mercredi 20 avril 2011, J-20

 

Oser vivre une expérience inoubliable en dehors des sentiers battus...

 

            En mars 2003, je suis partie une semaine à Chamonix, dans un grand chalet avec une trentaine d'amis. Nos expériences à ski étaient très différentes, certains n'étant jamais montés sur des skis, d'autres, en ayant une très bonne pratique depuis des années. Nous avons tous skié les premiers jours sur les pistes balisées des Ouches et nous avons pu retrouver nos repères, nous remettre en condition, et bien nous amuser.

 

Puis, l'idée est venue à l'un d'entre nous de descendre la Vallée Blanche à skis...

C'est un site naturel entouré par l'Aigulle du Midi, et le Mont-Blanc, qui permet, en empruntant un itinéraire non balisé et non surveillé, de skier hors piste sur les glaciers enneigés et crevassés du Géant, du Tacul et de la Mer de Glace.

 

Depuis toute petite, j'ai toujours entendu à la radio et à la télé, que la pratique du ski hors-piste était dangereuse, voire interdite, que c'était inconscient. Et tous les ans, nous entendions parler des « fous-dangereux skieurs » qui s'étaient aventurés hors-piste et qui avaient été engloutis par une avalanche...

Je trouvais donc l'idée complètement saugrenue, et pour tout dire, pas du tout raisonnable.

 

Des amis se sont renseignés et ont fait venir au chalet un soir, un guide de haute-montagne de la région. Il nous a parlé longuement de son métier, de sa passion pour la montagne en général, de la Vallée Blanche, du bonheur de skier sur les glaciers et de ne voir autour de soi que la montagne, sans aucune remontée mécanique, sans panneaux publicitaire, dans un silence incroyable.

Il nous a parlé de cette beauté-là, mais aussi des difficultés du parcours, des contraintes du ski hors-piste, de ses risques...

Sans rien nous cacher, l'information, vraie, claire, précise, nous laissant libres de faire nos propres choix. Un vrai choix éclairé.

Certains de mes amis se sont sentis partants tout de suite, d'autres, comme moi, étaient enthousiasmés par l'idée, mais avaient besoin d'y réfléchir et d'être rassurés sur leurs capacités physiques, et un troisième tiers a senti que ce n'était pas pour eux..

 

Le guide nous a alors proposé de venir skier avec les membres de notre groupe potentiellement intéressés pendant quelques heures le lendemain afin de mieux se connaître, tester nos capacités physiques, ajuster notre équipement et voir si nous étions fiables et s'il pouvait nous emmener sereinement sur les glaciers non-balisés de la Vallée Blanche. Chacun a alors pu prendre sa décision. Puis, nous sommes donnés rendez-vous le surlendemain en bas des télécabines de l'Aiguille du Midi.

Le guide nous a bien reprécisé que si les conditions n'étaient pas réunies pour le bon déroulement de la descente (pour des raisons métérologiques, de qualité du manteau neigeux, ou pour des raisons de santé d'un participant), il serait obligé d'annuler l'aventure.

 

Et nous avons vécu ensemble des moments incroyables, nous avons traversé des paysages fabuleux, variant d'un moment à l'autre, entre les crevasses, sur la ligne de crète, entre les séracs. Ce fut parfois difficile, il a fallu à plusieurs reprises lutter contre la sensation de vertige, la peur de s'engager dans un virage sérré entre deux crevasses, tenir sur les 22 km de descente...

Mais quel plaisir! Et quelles sensations ! La sensation de vivre quelque chose de quasi-magique, de grandiose, d'exceptionnel... De vivre... Pleinement...

C'était il y a 8 ans et j'en parle encore avec beaucoup d'émotion et les images défilent devant mes yeux comme si c'était hier.

 

 

Je suis aujourd'hui à quelques jours d'une autre aventure, celle de la naissance de mon troisième enfant. Nous avons le projet avec son papa, de vivre cette naissance dans notre maison, dans sa maison. Nous voulons vivre cette naissance comme une découverte, une rencontre avec notre nouveau-né, chez nous, loin du monde hospitalier, du monde aseptisé et froid d'une salle d'accouchement, accolé au bloc opératoire. Parce qu'un accouchement est avant tout pour nous, une aventure pour le couple, la famille et le début de l'aventure pour ce petit bout.

 

Alors oui, beaucoup diront, ils sont fous, accoucher à la maison c'est prendre un risque, un gros risque, c'est « fou-dangereux », à la limite de l'inconscience...

Je ne suis pas en train de dire qu'il faut que tout le monde dévale la Vallée Blanche à skis, qu'il faut fermer les pistes, et que c'est la seule façon de s'amuser à la montagne... Pas du tout.

Je pense seulement que si toutes les conditions matérielles, physiques et humaines sont réunies, et qu'on est bien informé, ce choix peut nous être proposé. Et que dans ces conditions, c'est un choix raisonnable et que les risques ne sont pas plus grands que ceux que prennent la plupart des skieurs sur piste.

Pas plus grands que sur la piste bleue des Ouches où il y a des skieurs qui ne savent pas encore s'arrêter, où certains se permettent de prendre de la vitesse et de sauter une bosse sans vérifier l'absence d'autres skieurs en dessous, où les skis sont peut-être moins bien ajustés sur les chaussures, où l'on se permet de skier alors qu'il fait presque nuit, alors qu'il neige et qu'il n'y a aucune visibilité, après une nuit de voiture passée dans les embouteillages sans s'être reposé parce qu'on a payé les remontées mécaniques pour la semaine et qu'il faut en profiter...

 

Mon guide de haute montagne pour la naissance est une sage-femme qui a l'expérience des accouchements à domicile et qui me suit depuis le début de ma grossesse . J'ai pour ma part, déjà mis au monde deux enfants, je suis en pleine santé, le bébé est en pleine santé, tous les indicateurs de la naissance concordent pour envisager une naissance dans les meilleures conditions...

 

Et si il se passait quelque chose quand même ?

Si je m'étais cassée une jambe sur la Mer de Glace, mon guide aurait immédiatement appelé les secours, et l'hélicoptère m'aurait transporté à l'hopitâl de Chamonix.

Je vis à 10 minutes du CHU d'Angers, ils ont mon dossier médical, et j'ai fait tous les examens proposés lors d'un suivi de grossesse classique.

 

Alors oui, je vais prendre ce risque, celui de vivre la naissance de mon enfant, pleinement, comme une aventure extraordinaire, d'oser enfin accoucher en liberté...

 

 

Elise