Je  partage avec vous cet article écrit par Jean Claude  Verduickt,qui est sage femme liberale en Belgique ...

 

Naissance à l'Occidentale ou l'utilisation de la peur ...

 

La table est mise. Elle donne l'illusion d'être ronde. Les convives s'installent. Les plats sont posés en plein centre, exposés au regard de tous : femme et fœtus. Un petit malin a versé quelques gouttes d'azote liquide dans les verres d'eau : ça bouillonne ! ça tempête !
Il se nomme « Peur ». Un nuage blanc s'étend lentement
sur la nappe verte, circule entre les assiettes.

La soirée, elle, s'intitule : la
Naissance à l'Occidentale.

Les mots savants sont prononcés. On parle de « filière pelvienne », de « mobile fœtal », d' « extraction », d'« épisiotomie »,
de « déclenchements », …

On ressort de vieux termes : « lit de misère », « étriers », « tranchées
utérines » (le petit malin sourit)

Un autre – qui ne nie pas son plaisir aussi – parle d'« hémorragie », de « morts »

Les regards s'assombrissent, voire fuient quelque peu, en entendant « fièvre puerpérale »

La femme se tait. Il est vrai que ce n'est pas une spécialiste, donc …

En entendant « dyspareunie » puis « incontinence », pourtant, on croit déceler chez elle un léger frisson. Elle ne comprend pas les mots, c'est sûr, mais peut-être qu'elle en ressent la signification.Alors, pour rassurer tout le monde, le
maître de cérémonie prend la parole. Comme d'aucun lancerait un serpentin, voilà qu'il lâche l'expression « point du mari ».
Il tourbillonne, se scinde en morceaux qui atterrissent aussi dans les verres. Chacun s'esclaffe, s'exprime, crie« Projet de naissance » reçoit une pleine acclamation, puisque chacun a trouvé la manière de le tourner à n'importe quelle sauce

Insatisfait, le Maître enchaîne avec« cytotec ». Mmmmh ! Quelle envolée. Quelleréussite.

Devenu spécialiste de la polémiquequi fait grincer les dents et qui déchire les zygomatiques, il lancele suivant qui se met à tourner à vive allure : « maison de naissance »

Ah ! Ces lieux de naissance …

« Qu'importe le lieu, disent certains, c'est la manière, la qualité de l'accompagnement, la confiance que ressent la femme qui sont importants. »

Et si l'on prenait la problématique du lieu des naissances par son ou plutôt ses origines ?

En voici quelques unes, à la pelle :

L'organisation de la vie privée des professionnels par rapport aux exigences de disponibilité (voir plus
bas).

La formation de chaque corporationmédicale dans lesquelles s'est installée une préoccupation de plusen plus grande pour les instruments sensés remplacer la « clinique »(observation des signes, écoute des observations, de l'avis et des
plaintes des femmes, l'expérience sans cesse nourrie, …). Cesinstruments sont très onéreux, diminuant d'autant les revenus desservices hospitaliers qui ont donc du rogner sur le salaire du personnel (en premier lieu les « petites mains » :stagiaires
médecins, infirmières et sages-femmes)

Le développement des techniques de césarienne en parallèle de celui des anesthésies générales etloco-régionales ; les techniques de déclenchement du travail et de l'optimalisation de celui-ci permettant une meilleure organisation des services et du temps de prestation des chirurgiens ; et bien sûr, les échographies devenant plus précises.

Ces trois derniers éléments (échographie, anesthésie et césarienne), développés durant unemême période, ont produit des statistiques de mortalité et de morbidité nettement meilleures que durant les périodes antérieures.Ainsi, la marmite est arrivée à une très haute température : certaines régions arrivant à des taux ahurissants de déclenchement (mécanique et chimique),d'instrumentalisation (ventouse, forceps) avec épisiotomie, … et, donc, de césarienne...

Chacun est bien conscient de cette très haute température, au point d'avoir honte de son exagération …
dont il ne faut certainement pas parler.

Mais …… les habitudes sont prises.

Quel est le jeune chirurgien qui se
permettrait de laisser une femme accoucher d'un bébé par le siège ? Combien en a-t-il ou elle vus ? Il ne fait aucun doute que face à cette méconnaissance, ces professionnels ne veulent pas prendre de risque (éthiquement parlant, c'est très compréhensible ; et c'est tout à leur honneur) ; ils utilisent donc la seule technique qu'illes connaissent très bien pour en avoir fait beaucoup durant leur formation : la césarienne.

La France s'est dotée d'un problème supplémentaire : la suppression des petites structures hospitalières et donc la concentration d'un nombre inimaginable d'accouchement quotidiennement .. avec beaucoup d'appareils et un
personnel réduit ne sachant plus qu'utiliser les machines. (Bing ! Les Max Brothers ne sont pas loin.)

Bah ! Nous n'en sommes pas vraiment fort loin, ici, en Belgique, puisque les petites maternités se sont faites avalées par les grosses structures dont elles dépendent pleinement. Ainsi, là où le personnel connait bien les femmes de la région qui viennent enfanter et pourrait adapter les soins, les protocoles techniques développées dans et pour les grosses structures y sont quand même d'application.

Qui n'est pas conscient de cette formidable dérive ?

Les deux grandes questions aujourd'hui sont « comment laisser diminuer la température et jusqu'à quel degré ? » On peut y ajouter celle-ci : « en combien de temps inverser la pression sans perdre la face ? »

Mettre tout à plat et réinventer un système qui respecte vraiment chaque individu n'est peut-être pas
possible ou serait trop dangereux.

De plus en plus de femmes, riches des connaissances qu'elles peuvent acquérir sur le net (avec plus ou moins de sérieux), veulent prendre leur destinée en main. Les statistiques manquent malheureusement pour dénombrer les cas d'ANA
(Accouchement Non Assisté, à domicile) planifiés, confondus avec les « accouchements inopinés » …

En parallèle de cet hyper-développement technique, il y a eu des réactions citoyennes.
Car la médecine est impuissante bien souvent devant les plaintes des femmes, qui persistent parfois de nombreuses années :
dyspareunies (douleurs persistantes) inexpliquées, incontinences urinaire et fécale, sans compter tous les traumatismes psychiques …Un réseau de para-médecine a pu ainsi voir le jour, avec aussi peu de résultats satisfaisants mais offrant cette écoute attentive (trop souvent absente chez les professionnels directement concernés par ces plaintes).Un autre réseau s'est développé : celui des associations citoyennes de défense des usagères. Elles ont pu mettre en place – par les biais administratif et politique –des organes devenus incontournables dans les structures hospitalières.

Les médecins-chirugiens savent bien que le seul moyen permettant la transition est de laisser d'avantage de place aux sages-femmes. Mais comment faire pour calmer leurs propres peurs (bien compréhensibles ) et garder leur aura auprès de la population ?

Dur exercice d'équilibre métastable que certains arrivent, parfois avec brio, à réaliser lors de débats médiatisés. Des débats où circulent les petits copains de « Peur » : « Mesquinerie », « Ironie ».
Verre à moitié plein ; verre à moitié vide. On est sensé parler de la même chose et pourtant : l'un parle d' « accouchement », l'autre d'« enfantement ».
L'un parle d'« embryon » et de « foetus »,
l'autre de « bébé » ou de « naissant ».
L'un parle de « douleur », l'autre de « souffrance ».

Et puis les mentalités évoluent, un peu, à moins que ce ne soit la mémoire qui soit courte. Hier on raillait les « femmes accouchant suspendues à un baobab », aujourd'hui, avec fierté, on cite les nouveaux aménagements de la
nouvelle salle, nouvellement nature, avec sa nouvelle table, et avec son … « suspensoir » …

 

 J'en viens au premier point cité.
Celui de l'équation « disponibilité » entre vie professionnelle et vie privée des sages-femmes libérales.

Toutes les études scientifiques –non manipulées lors de méta-analyses – montrent les avantages
(tant sur les plans de la mortalité, de la morbidité que de la satisfaction à court, moyen et long termes des femmes) des
« naissances à domicile » préparées et accompagnéesmédicalement par des sages-femmes .
Celles-ci – est-il nécessaire de le préciser encore une fois –sont soumises à des règles personnelles strictes doublées d'une
législation que les sages-femmes elles-mêmes ont demandée.

Durant la période, déjà décrite, les sages-femmes aussi ont souffert. Leur formation, exclusivement hospitalière, n'a pas permis de poursuivre et de développer le savoir intrinsèque de cette profession : l'empathie, l'écoute, la patience, la confiance, … Elle s'est arrêtée aux techniques, aux appareillages et aux très nombreuses nouvelles facettes de cette profession néonatalogie, procréations médicalement assistées, surveillance des grossesses sensibles et pathologiques,assistance chirurgicale, …

Ça et là, cette profession se retrouve ou se réinvente à partir des écrits, conférences et rencontres avec des sages-femmes d'un autre âge … Mais force est de constater que le nombre de sages-femmes libérales drillé(e)s à l'accompagnement médical des naissances à domicile est de plus en plus faible. Ce nombre est-il encore suffisamment critique pour supporter la formation par compagnonnage des nouvelles diplômé(e)s ?

Puisque, dans les -dites- « maisonsde naissance » telles que développées en France, ce sont bien des sages-femmes libérales qui y travaille(ro)nt :veulent-elles renouer avec les fondements de leur profession etveulent-elles s'en donner les moyens ? Ou bien, vont-elles se soumettre à des protocoles médico-chirurgicaux (qui n'ont rien àvoir avec le bien-être de chaque femme et de chaque bébé) ?

D'autres, pour conserver leurs activités exclusivement à domicile, se voient obligé(e)s de travailler en binôme (deux sages-femmes auprès d'une même femme) …obligeant, en quelque sorte, les femmes à accepter un(e) sage-femme avec laquelle elles n'« accrochent » pas nécessairement,mettant à mal la notion fondamentale de confiance !

Bien sûr, le nombre de naissance à accepter dans un même laps de temps doit être limité. On s'accorde généralement à maximum 4 ou 5 par mois, sachant q un 'accompagnement d'une naissance peut durer de nombreuses heures.
Cela pose un gros problème financièrement.

On peut dès lors comprendre l'engouement des « maisons de naissance » où une garde(comme à l'hôpital) peut s'organiser 24h/24, avec appel de lasage-femme référente après avoir constaté que le travail de parturition est bien effectif. (A domicile, en cas d'appel d'une femme dont le travail n'aboutira pas à l'accouchement dans la journée est considéré comme une simple visite.

Qu'on ne raconte donc pas trop d'histoire autour de ces « maisons », présentées comme « à la maison » …

« A la maison », la femme ne doit pas se déplacer, ses enfants ainés peuvent rester présents – c'est un parent ou un(e) ami(e) qui se déplace éventuellement pour les garder –. (La sécurité y est donc bien effective puisqu'il n'est pas rare que les contractions utérines diminuent d'intensité et de fréquence lors des déplacements vers une structure tout aussi charmante (et voulant offrir un sentiment de sécurité) qu'elle puisse être.Certes, ces « maisons »semblent répondre à une demande de la population. Une sorte d'intermédiaire entre l'hyper-technicité (et non pas l'« hyper-médicalisation ») des structures hospitalières et du domicile. Une population qui a hérité des peurs ataviques d'accouchements sanglants d'avant l'avènement des échographies (qui déterminent aisément le nombre de bébé porté, leurs éventuels anomalies anatomiques, l'emplacement du placenta, …). Une population qui a subi, durant toute la période décrite, les bienfaits rassurants des nouvelles technologies mais aussi leurs exagérations, tenues sous silence.

Ainsi, le choix s'offre entre l'hyper-technicité et la froideur relationnelle fréquente des grosses structures et la chaleur humaine des sages-femmes.On comprend que cette alternative déséquilibrée puisse faire peur aux chirurgiens autant qu'aux
sages-femmes salariées intra-hospitalières … Un combat s'observe aujourd'hui, car ces sages-femmes hospitalières, aussi, veulent offrir le meilleur d'elles-mêmes, bien qu'encore fort muselées par leur structure et peut-être aussi par leurs habitudes : elles veulent plus d'autonomie, elles veulent être rémunérées à leur juste valeur !Ce combat est inégal. D'un côté,
des corporations fondées sur une mentalité masculine, agissante,devançant et dirigeant les événements, hiérarchisée, fortementpolitisée. Et de l'autre, des femmes au savoir intuitif n'utilisant
une technologie la moins invasive possible, ou seulement lorsque
celle-ci est indispensable. Il est évident qu'il s'agit d'un combat
de classes sociales et de pouvoir …

Et entre les deux, il y a une population qui essaye de comprendre, qui aimerait avoir son mot à dire. Comme un adolescent, entre papa et maman …

On ne sortira pas de table,aujourd'hui, sans renverser encore un verre dans lequel on a déclenché une tempête. Cela fait mousser les réseaux sociaux.  Cela détourne les regards des vraies questions et donc des possibles solutions..

 Certes, il est intolérable d'apprendre qu'une femme ait été césarisée sur ordre judiciaire (encored'avantage qu'un chirurgien ait accepté de pratiquer cette opération!), que l'un ou l'autre petit(e) malin(e) ait « joué du fil àcoudre » sur un sexe de femme immobilisée pour, parait-il« faire plaisir à son mari », qu'une femme et/ou un bébé soit décédé à la maison .. et non pas comme d'autres, àl'hôpital, malgré que « tout ait été tenté », qu'une.. qu'un .. cas sur combien ?

Par ces tollés, nous participons à cette frayeur volontairement répandue.

Nous baignons dans la peur, de manière irrationnelle, sur fond d'explications pseudo-scientifiques et de
guéguerres de chiffres. Nous osons, dans une même phrase,démontrant nos valeurs, associer le chiffre d'un million d'Africains massacrés et 20 soldats belges morts dans l'exercice de leur fonction (sauver les blancs) ! Nous osons sacrifier, dans certains cas, un grand nombre pour une infime partie, et le contraire ,pour d'autres causes, sans frémir, sans rougir. C'est ainsi que desfœtus « sains » sont sacrifiés par une médecine préventive sous prétexte qu'ils puissent être atteints de
difformités génétiques, que l'on extirpe des glandes mammaires saines … Tandis que l'on injecte, avec des produits toxiques, des vaccins à nos bébés de 2 mois, en dissimulant les conséquences néfastes pourtant documentées, sous prétexte que quelques rares personnes pourraient souffrir de telle maladie …Pour chacun de ces exemples, le moteurconscient est la « Peur », émotion instillée dans le cœur de chacun et chacune pour qu'ils agissent de manière attendue.

 

Pamphlet ou coup de gueule, je ne mets pas de références gonflantes (ou gonflées) … Ainsi, chacun pourra estimer que les idées émises n'ont donc pas de valeur.
D'autres auront l'occasion de se dire qu'il s'agit d'un belge et que c'est différent chez soi .. ou le contraire …

Je parle de la « Naissance à l'Occidentale », celle d'ici, dans nos pays, celle de là-bas, dans le Sud et en Orient, où nous importons nos valeurs, nos pratiques conservées et notre technologie.

Lorsque la « peur » est instillée, alors s'ouvre un nouvel espace en guise de réponse :
celui de la sécurité et celui du sauveur.

Cet espace, malheureusement, est très lucratif. Ce n'est donc pas lui qui pourra mettre fin au processus de transmission de la peur.De la même manière que la peur est une émotion, il y a celui de la sécurité .. ou mieux dit .. le« sentiment de sécurité ».

Non, il n'y a pas de grossesse et d'enfantement « à bas risque ».Mais nous ne savons pas de quoi est
fait tout à l'heure ou demain.