La naissance d'Isaiah le 22 mars 2011.
Le vendredi 18 mars, pleine d'énergie, je me mets à jour dans mes mails LABEL VERTE, j'avance dans ma compta, et avec Guillaume on commence à installer les rideaux en bas dans notre nouvelle et belle maison, au cas où bébé arriverait en pleine journée (ce que j'espère car je crains la fatigue d'une nuit blanche). Guillaume quant à lui espère qu'il arrivera la nuit pour l'énergie particulière qu'elle apporte et qui permet l'intimité. On songe à aller au cinéma le lendemain après-midi, moi le matin j'aimerais aller à mon atelier de CNV.
Le soir Guillaume va à une réunion pour l'école de Llewelyn. Loulou regarde (encore une fois) Amélie Poulain pendant que j'avance en couture sur le sac à langer. On se couche vers 22h30, Guillaume arrive plus tard dans la nuit.
Au milieu de la nuit, vers 4h je crois, je commence à sentir des petites contractions, ça va durer deux heures environ, toutes les demi-heures. J'hésite à le dire à Guillaume, car je sais que dès qu'il le saura, comme moi il n'arrivera plus à dormir... Tant pis je craque, trop heureuse de partager ça avec lui. On est excités comme des puces. Je sens que ça coule un peu dans ma culotte, au matin je découvrirai un liquide marron : je commence à perdre le bouchon muqueux. On arrive à se rendormir, mais on se réveillera bien fatigués quand même.
A mon réveil, je renonce à aller à l'atelier CNV. J'appelle Florian, le parrain, pour qu'il transmette au groupe. Il est tout excité lui aussi d'apprendre que j'ai eu des contractions. Guillaume constate au réveil que Llewelyn a plein de mini boutons partout sur le corps. Petit
déjeuner et direction Docteur Contant. Il me demande de bien préparer tout pour l'accouchement : les serviettes, habits d'Isaiah, charger les piles des petzl, vider mon appareil photo presque plein... Comme je n'imagine pas accoucher avant dimanche soir, je lui dis que je vais plutôt me prendre une bonne douche, me laver les cheveux, et me reposer, et c'est ce que j'ai fais.
Guillaume et Llewelyn (qui a une roséole, c'est bénin et surtout non contagieux) après le docteur vont faire quelques courses et vont récupérer un matelas à langer chez des copains. Je laisse un message sur le portable de Sylvie. J'appelle Marie R, que je sens toute excitée. Ça me fait chaud au coeur de constater une fois de plus l'intérêt qu'elle nous porte et le lien qui se tisse entre nous grâce à nos grossesses parallèles. Marie B est au courant par le biais de Florian, j'appelle Anne pour lui dire, elle est dispo ce week-end et lundi aussi, sauf dimanche midi. De toutes façons je continue à croire que la naissance aura lieu lundi, ou peut-être mardi. Même si je suis un peu frustrée de ce travail commencé puis suspendu. J'appelle aussi Linda, François est en stage tout le week-end, on décide de se rappeler le lendemain matin pour voir si elle prend un train ou non.
Je me repose un peu en fin de matinée, après ma douche, et après avoir pris le temps de nettoyer la salle de bain, et lancer une machine pour laver le drap qui servira à l'accouchement. Sylvie me rappelle alors, on parle de ce bouchon muqueux, et comme il n'y a plus de contractions en vue, on se rappellera plus tard. Elle me conseille de me reposer, me promener, et manger ce qui me fait plaisir.
Guillaume et Loulou reviennent, on mange, je monte m'endormir, bien fatiguée. Guilllaume met un DVD à Llewelyn, il vient se coucher également. Je crois que je dors 1h30 à 2h. Vers 16h, encore couchée, je sens une vague dans mon ventre, comme une douleur de règle. Je me lève, et au toilettes je constate encore du bouchon muqueux.
Avec Guillaume on termine d'installer les rideaux en bas, et on prépare tout pour l'accouchement : les draps, serviettes, habits pour Isaiah, huile de massage, je prépare bien tout sur la table à langer. Je charge les piles des petzl. Les mini contractions sont espacées de ¾ d'heure environ, en fait je ne sais pas trop car je ne regarde pas trop l'heure. Avec le recul, je trouve ça fou à quel point je n'ai pas réalisé ce qui était en train de se passer. On a quand même appelé Sylvie, sur la demande de Guillaume, en fin d'après-midi pour lui rendre compte de ce qui se passait dans mon ventre. Je lui demande à partir de quel stade je peux la déranger en pleine nuit : elle me répond quand il y en a toutes les 10 minutes.
J'ai envie d'une pizza, Guillaume va en chercher deux à la Ménitré juste à côté. J'ai aussi envie d'un orangina, il n'en ont pas tant pis, ce sera de la limonade, que j'apprécie tout particulièrement.
Comme Marie  m'avait demandé de la prévenir même en pleine nuit si le travail recommençait, vers 21h je réalise que les contractions ont repris tranquillement, mais quand même depuis 16h, et que je n'ai pas pensé à la prévenir. Texto donc aux deux Marie et à Anne. Pendant ce
temps avec Guillaume on regarde une comédie romantique, pendant que Loulou regarde en haut sur l'ordi un dessin animé. Je ne crois pas avoir le temps d'envoyer un texto à Linda, car à partir de là, tout va vite. Marie  nous rappelle pour nous demander si elle peut partir maintenant pour venir dormir chez nous. Cette demande nous surprend, tellement on n'imagine pas du tout que bébé peut arriver dans la nuit. Marie me dit qu'elle a appelé Sylvie, qui pense que l'accouchement peut arriver dans la nuit. Ça me fait un électrochoc. On dit à Marie qu'on la rappelle dans 10 min. A ce moment-là on réalise que les contractions se sont bien rapprochées, toutes les 10 min environ, il y en a même qui sont rapprochées de 5 min seulement. On décide d'arrêter de regarder notre film, Guillaume couche Llewelyn qui s'endort rapidement. Avant je lui dit que peut-être son petit frère va arriver dans la nuit, et je lui redemande si elle veut être là, elle me dit oui, alors je lui promets qu'on
viendra la réveiller.
On confirme par texto à Marie R. qu'elle peut venir dormir chez nous, elle se met en route. Guillaume appelle Sylvie, Anne puis Marie B., elles se mettent toutes en route. Avec Guillaume on va chercher dans la caravane bleue un matelas pour que Sylvie et Marie R. puisse dormir dans la
chambre de jeux des enfants. Anne et Marie B. doivent amener leur matelas. Marie R. arrive la première. Je suis tellement joyeuse, toute excitée. Guillaume a l'air bien fatigué. Je crains qu'il ne se sente envahi par cette soudaine arrivée de toutes ces femmes, venues pour me
soutenir. Je me mets sur mon ballon, je ne veux plus en bouger. Je me concentre bien à chaque contraction., je souffle, comme j'ai appris en chant prénatal avec Stéphane. Je visualise mon col qui s'ouvre.
Entre chaque contraction , je suis complètement alerte, je discute avec les copines qui arrivent à tour de rôle, après Marie R. c'est Marie B. puis Anne. Elles aussi semblent joyeuses et excitées. Elles sont sur le canapé en face de moi, toujours sur le ballon. Je vais plusieurs fois aux toilettes, et quand une contraction arrive alors que je suis debout, c'est beaucoup plus douloureux, je décide donc de ne
pas quitter le ballon.
Sylvie arrive ensuite, là tout commence à devenir flou pour moi. Je crois que Guillaume est alors déjà couché, il doit être minuit passé. Marie R. aussi doit être couchée. Sylvie s'installe, prépare ses affaires. Je suis contente qu'elle soit arrivée, je me disais depuis quelques minutes, « il ne manque plus que Sylvie ». J'ai hâte de savoir à combien mon col est ouvert, mais déception : à deux seulement. Il est tard, je sens tout le monde fatigué, les filles sont maintenant autour la table, je me sens un peu seule. J'ai peur de les avoir fait venir beaucoup trop tôt, et si le travail durait toute la journée du lendemain ? Je m'inquiète du confort de chacun et chacune, je demande à toutes de bien prendre soin de Llewelyn, de ne pas l'oublier. Je me sens un peu triste de n'être ouverte qu'à deux seulement, je me sens soudainement fatiguée, je vais m'allonger sur le canapé, sur le côté. Puis tout le monde va se coucher. On me demande si j'ai besoin de compagnie. Au fond de moi je crois que j'aimerais bien, mais mon souci du confort de chacun me fait répondre non à chaque fois. Et puis c'est vrai que seule, dans noir, allongée, je me laisse un peu plus aller. Sylvie me dit qu'elle va s'allonger une heure, mais qu'elle continue de m'écouter. Allongée sur le côté, j'attends chaque contraction, que je trouve trop espacées. Elles montent doucement en puissance. Des fois quand j'attends la prochaine, je me concentre, comme me l'a conseillé Sylvie, sur mon col qui devient mou, et mon bébé qui pousse, appuie sur ce col pour sortir. J'ai alors l'impression de faire venir la nouvelle contraction ! C'est magique. Je continue à souffler, et je crois que je commence à gémir aussi parfois. Certaines fois, je ressens même un certain plaisir, juste après le pic de la contraction, quand elle redescend.
Au bout d'un moment j'ai froid, le poêle ne s'est pas mis en route depuis un bout de temps. Alors je reste bien sous la couette. Mais allongée sur le côté, les cuisses serrées, je m'inquiète de savoir si mon col peut bien s'ouvrir. Plus tard Sylvie et Marie R. descendent. Sylvie observe mon col:
ouverte à 4. Seulement 4 !!! Mais quand même ça progresse. Je trouve ça long quand même. Sylvie trouve qu'il fait froid. Je mets le poêle sur automatique, mais il se mets à déconner. Je demande à Sylvie de réveiller Guillaume pour s'en occuper. Le cendrier est bourré, il s'en charge.
Je parle à Sylvie de mon inquiétude que mon col ne s'ouvre pas à cause de mes cuisses serrées, elle me rassure. Mais quand même je sens que j'aimerais me mettre en action. Sylvie me dit que quand il fera plus chaud à un moment donné j'aurais envie de me lever. Je vais pisser plusieurs fois, et à chaque fois je me mets à trembler comme si j'étais nue dans la neige, j'ai tellement froid !! Du coup d'avoir froid, et réveillée par la présence de Marie, Sylvie et Guillaume, je tente de rester debout pour les contractions. Je trouve une position : les mains sur les épaules de Guillaume, je suis penchée en avant vers lui, qui me soutient. J'ai l'impression de moins bien réussir à me détendre, à me faire toute molle comme le suggère Sylvie, mais je ne veux plus m'allonger. Je veux être active, je veux que ça avance, je veux que ça termine, je veux voir mon bébé. J'ai encore froid, Guillaume me couvre, je grelotte. Puis le poêle augmente la température de la pièce, peu à peu je me réchauffe, je me détends, je me dévêtis. J'ai la chemise d'allaitement que j'avais acheté spécialement pour l'occasion, mon pantalon favori pour dormir pendant la grossesse.
Tout est flou pour moi après, les contractions sont vraiment costaudes maintenant. Je commence à chanter un peu entre les contractions, je crois que j'aimerais écouter de la musique, mais je ne veux pas réveiller Llewelyn. Je commence à faire des sons, des ooooooooo, qui parfois quand je n'arrive plus à monter par-dessus la douleur, deviennent des aaaaaaaa plus aigus. Je me sens déçue quand je n'arrive pas à maintenir le moooooooo grave, souvent suggéré par Sylvie. C'est vraiment dur d'accompagner cette douleur jusqu'au bout ! J'essaye tellement fort de me concentrer,, de dire oui à la contraction, de m'ouvrir, d'accepter, d'accompagner, d'aller jusqu'au bout. Je tente à chaque fois, parfois j'échoue, je recommence la fois d'après, je suis tellement motivée ! En tout je reste toujours concentrée, dans l'acceptation et l'accompagnement de la douleur, je ne subis pas, quelle différence par rapport à mon premier accouchement ! J'ai vraiment mal dans les reins, quelle douleur, je ne veux pas que ça dure toute la nuit, j'ai dit je crois à Anne juste après son arrivée que j'aimerais que le bébé arrive entre 4h et 5h, j'aimerais tellement y arriver ! Je demande à Sylvie quand elle a regardé mon col la dernière fois, elle me dit que c'était 1h30 plus tôt, alors que j'avais l'impression que c'était 10 min plus tôt ! Alors je lui demande, elle regarde, j'en suis à 7 !! Bon ça avance, on approche, mais c'est pas encore ça.
Je change de position, j'ai peur de changer, mais j'essaye quand même. Je m'accroupis, me penche en avant pendant la contraction. Marie B. me maintient une bouillotte chaude sur les reins. Ca me fait du bien, je crois. Tout est flou. Guillaume est toujours en face de moi. A un moment il est remplacé par Marie R. car il veut mettre de la musique. Je pense à Llewelyn, et lâche prise car de toutes façons avec les cris que je fais, ça peut pas être pire pour la réveiller. D'ailleurs apparemment elle ne se réveille pas, Marie R. va voir régulièrement.
Je suis surtout en contact avec Guillaume, et Sylvie, qui m'aide régulièrement avec des phrases qui me parlent vraiment : « tu es un canal », « ton col est tout mou », « tu te fais toute molle », et puis quand elle chante « mooooooooo », ça me rappelle de rester concentrée sur le son grave, qui me permet de « surfer » sur la douleur plutôt que d'être engloutie par elle. Il y a même eu une ou deux contractions ou la sensation de douleur est presque annulée par la puissance du son !! Mille fois merci Stéphane et les cours de chant prénatal !
Je suis vraiment ravie de la présence des filles, même si je les regarde pas trop, je suis à l'intérieur de moi. J'apprécie l'intérêt bienveillant de Marie R., son expérience, son assurance me rassurent. Je sens que Marie B. veut vraiment se rendre utile, un moment je me dis que ça doit être incofortable pour elle de maintenir la bouillotte tout ce temps. Et Anne qui, je l'ai su après, a pris toutes ces photos magnifiques ! Et je me rappelle de ses bras froids sur mes bras chauds, j'avais le visage en feu, je n'ai pas eu la force de porter ces mains à mon visage, même si j'en avais tellement envie. Et Sylvie, quel accompagnement merveilleux, idéal pour moi. Une présence très rassurante, ni trop, ni pas assez, juste comme il faut !
Et puis je sens arriver la phase de désespérance. Je la vis, je l'exprime, mais avec un certain détachement, car je sais que c'est elle, et donc que ça sent la fin !! D'ailleurs on me le confirme, je crois me souvenir que Guillaume me dit plusieurs fois, c'est bon tu es toute dilatée, c'est la fin !
Quand je dis « je n'y arrive pas », Sylvie me dit plusieurs fois l'air amusée, que j'y arrive justement, mais moi j'ai l'impression d'être nulle, que ça n'avance pas... On me rassure, j'entends de loin Marie R. rire un peu en disant que si ça avance... Je crois me souvenir de ça, mais c'est flou, lointain, je suis complètement shootée... J'ai mal aux reins, j'en ai marre de cette douleur, j'en ai marre qu'on me dise que c'est bientôt fini, je veux, j'exige que ce soit fini MAINTENANT !! Et je m'en veux de ne pas y arriver... J'appelle ma maman, je veux du soulagement, de la douceur... plus de douleur...
J'essaye tellement, à chaque fois de faire le son juste, qui me permettra de passer au-dessus de la douleur, j'y arrive une ou deux fois parfaitement, du début à la fin de la contraction, quelle satisfaction ! Mais toutes les autres fois, j'échoue, je me heurte à la douleur, je dégringole, je crie, je veux pleurer... Je me sens désespérée, et en même temps je sais que c'est la phase de désespérance, et donc bientôt la fin ! C'est juste le mot « bientôt » qui m'énerve, je veux que ce soit « maintenant !». J'appelle Isaiah... Viens mon bébé. Sylvie m'explique que lui ne demande qu'à sortir, d'ailleurs je le sens très bien pousser sur le col, il veut sortir c'est sûr ! Mais pourquoi je n'arrive pas à le faire s'ouvrir ce col! Quelle impatiente je fais... A un moment, Sylvie observe une nouvelle fois mon col. Je crois qu'à ce moment je suis passée de la position accroupie en avant, à accroupie en arrière, Guillaume dans mon dos, et la bouillotte chaude maintenue par Marie B. Elle me dit qu'il reste un tout petit bout de col, je me dis mince, pourquoi il ne s'ouvre pas celui-là, alors encore une, ou plusieurs contractions, je continue à me concentrer, à essayer de visualiser mon col qui s'ouvre, mon bébé qui sort, à dire oui, merci à la contraction, à l'accompagner jusqu'au bout. Je commence à sentir une pression sur mon anus, ça m'encourage, je me dis bientôt la fin ! Sylvie me propose de me mettre allongée sur le dos, super, je voulais mais n'osait pas, de peur d'avoir mal. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est dans cette position que je dois faire sortir mes bébés, déjà pour Llewelyn c'était comme ça. Ca fait mal, mais je suis complètement shootée, ailleurs. Et là Sylvie me réveille : elle met sa main dans mon col pendant une contraction, je me dis qu'est-ce qu'elle fait ? C'est le summum de la douleur, rien ne m'a fait plus mal jusque là, j'ai envie de lui crier d'arrêter tout de suite, mais une part de moi lui fait confiance et je tiens, mais je hurle !!! Et après c'est flou, je crois que peu de temps après j'ai senti une explosion mouillée sortir de mon vagin, ah ça y est cette putain de poche de eaux qui me lançait dans les reins vient ENFIN de rompre !! Sylvie dit à Marie R. d'aller chercher Llewelyn. Les sensations changent immédiatement, ce n'est plus la lame de fond qui prend le dessus, tout est plus précis, plus aigu, plus brûlant... J'ai immédiatement envie de pousser, Sylvie me dit d'attendre la contraction, elle vient vite, encore la douleur, je pousse, je sens la tête avancer, j'ai l'impression qu'elle sort, mais non, ça tire, ça brûle sur le périnée. Je veux du chaud, on me mets du chaud sur le périnée, oh oui quel soulagement. J'attends la prochaine contraction, je pousse fort, je pense qu'il ne faut pas que ça déchire, mais j'ai l'impression que ça va, de toutes façons j'ai tellement envie de pousser, et mon bébé a tellement envie de sortir, et enfin j'entends Marie R. dire « oh, la tête sors » et je le sens passer, ouf, soulagement, joie, Guillaume je crois se penche, aidé de Sylvie il sort le petit corps d'amour, je sens hyper bien passer le corps, les jambes, c'est comme au ralenti, et on me le pose sur le ventre, dommage j'ai encore ma chemise, j'aimerais qu'on soit tout de suite peau contre peau. Sylvie dit aux filles de regarder l'heure, alors je me dis : « ah oui c'est important ».
J'entends 5h09. Isaiah pleure un peu je crois, j'ai peur, j'aimerais savoir, être sûre qu'il va bien, et alors je sens une énorme vague, un tsunami d'amour monter en moi, mon bébé mon bébé, Guillaume est derrière moi, on regarde notre bébé, il est tellement beau...
Instant d'éternité, inénarrable. La suite est encore plus floue pour moi, le monde se résume à mon bébé. Je veux le voir, le sentir, le toucher. Je veux qu'il tête, je veux vivre, sentir ce contact privilégié. Il ne prend pas le sein tout de suite, je crois même qu'il prend son pouce dans sa bouche, très adroitement. Ou c'était après la première tétée, je ne sais plus. Il a du mal à attraper le sein, pleure un peu, je me sens bouleversée.
Le cordon doit être long car je ne le sens pas entre mes cuisses. Je pense à la délivrance du placenta, pas question de me laisser surprendre par la douleur ! Mais elle n'arrive pas. Sylvie va m'y inciter à un moment, ça me paraît tellement simple, je pousse, ça sort, ça fait à peine mal.
Et puis la sonde pour que je fasse pipi, j'ai peur que ça fasse mal, je refuse, Sylvie insiste, ok c'est parti, ouf ça ne fait pas mal. De toutes façons, mon bébé est là dans mes bras, le reste importe peu. Et puis j'ai beaucoup saigné, Guillaume a l'air inquiet, mais Sylvie n'arrêtait pas de dire « c'est physiologique, tout va bien ». Elle m'appuie sur le ventre, ça fait mal.
Et puis Guillaume a fait un malaise, je ne sais plus quand, peut-être juste après la sortie d'Isaiah. Très calmement je l'ai entendu dire : « euh, je crois que je fais un malaise vagal ». Alors on l'a installé à côté de moi, je ne sais plus si quelqu'un s'est mis derrière moi ou si on a mis une couette
ou un coussin... Heureusement qu'il y avait du monde pour s'occuper de lui, car moi j'étais ailleurs, totalement avec mon bébé ! Je crois qu'il est resté un petit moment allongé, je me souviens que Sylvie lui a donné du miel. On m'en a donné aussi je crois.
Après je ne sais plus, je crois que Marie R. est partie se coucher, puis Anne et Marie B. Au bout d'un certain temps, Sylvie m'a proposé de regarder Isaiah, le cordon a été coupé, elle l'a mesuré, 50 cm, pesée : 3,390 kgs. Il pleure mon bébé, je voudrais le garder dans mes bras. Je veux me laver, Sylvie monte avec moi, je monte dans la baignoire, me déshabille. Je suis stressée, j'entends Isaiah pleurer à côté avec Guillaume. Heureusement, ça ne dure pas longtemps. Je fais pipi, ça brûle un peu. Je me lave vite fait, m'habille avec des vêtements propres, je fais la bise à Sylvie. Je me couche, mon bébé tout près de moi, et Guillaume mon amour, et ma fille mon amour. Quel bonheur ! Je crois qu'il y a Anne et Marie allongées parterre au pied de notre lit. Il doit être 8 heures, je dors un peu je crois, et puis Llewelyn se réveille une heure plus tard, ah ma chérie qui va découvrir son petit frère. Elle n'a pas voulu se lever quand Marie est venue la chercher cette nuit.
Guillaume lui parle, elle l'enjambe et vient voir son frère : « il est tout petit », elle n'arrête pas de dire qu'il est tout petit, elle le touche, c'est beaucoup trop brusque pour moi, je me sens partagée entre le besoin de protéger mon tout-petit et ma crainte d'abîmer ces premiers moments, je veux qu'elle soit sûre que je l'aime toujours si fort ma petite chérie... Alors je lui demande tout doucement de faire tout doucement. Anne les deux Marie et Guillaume vont prendre le petit-déjeuner, je les entends parler, quelle frustration, j'aimerais être avec eux ! Mais je reste avec le plus important en ce moment, mon bébé, et puis ma fatigue ne me permet pas de me lever. Marie B. m'apporte un petit déjeuner, je me sens reconnaissante. Llewelyn apporte des cadeaux à son petit frère : une poupée, une voiture, une bouillotte et le couvre de sa peau de mouton. Trop mignon. Elle va chercher chacune des filles pour leur montrer son petit frère et les cadeaux qu'elle a fait. Marie R. lui lit une histoire, je suis soulagée car elle le manipule trop brusquement et je n'ai plus la force de réagir comme je le voudrais.
Après tout le monde s'en va, on se lève pour manger. Llewelyn passe l'après-midi avec sa copine Lila. Avec Guillaume et Isaiah on dort, on se repose un peu.
Je me sens complètement dépassée, débordée par l'amour qui m'enivre, Isaiah mon bébé, Guillaume mon amoureux, Llewelyn ma fille... Et nos parents, nos amis, les textos arrivent, félicitations...
Waouh !! quelles émotions !!! Et cette histoire d'amour ne fait que commencer !
Nathalie.
Récit écrit deux ou trois jours après la naissance.

 

Lien vers un autre témoignage de Nathalie: la naissance de Llewelyn