visualisé « autre chose », ce jour-là...

[Des fois j'essaye d'imaginer ce qui aurait pu se passer si j'avais été à l'hôpital. Aurais-je osé raconter mon histoire ? M'aurait-on rassuré ou jugé ? Me serais-je détendue ou refermée comme une huître ? Episio ou césarienne ?...]

Après ça a encore été long, mais vraiment c'était différent, ça avançait. L'expulsion a duré une éternité, m'a-t-il semblé...  A chaque poussée, Joelle disait : « cette fois, c'est la bonne ! ». Et ben c'était jamais la bonne... Selon Guillaume, il a fallu 3 contractions, selon moi 15 ! La tête, coiffée de sa poche, rentrait, sortait, puis rentrait, puis sortait… Je me souviens avec bonheur des mains magiques de Joelle, de ses doigts de fée appliqués sur mes tissus tendus, qui apaisaient tellement le feu de la douleur. Aujourd'hui je suis fière d'avoir mis au monde mon enfant sans produits chimiques. J'ai senti très clairement à chaque poussée le moment où ça allait déchirer, et j'arrêtais de pousser juste avant, je n'ai donc pas du tout déchiré. Et Joelle m'encourageait à avoir confiance en moi, à écouter mon corps : « c'est toi qui sais, c'est toi qui sais ».

Et puis je me souviens de ce petit appareil pour écouter battre le coeur de mon bébé, je regarde Joelle, elle n'a pas l'air inquiète, donc moi non plus...

La poche des eaux se rompt, et quelques minutes après, à 1h45, dans un soulagement gigantesque, Llewelyn est sortie. La douleur s'arrête, instantanément. Joelle, assise en face de moi, dans un calme désopilant, recule d'un mètre, et nous dit : « allez c'est à vous, maintenant ». Je la regarde, tente de me pencher en avant pour sortir ma fille, mais, cela ma fait mal et épuisée, je renonce. Alors Guillaume (qui plus tard m'a dit être devenu père à cet instant précis), se penche, tend les bras, et d'un geste étonnamment précis, prend Llewelyn sous les aisselles, la lève, et l'installe tranquillement au creux de mon bras gauche, contre mon sein.

Joelle se lève, commence à tout ranger. Guillaume et moi restons émerveillés. Dix minutes plus tard, Llewelyn commence à faire du bruit avec sa bouche. On dit à Joelle : « on dirait qu'elle veut téter ». Elle nous répond : « oh vous verrez, quand elle aura envie, elle fera un bruit très spécial avec sa bouche ». Avec Guillaume, on échange un regard, un sourire, et je la met au sein. Elle se met immédiatement à téter avec une avidité qui épate Joelle. Le placenta a été expulsé assez rapidement. Llewelyn a tété trois heures durant, puis j'ai pris une douche. Alors Guillaume a pris Llewelyn dans son gilet, comme un papa-kangourou. Puis on a été se coucher, Joelle nous a bordé (véridique !), et est partie, après avoir TOUT rangé dans la yourte. Quel bonheur le lendemain au réveil !

Et je remercie la vie de m'avoir envoyé ces anges pour m'aider à devenir maman.

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19 novembre 2008

Vidéo : aad dehors

Emission "toute une histoire" présentée par Jean-Luc Delarue, sujet: les accouchements extraordinaires.
Voici un extrait:

Un aad dans les bois .


( à part ce reportage, rien de bien folichon, extraordinaire ici rime plutôt avec inopiné .
Delarue est peu ouvert et heureusement l'invitée gynécologue est plutôt favorable.)

La maman qui accouche dehors a un blog qui s'appelle natic pinic


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14 octobre 2008

Témoignage de Marie: la naissance de Naéli

<p>L’envie me prend d’écrire à nouveau ma deuxième naissance, chez</p>

L’envie me prend d’écrire à nouveau ma deuxième naissance, chez nous, pour toi Naéli.

Et parce que mon corps si malmené et attendri à la fois me questionne encore : l’idée d’un autre bébé, déjà mais comment çà se fait ??? Cette pulsion ressentie forte vers les 14 mois de ma 1ère fille, me titille à nouveau. Elle accompagne aussi un cheminement intérieur, essayer de laisser vivre plus de ressentis et moins de pensées, couper le flot de ces pensées trop présentes, envahissantes et qui d’ailleurs ont pu m’amener, avec le recul  à beaucoup de souffrance pour mes 2 naissances !

La tête continue de commander alors que pendant ce moment du don de la vie il faut juste écouter son corps…Sans peur de trop de douleur ni impatience, avec confiance et amour !!!

Mais c’est difficile, la prochaine fois sera une autre histoire, enrichie de ces 2 expériences fabuleuses !! Prendre le temps de vivre les sensations…être heureuse du moment présent.

J’aime être enceinte, pouponner, donner le sein….malgré la dureté de l’enfantement, quelle chance de pouvoir se dire « je veux plein d’enfants ! », quelle chance d’avoir le bon papa, merci aussi à lui, sans qui je n’aurai pu connaître pareil bonheur…

Le 15février, je songe encore très fort à ta venue après un « faux-vrai » début de travail. Depuis plusieurs jours les sensations sont fortes et forte la croyance que çà y est tu vas venir parmi nous…ce matin encore j’y crois...à qui, quoi dois-je m’en remettre pour assouvir cette envie, cette  impatience…Joëlle hier au téléphone me disait : « tu es en train de vivre l’ombre de l’accouchement, qui s’étire…et petit à petit se prépare.. » et me prépare...Tant mieux si cela adoucit l’expérience du moment de la naissance, mais c’est dur à vivre pour quelqu’un comme moi, plutôt impatiente de vivre les choses !!!!Peut-être ai-je encore besoin de ce répit avant de plonger dans notre rencontre, il est vrai ce matin, j’ai peur !!! Mais l’inconnu effraie, comment pourrait-il en être autrement ? Pourtant je me sens prête, confiante en ta venue ici chez nous, j’ai envie de t’accueillir, voir qui tu es !!!Le coq chante au loin…Peut-être est-ce juste une pause…

Et tu es venu à nous, le 17 février au petit matin, même jour de naissance de celle accompagnant la tienne, la nôtre, quel heureux hasard sous le signe de cette forte rencontre !!!

Une naissance entourée de femmes, moi qui en avait rêvée, les choses se sont arrangées seule pour nous mener à ce partage…

La veille au soir pourtant fatiguée je ne trouve pas le sommeil, ces derniers temps j’ai trop de mal à me reposer je suis impatiente de quitter cet état, devenir mère une 2è fois, je guette tous les prémices de ta venue en moi, ultime préparation…Couchée tôt vers minuit  peu à peu je m’assoupis après avoir consacré l’amour qui nous unit, retour à la source comme pour l’origine de ta vie… à 2h les premières contractions me réveillent, je descends mettre du bois et réveille Pierre, cette fois j’en suis sûre c’est parti ! Comme pour Lhassa elles sont déjà rapprochées, une dizaine de minutes, nous hésitons quelque temps pour prévenir Joëlle, Envela et Gaëlle. Vers 3h je téléphone à Joëlle, elle attend l’arrivée d’Envela puis elles viendront ensemble :

«  nous serons là dans 1h30… »

Petit à petit je fonds dans le rythme de l’accouchement, tant redoutées et appréhendées, me voilà au cœur des sensations «  douloureuses », je me force à positiver, moi qui voulait voir ce bébé le voilà alors sois contente !! Suivre les conseils de Leboyer, lu et relu : ne pas lutter contre mais accepter et accompagner ! Je mets de la musique, quand la contraction monte, je me mets le ventre face à la cuisinière à bois, au chaud, je souffle et me balance, petit à petit cela deviendra une vraie litanie... «Hummm », pendant le fort de la contraction, en tenant mon ventre en invitant ce petit à venir doucement. Le rythme s’installe et m’accompagnera presque tout l’accouchement, ponctué de gémissements et de balancements, cela permettra sa descente et mon ouverture dans la meilleure des danses !

Pierre veille à moitié endormi…nous tentons un moment le jeu de la compresse chaude mais c’est trop réfléchi, contraignant à mon goût, je m’en passe.

Je me vide aussi les intestins peu à peu, entre 2 contractions je m’allonge sur le canapé, puiser quelques forces. Je me sens un peu fatiguée, bercée par la musique, en gémissant, mais je me sens bien !!! Avec le recul ce fut même « agréable », je n’aurais jamais cru pouvoir le dire !

Un moment privilégié...Une danse douce et forte devant la chaleur, dans la lumière tamisée  au creux de la nuit, un beau voyage intérieur et le temps qui fond…

Vers 5h30 les filles arrivent, embrassades, 1ère rencontre avec Envela mais je demeure « centrée en moi », nous n’échangeons aucun mot, Joëlle s’approche, m’observe je lui dis avoir perdu un peu de liquide…je me sens fatiguée, j’ai peu dormi, ils descendent un matelas devant la cuisinière je prends place mais au fond de moi je ne sens pas la chose ainsi. Gaëlle arrive, prépare un tchaï à la cuisine.

Emerge en moi la question de Lhassa, tranquillement endormie là-haut…Nous en avions beaucoup parlé avant sans réussir à savoir à l’avance ce que l’on décidera…je ne voulais pas l’exclure tout en me rappelant à quel point j’avais été dans ma bulle la 1ère fois, et je ne me serai pas vu avoir mon enfant près de moi. Nous partageons tous la même chambre et  l’idée me gêne de l’enlever de notre chambre commune, même si comme pour elle je suis sûre de vouloir enfanter sur mon lit.

Les contractions s’intensifient. Je demande à Joëlle : « où j’en suis à ton avis ?? Je me demande par rapport à Lhassa…je veux aller dans notre chambre… » « Si tu sens qu’elle te « dérange » il faut la faire partir »

Oui je veux retrouver le nid de la chambre « seule », ne pas la savoir par là susceptible d’entendre mes plaintes alors on rappelle Sophie, Pierre monte la réveiller, Sophie arrive...je vis quelques contractions devant elle, elle semble impressionnée, mes gémissements se renforcent, la contraction est longue maintenant…entre 2 je parviens à embrasser Lhassa et lui explique la venue de son petit frère…Sage conseil que d’attendre le passage de la contraction, finalement je me vois mal gémir devant elle, trop de sensibilité…Pierre les accompagne, nous on monte, Joëlle me précède pour installer ma couche, je veux la couverture bleue d’Afrique.je suis si bien dans ma chambre !!!

Pierre nous rejoint, Joëlle me demande si elle doit prévenir Gaëlle restée en bas quand elle sent l’imminence de la naissance, je lui dis oui, persuadée d’avoir fait comprendre à Gaëlle que c’était à elle de décider de ce qu’elle voulait faire, je pensais donc qu’il lui fallait du temps….elle descend la chercher, je saurai plus tard qu’elle lui a dit : « laisse ton tchaï les choses s‘accélèrent, rejoins-nous ! »

Je demande à Pierre de fermer la porte, scellant à ce moment là selon Joëlle l’issue de ta venue !

Je bascule dans la violence des sensations, ma « maîtrise » jusque là efficace, s’effrite et je commence à perdre pied, submergée par la DOULEUR !!Je veux sentir sa tête, je n’arrête pas de mettre ma main mais rien, je ne veux pas vivre ces instants, je demande à Joëlle de l’aide, j’ai mal !!!Je me mets à crier, à hurler à genoux, au cou de Pierre, terrassée par la fin de l’accouchement, je ne pensais pas en montant que tout irait si vite ! bien que pour  la dernière contraction en bas j’ai perçu une réelle poussée sur le bas…je bascule dans une autre ambiance, je perds le reste du liquide et le peu de patience qu’il me reste ! « Bébé viens !! »

Chaque contraction est une violence, le temps me parait s’être arrêté dans la souffrance,

je sanglote, par chance le répit est savoureux entre ces dernières contractions, je pourrai presque me rendormir !

« Joëlle combien de temps encore ?? »

« 3 ou 4 contractions »

« Non, non je ne veux pas…je ne veux plus…ahhh çà fait mal !!! »

«  Prends ton temps, ton bébé remonte après la contraction, et c’est bien repose toi »

Pierre me soutient, silencieux mais présent, les filles me regardent mais j’ai perdu le  lien, oublié leurs présences, je me crois hurler à les terroriser mais apparemment  non …j’ai chaud très chaud !!Le bébé presse sur la sortie, je pousse en même temps en hurlant,

« Joëlle aide moi çà brûle … » elle me pose la main au niveau du périnée…et puis la tête sort…en suspens...je me repose en attendant la dernière l’ultime, et puis tu glisses entre mes jambes, accroupie, sur le drap blanc, je te saisis un peu effrayée par ton gargouillis, Joëlle a pris Gaëlle dans ses bras, je crois avoir souvenir de son petit cri à ta sortie, de ses pleurs naissants.

Je cherche de l’aide mais Joëlle me dit que tout va bien et effectivement je te serre contre moi, je m’allonge rejoins par Pierre, nous t’enveloppons d’une serviette et c’est fini…..je savoure la fin de cette « torture » et je pèse le mot !! Je me dis, comme la 1ère fois, que je n’aurai pas d’autre enfant, c’est trop dur à vivre….pourtant quelle harmonie…et puis tu es venu vite, 1h après notre arrivée dans la chambre, le jeu de 10 contractions pas plus, mais pour moi un temps presque intolérable …

J’avoue avoir pensé à l’inverse du commun des femmes, j’aurais une péridurale pour les autres, les autres mais quels autres ???

Heureusement aujourd’hui le souvenir s’est estompé ….

Une fois la difficulté surmontée et digérée, l’amour prend le relais et la magie d’avoir ce petit bout dans les bras !!! on reste ainsi un temps, puis mue par la faim et la soif et l’envie de partager mon excitation avec les autres que j’entends en bas, on appelle Joëlle pour la délivrance et le cordon…je pense descendre en bas, et puis non c’est quand même précipité,

alors on viendra à moi !

On prévient Sophie et Lhassa qui nous rejoignent, Lhassa regarde Naéli et dit « Sophie on va jouer en bas » pas très concernée…je suis excitée nerveusement et sens poindre en moi la nostalgie d’avoir déjà vécu ce moment unique, d’autant plus dans le partage avec les filles.

Gaëlle s’éclipse avec ses hommes, Envela vient me remercier, nous causons un peu, nous embrassons et promettons de nous revoir bientôt…..Joëlle doit revenir dans 2 jours pour une injection, on s’embrasse…..et puis Naéli a tété et les contractions ont recommencé !!

Je ne savais pas que j’allais vivre encore 3 jours de souffrance, mardi matin après une mini tempête, pour moi reflet symbolique de l’enfantement, elles se sont doucement évanouies...

Quelle horreur d’avoir eu encore à vivre çà à chaque tétée, normalement source de plaisir, dure sensation ce mélange de peine et de joie….

On ressent une nouvelle fois l’incroyable nécessité du yin et du yang de la vie…et l’invitation à  y puiser un peu de sagesse…

Donner la vie nous mène loin, en nous,  et nous rattache à l’histoire de l’Homme….

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13 octobre 2008

Témoignage d'Emilie: la naissance de Lyla

Voilà, enfin, j'ai terminé....c'est un premier jet, je ne me suis pas beaucoup relue. J'ai mis du temps avant de vous livrer tout ça parce que je crois que je gardais notre belle histoire comme un secret. Et puis, il y a deux jours j'ai été prête a écrire.

La naissance de ma fille Lyla ou comment j’ai appris la patience

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La blessure hospitalière

Le grand frère de Lyla, Louis, est né le 27 octobre 2006, a la maternité de l’hôpital de St Nazaire. Malgré les bons échos que j’avais eus et que j’ai encore de cette maternité, je garde un souvenir catastrophique et très éprouvant de l’accouchement et du séjour. Je me suis sentie tout simplement détruite et violée par un protocole médical froid, distant et infantilisant. Pour  d’autres femmes, c’est ce qui les rassure. Je dois avouer cependant que d’un point de vu strictement médical, la naissance de Louis a été naturelle mais sans être physiologique :
- Naturelle parce que le travail s’est déclenché spontanément, que la poche des eaux n’a pas été rompue, que je n’ai pas eu d’injection d’ocytocine, ni péridurale, ni d’épisiotomie (après menaces de procès, insultes et un coup de pied bien placé …mais j’y ai tout de même échappé). Enfin, Louis n’a pas été sondé, ni aspiré.
- Pas physiologique parce qu’une voie veineuse m’a été imposée, parce qu’on m’a empêchée de manger et boire, parce que sur 2h de travail, un monitoring continu de 50 minutes m’a été imposé, parce que mon besoin de calme, de pénombre et de chaleur n’a pas été respecté (touchés vaginaux a répétition sans me prévenir, lumière vive, entrée et sortie des soignants sans aucune discrétion), parce que n’étant bien qu’à quatre pattes ou sur le coté, on m’a forcé physiquement a mettre mon enfant au monde sur le dos, les pieds dans les étriers, parce qu’on m’a parlé de la péridurale tout au long de la dilatation alors que je voulais juste qu’on me fiche la paix, parce qu’après une sortie rapide et naturelle du placenta, il était de routine de me presser le ventre très fort sans même me prévenir ou s’interroger sur la nécessité médicale de ce geste, qui après vérification était bien inutile. Louis a été pesé, mesuré, lavé et habillé dans la demi heure qui a suivi sa naissance même si j ai tout de même eu droit à un petit peau a peau de 15 minutes.
- Enfin, je ne compte plus les faux conseils le manque de discrétion, les betises et les réflexions déplacées dispensés par tous les soignants de cette maternité tout au long de mon long séjour de 5 jours interminables. Tous partaient d’un postulat simple : « C’est votre premier bébé, vous ne SAVEZ pas, nous si. ».

En quête de la magie de la naissance

Voilà comment, d’après un ressenti très personnel, j’estime que cet instant magique a été transformé en une épreuve traumatisante. J’en ai donc déduis très naturellement  qu’un accouchement en structure n’était pas fait pour moi, ni mes bébés.
Après avoir réalisé à quel point j’étais blessée de cette expérience (Louis avait 4 mois je crois), je n’ai eu de cesse de faire des recherches (Internet, lectures, échanges avec d’autres parents, avec des soignants)  pour savoir s’il existait un autre moyen de donner la vie, ou si j’étais condamnée a mourir un peu a chaque fois qu’un petit être viendrait agrandir notre famille.
J’ai entendu parler de l’AAD (Accouchement accompagné à domicile) tout en découvrant une toute autre façon de vivre sa parentalité : le portage, l’allaitement long, l’éducation non violente…Il a fallu y convertir celui qui partageait ma vie depuis 7 ans et ce ne fut pas une mince affaire. Mais devant mes blessures passées, ma volonté de vouloir donner le meilleur a ceux qui nous sont le plus chers –nos enfants- et ma ténacité, il a finit par saisir le véritable enjeu de tout ce travail de recherche et de remise en question : réparer ce traumatisme.

C’est ainsi que lorsque Louis eu fêté son premier anniversaire, j’ai demandé à Antoine (mon mari) de me faire un autre enfant. Mes motivations étaient floues : était-ce seulement pour me « guérir » ? Est-ce que lui était prêt ? Et si Louis était encore trop petit ? La seule chose que je savais, c’est qu’au fond de moi, cet appel de la maternité, de la chair me retournait les entrailles. Il était temps pour mon corps de fabriquer a nouveau un tout petit.

Les essais ne furent pas longs et au cours de mon premier cycle, j’étais a nouveau enceinte. J’étais un peu scotchée et surprise. Comment était-ce possible si vite ? Antoine était aussi surprit que moi et un peu désappointé. Mais ce bébé était déjà là, en moi, nous ne pouvions plus reculer.
Après la joie, se sont succédés comme pour ma première grossesse, les maux, qualifiés de petits par une grosse majorité du corps médical : nausées, vomissements, fatigue extrême, constipation…et pourtant j’avais pris le parti d’être heureuse pour cette grossesse. Sans cesser de me plaindre de ces symptômes, parasites de mon bonheur, j’ai tout de même eu une grossesse très sereine. 

Mettre au monde, une histoire de femmes

Cette sérénité est due au rôle capital qu’à joué une femme dans cette superbe aventure : Bernadette. C’est la maman d’un ami. Jeune adulte, j’ai vécu chez elle quelques mois quand je me suis envolée en peu précipitamment du nid parental, devenu trop étroit pour mes envies irrépressibles de liberté. Ce fut une période de transition riche en anecdotes et en confidences. Et puis je l’ai quitté a son tour pour m’installer enfin dans la vie réelle.
Durant 9 ans, nous ne nous sommes jamais perdues de vue. Je ne sais pas pourquoi. Je savais son expérience. Mère de 3 garçons, elle avait donné naissance a son 3e enfant chez elle, avec un homme sage-femme, après une sérieuse remise a question et la découverte de son besoin de « naturel ».  Elle a donc joué le rôle de « Doula » sans même savoir ce que ce terme signifiait. Après s’être renseigné, elle se qualifia elle-même d’accompagnante, jugeant que sa seule expérience de mère ne faisait pas d’elle une Doula , laissant cette appellation à celles qui ont bénéficié d’une formation spécifique et qui revendiquent ce titre.
Elle m’a donc accompagnée avec beaucoup de tendresse et de dévotion tout au long de ces 9 mois. Elle fut tour a tour ma confidente, ma masseuse personnelle, ma psy, mon aide-ménagère, mon amie….
Avant de lui demander d’être auprès de moi pour ce parcours, afin que je bénéficie de son expérience d’AAD, j’ai eu peur qu’elle ne prenne une place maternelle. Ma maman est ma maman et personne ne pouvait la remplacer, aussi éloignée soit-elle. Bernadette a su jouer son rôle et rester a sa place. Ma maman, elle, comme a chaque grossesse était présente autant qu’elle le pouvait (elle vit a plusieurs centaines de kilomètres de nous) grâce a Internet, au téléphone et Airfrance.

Pour ne pas me sentir malade mais seulement enceinte, j’ai fait le choix de me limiter aux  examens médicaux qui étaient vraiment nécessaires et de refuser les autres, par principe et aussi selon mon envie du moment (tant que cela ne mettait en danger personne).  Echos mensuelles, O’Sullivan, Test trisomie, toxoplasmose  mensuelle, je les ai évités. Je me suis donc centrée sur mon enfant, l’écoute de mon corps en bénéficiant du suivi d’une femme particulièrement sage : Françoise. Elle assure tout le suivi médical de la grossesse des mamans qui font des choix jugés marginaux par le collège des obstétriciens français (AAD, ANA, plateau technique …)Malheureusement elle ne pratiquait pas l’AAD.

A force de recherches j’ai fini par trouver une adresse mail. Une SF AAD plus qu’a part. C’est ma dame en blanc (c’est un choix dont je connais pas l’origine mais c’est ainsi, elle ne s’habille que de blanc). Elle n’est pas dans les pages jaunes, elle n’est pas conventionnée. C’est celle qu’on trouve par le bouche a oreilles, c’est celle qui vous connaît mieux que personne et qu’il faut convaincre. Je savais qu’elle cessait son activité dans les années a venir et qu’elle ne prenait pas de nouvelles familles et pourtant il fallait absolument que ce soit elle (je n’avais pas tellement le choix, dans mon département, les autres SF étaient trop loin ou indisponibles pour des raisons de santé). Alors je lui ai envoyé un mail avec le récit de la naissance de Louis pour qu’elle sache ma douleur et ma détermination à la panser. J’ai terminé mon mail en lui expliquant que c’était elle ou personne d’autre, quitte à faire mon petit seule.
Elle m’a répondu en me proposant une rencontre, chez elle, lieu des « consultations ». Je ne sais pas si cela arrive à d’autres femmes, mais je suis tombée en amour. Confiance, calme, sérénité. Moi, la maman speed, je me suis pris une grosse claque. Mais c’était bien elle, J. Antoine, assez septique avant de la rencontrer, est sorti de ce « rendez-vous » enchanté de connaître une femme aussi remarquable et professionnelle. Elle pourrait donc nous accompagner pour cette naissance. J’entamais mon 3e mois de grossesse.
Nous nous sommes revus une seconde fois lors de mon 7e mois. Je commençais à avoir peur et à douter de mes capacités, c’était le bon moment pour la revoir. Elle a su trouver les mots justes, encore.
En dehors de ces rencontres physiques, elle était d’une très grande disponibilité par téléphone et par mail, à des heures pas très protocolaires.
Et puis l’heure de cette 3e rencontre avec elle, la 1ere avec mon bébé, sonna enfin.











La leçon d’humilité

A la façon dont Louis était né, je m’étais préparée mentalement à faire face a une naissance très rapide et j’avais même envisagé que J n’arrive pas a temps. Je me sentais prête et assez forte pour gérer à nouveau un événement très fort et très violent. Mais Lyla en a décidé autrement.
Comme pour ma première grossesse, dès 6 mois, j’avais de nombreuses contractions. Je ne souhaitais pas être examinée lors de mes consultations mensuelles. Et c’est moi-même, lorsque j’étais inquiète, qui procédait a un examen du col. Il se modifiait vite. Vers 7 mois, j’ai tout de même demandé a Françoise de me donner son avis et le verdict fut l’exacte description de ma propre observation : col effacé, postérieur, ouvert a 2. Finalement, il était plus prudent que je me repose un peu et Louis fut confié a sa mamy Ginette en journée durant 2 semaines afin que je récupère.
Paradoxalement, j’étais moins inquiète et plutôt en confiance. De plus, il était évident pour moi que Lyla arriverait très en avance. Elle était prévue pour le 9 septembre et pourtant…
Le Jeudi 14 août, j’avais rendez-vous avec mon ostéopathe afin de mettre en place mon bassin et mon sacrum trop malmenés lors de mon premier accouchement (la position sur le dos fait des dégâts considérables à ces endroits). Depuis déjà 2 semaines, j’avais de nombreux pré travail, tard le soir que seul un bain pouvait calmer. J’avais le sentiment que le travail débutait mais qu’il était bloqué de façon mécanique par  une mauvaise position de mon bassin, ce que me confirma l’ostéopathe. Après cette séance, je me sentais bien mieux et dans la journée qui a suivi, Lyla n’a pas cessé de bouger très fort, de pousser sur ses pieds et d’appuyer fort sur le col. Le Vendredi 15 août, à 5h du matin, j’ai été réveillée par une très grosse contraction, longue et entraînante, comme une vague. J’étais heureuse, c’était le début. Nous attendions, le soir même des amis qui devaient passer deux jours chez nous. Cela ne me dérangeait pas de les savoir présents lors de la naissance car ils avaient eux-mêmes fait leur petite fille à la maison avec la même SF. Toute la journée, les contractions allaient et venaient : toutes les demi-heures, toutes les heures …. Je tenais J au courant par texto. 
Le Samedi 16 août, pas de changement, les contractions restaient douloureuses et fortes mais assez espacées pour que je continue a vivre normalement : siestes, cuisine, repas, ballades ….il fallait juste que je m’accroupisse et que je me concentre pour accepter cette douleur. Le soir venu, je suis sortie à une petite soirée avec des amis. Mon ballet les a beaucoup amusés mais ils étaient tout de même un peu inquiets d’envisager une naissance, là, au milieu du salon …A minuit je suis rentrée dormir. 
Le Dimanche 17 août, les contractions sont devenues encore plus fortes mais toujours espacées d’au moins une demi-heure. Et puis je n’avais pas trop le temps d’y prêter attention, nous étions invités à un repas d’anniversaire prévu ce midi là. Encore une fois, les personnes présentes étaient amusées, certaines compatissantes, en voyant le travail bel et bien engagé.
En fin de journée, je commençais réellement a en avoir marre. Après avoir couché Louis, nous avons décidé de tout mettre en œuvre pour que Lyla se décide enfin : séance d’haptonomie, massages, huiles essentielles et bougies, un bain très chaud et un gros câlin. A minuit, je me suis couchée pleine d’espoir. Avant d’éteindre la lumière, j’ai consulté mes mails une dernière fois. En même temps que je lisais un mail de J m’apprenant qu’elle ne serait sûrement pas là cette nuit (un autre bébé arrivait), une violente contraction me plie en deux. Il fallait que ce soit le seul soir d’indisponibilité de ma SF, pour que ma fille se décide enfin !!! J’ai eu un grand moment de panique. Il était hors de question d’aller à la maternité, je n’y étais même pas inscrite, par choix et par peur d’y mettre les pieds. Contre toute attente, Antoine m’a fait couler un bain et m’a expliqué qu’il comprenait mon angoisse de la maternité et que si vraiment notre SF ne venait pas, nous saurions bien faire face tous les deux. Il se sentait prêt. J’étais terriblement émue et reconnaissante de cette décision. Quel courage !
Alors, pour la première fois, malgré de nombreuses fausses alertes avant, nous avons préparé notre lit, les serviettes, l’huile de massage…Tout est prêt, elle pouvait venir.
Je crois que c’est pour cela que j’ai vraiment fini par laisser venir Lyla et le travail a commencé, pour de vrai. Sur le dos entre les contractions, accroupie pendant, Antoine m’aidait a me mouvoir dans l’eau. Malgré mes cris, Louis dormait paisiblement. Mes larmes coulaient de rage : pourquoi cela durait-il si longtemps ? Antoine finit par appeler J vers 1h. Elle lui expliqua qu’elle était toujours disponible pour venir mais pas pour longtemps et que si l’autre maman la rappelait, elle irait la voir. Encore à ce moment je n’étais pas certaine que ce soit pour cette nuit. Depuis 3 jours, je doutais, sans être très sure. Je ne pouvais pas la faire venir de si loin (une heure de route) pour une fausse alerte. A 2h, Antoine la rappelle et elle demande à me parler. Je lui explique mon incertitude mais elle m’entend hurler lors de la contraction suivante et finalement décide de venir. A 3h, elle arrive, quitte ses chaussures, s’avance pieds nus dans la pénombre (il n’y a que deux bougies allumées, dans la salle de bain.). Elle écoute le cœur de Lyla pendant quelques minutes, tout va bien. Elle m’explique que l’autre maman en est à son 3e bébé a la maison et que le papa est prêt a faire face seul. Je me sens moins coupable de leur voler J. 

Antoine m’apporte à boire et à manger, je barbotte toujours et je décide de retourner au lit. Antoine va se coucher et J et moi, nous restons en tête à tête. Elle s’assoit sur une chaise a coté du lit et je me mets sur le coté Nous parlons, de tout et de rien, nous essayons d’éclaircir tout ce qui me retient encore et qui m’empêche de m’abandonner totalement. Les contractions s’espacent, puis cessent totalement. Il est 5h environ. J’en ai marre, je me lève pour manger, je me fait un sandwich et pèle une pomme. Ca n’avance plus. Après une longue hésitation, moi qui ne voulais pas que l’on me touche, je demande a J de me dire si mon col s’ouvre ou pas. Elle ne pratique pas ce geste d’ordinaire, ce n’est pas dans ces méthodes de travail. Pourtant elle accepte : j’en suis a 5-6 cm. Cela me donne du courage, ça avance…doucement, certes, mais ça avance.
Elle m’explique que j’ai trop peur de cette douleur, que je dois plonger dedans et l’accepter enfin, ne plus rien retenir. J’ai aussi l’impression que je savoure cette naissance alors que j’ai subie celle de Louis. J’accouche deux fois, c’est donc plus long…Et puis j’avais « décidé » que ce serait une naissance rapide et Lyla m’apprend la patience et l’humilité. Je ne contrôle pas tout, je dois l’accepter et lacher-prise. J écoute à nouveau Lyla, tout baigne.
Les contractions reprennent, toujours espacées d’une demi-heure. J’ai le temps de récupérer entre chaque. 
Il est 6h, je me refais couler un bain  et je vais voir Antoine pour lui demander de venir. Nous restons tous les deux, J s’éclipse. Et le ballet aquatique recommence, nous sommes très synchrones. Puis ça devient plus fort, je vois le jour se lever sur cette quatrième journée de travail et le désespoir me gagne.
Nous sommes le Lundi 18 août et j’en ai marre, JE VEUX QU’ELLE SORTE !!!!Antoine va chercher J, elle s’installe par terre à coté d’Antoine et souri doucement. Je lui dis que je n’en peux plus, que je veux qu’elle me perce la poche des eaux. Elle m’explique qu’elle ne fera rien : c’est à moi de mettre au monde ma fille, si je peux l’atteindre, je peux la percer moi-même…sinon, je dois être patiente et accepter.
Et là, je repense a cette fameuse phase de désespérance et je me marre. Je suis en plein dedans et ça veut dire que Lyla sera vite là. C’est la dernière ligne droite. Je sors du bain et je demande à Antoine d’appeler Bernadette. Elle ne répond pas. Je suis triste, j’ai besoin d’elle. 

Me voici dans ma chambre, sur mon lit, tantôt sur le coté, tantôt a quatre pattes, le torse appuyé sur mon ballon rose. Antoine est parti s’occuper de Louis qui boit son biberon et joue calmement dans le salon. J me tiens la main, soutiens ma jambe, me caresse les cheveux…Je lui dis mon bonheur d’être là, chez moi, d’entendre mon fils jouer juste a coté. 
Et je pousse. Tout doucement, puis comme une forcenée. Mes cris assez brefs et stridents se fonts plus longs. Je suis plus souvent sur le coté. Je décide de rester à quatre pattes mais ça fait trop mal, ça pousse. Je voudrais me recoucher. J me dit que c’est à moi de décider, mais que si ça fait aussi mal c’est parce que c’est une position efficace. Il est temps que plonge enfin dans cette vague de douleur ….
Bernadette appelle, elle vient d’avoir le message, c’est la seule fois qu’elle oublie son téléphone, elle est déçue de ne pas être là. J’exige sa présence, « sinon je ne la fait pas ! ». Elle se met en route, elle habite à 45 minutes d’ici. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi sa présence était indispensable à ce point. Peut-être parce que je n’avais tout simplement pas imaginé qu’elle ne soit pas là.
Mes contractions qui étaient très espacées se rapprochent enfin, il est 9h. Je vais mourir, je rugis de rage, je pousse. On dirait un animal en furie. Elle va sortir, il faut qu’elle sorte. Mais j’ai trop mal, je ne vais jamais y arriver et Bernadette n’est pas là. Je ne peux pas sans elle. Mais Antoine est a coté. Je suis rassurée de le savoir là, avec Louis, tout proche. J me masse le dos en descendant en même temps que je pousse. J’ai une subite envie de vomir, c’est Lyla qui se place et qui descend, c’est très bon signe. Je grogne, je râle, je feule, c’est un festival que cris félins. Je suis en dedans de moi, tout, autour de moi, s’est écroulé et je ne suis qu’une boule de douleur et de cris. La seule chose que je perçois encore, ce sont les doigts de J qui courent le long de mon dos, attirant vers le bas, comme un aimant, le corps le Lyla.
J me dit que les « sentinelles » arrivent, elles annoncent l’arrivée du bébé …elle fait référence à ce qui restait dans mon intestin …Quelle poétesse tout de même ! La poche des eaux bombe à la sortie, mon bassin s’écarte et SPLACH !! Je sens le liquide amniotique couler le long de mes cuisses et je patauge dedans avant qu’il ne soit épongé par l’épaisseur des couettes posées sous moi.
La tête de Lyla pointe, elle est pleine de cheveux, même à quatre pattes, je vois tout dans le miroir situé dans mon dos. Je réalise que ma fille sort de moi et je suis pétrifiée. J appelle Antoine mais Bernadette est à la porte et il lui ouvre.  Elle est là, enfin, Lyla peut naître.
Je pousse une seule fois et j’ai l’impression de me déchirer en deux. Quelle douleur !! Lyla glisse comme une petite savonnette et tombe entre mes jambes. Elle est si petite, je n’ose pas la toucher. Je suis sonnée et je ne réalise pas. Après 3 jours d’attente, est-ce que je ne rêve pas ? Antoine entre avec Louis. Ils étaient devant la porte lorsqu’elle est née.
J m’encourage à la prendre, elle pleure vite et fort. Elle nous raconte son histoire, son parcours et sa si longue naissance, mais si douce.

Je la prends tout contre moi, on nous couvre et je me mets sur le coté. Ma toute petite fille, toute minuscule…Elle est parfaite !

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Elle tète immédiatement et le placenta se détache assez vite. J le réceptionne dans un plat qu’Antoine a apporté un peu précipitamment : c’est le récipient qui se pose sur ma balance de cuisine. A chaque fois que je fais un gâteau ou du pain, j’y pense …
Je coupe moi-même le cordon longtemps après la sortie du placenta et J met un joli petit morceau de laine couleur lilas, autour du nombril de Lyla. Elle tête goulûment. 

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Je saigne moins et j’ai envie de me laver, Lyla a une heure. Antoine la prend en peau à peau et Louis fait la  connaissance de sa petite sœur. 

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Je vais prendre une petite douche pendant qu’Antoine et J font un lit propre et trie le linge et les alèses à jeter. Ensuite, J examine Lyla et la pèse puis nous la rend immédiatement. 

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Bernadette fera du café et J ira remplir ses papiers pendant que nous faisons connaissance tous les quatre.

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Nous resterons en famille, au calme, chez nous jusqu’au soir où des amis nous amènerons a dîner (sushis !!!  :love: )

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Je suis en forme et très heureuse. Jamais je n’aurais pu rêver plus belle naissance. Me voici guérie et en paix avec moi-même. Lyla est sereine et calme. Elle dormira toute la nuit et la journée suivante afin de nous laisser récupérer d’un tel marathon. Quel ange !

Pas une seconde je ne pouvais imaginer un tel périple, et pourtant…c’est ainsi que Lyla a choisi de naître : à ce moment et de cette façon. Quel chemin parcouru ! Moi qui ai un besoin maladif de tout contrôler pour me sentir sereine, j’ai eu la plus belle leçon que l’on puisse recevoir : faire confiance et lâcher prise

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19 décembre 2007

Témoignage de Marie: la naissance de Lhassa

Naissance de Lhassa le 30-11-2005

A 5h le petit matin, tu te mets en mouvement, toi ou l’utérus…les contractions commencent je vais prendre un bain pour me détendre. Pierre est à mes côtés, je suis confiante et songe que cela peut être rapide…Pourquoi ?? Car les contractions sont déjà très proches les unes des autres, le rythme s’est installé vite, il faut m’y fondre, accepter la patience nécessaire. C’est dur car la douleur est là aussi, au début tapie, légère, elle se renforce peu à peu, la tempête se lève et va éclater ! Je reste longtemps à me tortiller sur le lit cherchant la position qui pourra soulager la douleur de mes reins. Il n’y a rien d’autre que le rythme de la contraction, attendre la montée, gérer, souffler, après son passage attendre la prochaine…

Après un moment près du feu, la poche des eaux se libère, le col est maintenant ouvert pour toi, j’ai mal, de plus en plus fort, il va rester les instants les plus pénibles pour moi, le passage de ta tête, longtemps…

Et puis à 4 pattes suite à une dernière poussée, tu passes ta tête, J. la sage femme me dit de prendre mon temps, mais non je n’en peux plus, je veux que ça se termine et d’un coup te voilà luisante entre mes jambes…Quel soulagement !

J’ai tellement souffert…On se met tous les trois au lit, tu te mets à téter tout de suite mon sein droit, que je te propose selon les conseils de J.

Le cordon est encore tendu entre nous, c’est étrange comme sensation, ça me tiraille un peu…

Après un moment J. me demande si je veux qu’on termine avec le placenta, je n’y pensais même pas…Oui je veux que l’accouchement soit fini, j’ai un peu peur d’avoir à nouveau mal, mais non, J. tire doucement sur le cordon et le placenta vient tout de suite, et voilà, je suis abasourdie, sous le choc de ce que nous venons de vivre….Je ne vais pas m’en remettre tout de suite, et je reste quelques jours à planer, un peu traumatisée quand même par la violence de l’expérience !!

Mais qu’est ce qui s’est passé ?? Pourquoi j’ai eu si mal, cette question va m’accompagner les mois suivants et je vais rester quelques temps dans une certaine incompréhension…

Aujourd’hui où je m’apprête à revivre cette expérience magique, je suis plus confiante, même si je n’ai pensé ne pas « réussir » ou partir à l’hôpital, j’ai longtemps vécu avec appréhension et quasi frayeur l’idée d’une nouvelle naissance. Maintenant je perçois ce qui est si bouleversant, déstabilisant et à la fois plein de tellement d’amour et de joie : C’est que la naissance nous plonge dans l’initiation du paradoxe de la vie, inhérent à toute chose : souffrance et joie, confondues, violence et sérénité… et jamais dans une autre circonstance nous pouvons avoir cette chance de côtoyer de si près cet enseignement là, quelle chance unique et bienfaitrice dans l’apprentissage de la vie…et donc de la mort aussi.

Ce fut une naissance douce et belle pour Lhassa, même si comme J. me l’a dit j’ai vécu « le chaos »et les tourments de sa violence. Je ne pourrais pas envisager un autre lieu aussi propice que l’intimité de mon foyer pour donner le jour à mes autres enfants.

Marie Jean-Bart

Posté par Lathema à 13:01 - Témoignage - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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