Accouchement à la maison en Maine et Loire

...où quand les parents décident de rester dans leur nid.

26 avril 2009

Témoignage de Marie: la naissance d'Arthur

<p>Naissance d’Arthur</p>

Naissance d’Arthur

Préambule :

« Dis bien à Marie que vous êtes en train de vivre une naissance, donc un moment magique… »

C’est avec ces mots que notre sage-femme, Catherine,  m’a permis de ne pas rester sur un « échec ». Et c’était important que la naissance d’Arthur ne reste pas un souvenir malheureux. Elle est un souvenir très heureux, le plus bel événement de ma vie, mais douloureux tout de même.

Parfois, le destin joue contre nos prédictions, mais en l’occurrence, un enfant né en bonne santé, plein de vie, vaut plus que n’importe quel idéal de naissance…

Le grand bonheur arrive, adieu projet, bonjour Arthur…

Récit de la naissance d’Arthur, né le 3 avril 2008 au CHU d’Angers

Emballés par les expériences de naissance à domicile de deux couples d’amis de la région d’Angers, Patrick et moi avons décidé de faire naître notre enfant chez nous, dans notre cocon.

Notre choix était avant tout motivé par le respect de l’enfant, une naissance sans médicalisation, naturelle, dans le calme, la douceur, et l’amour d’un foyer. C’était également dans le souci de respect de mon corps de femme, physique et psychologique, afin de ne pas souffrir inutilement des interventions intempestives des médecins (épisiotomie, injections diverses et variées), mais aussi pour la sensation d’accompagner mon enfant vers la vie hors de moi (sans péridurale).

Ce ne fut pas chose facile.

D’une part, aucune sage-femme du le département ne pratiquait la naissance à domicile pour une nouvelle famille. Après prospections, coups de fil, recherches internet, et beaucoup d’insistance, nous avons fini par en trouver une installée en Loire-Atlantique, Catherine, qui s’est laissée convaincre par notre force de persuasion.

D’autre part, il nous a fallu déménager pour trouver un logement plus sain (le premier étant très très humide), rassurer nos familles (qui ont toujours respecté notre choix avec le plus grand tact, merci à elles !).

Nous avons également cherché puis trouvé une autre sage-femme, sur Angers, Brigitte, pour éviter la route, qui nous a préparés tous les deux à la venue d’un bébé à la maison. Le papa a été impliqué à chaque séance pour m’aider à surmonter la douleur des contractions, via les mouvements du bassin et la respiration.

Bref, tout était prêt, jusqu’à deux jours avant la naissance, quand Catherine est venue chez nous pour nous aider à préparer le jour J.

Neuf jours avant terme, j’ai perdu les eaux vers une heure du matin. Afin d’accélérer la sortie du bébé forcément imminente, j’ai marché dans le salon, fait quelques mouvements sur le ballon… Mais rien n’y a fait, notre bébé ne voulait pas encore tout à fait montrer son bout du nez. J’ai appelé Catherine dans la nuit, puis une nouvelle fois au petit matin, qui m’a conseillée de me reposer et de rappeler vers midi pour voir l’avancée du travail. Entre temps, Patrick était parti au théâtre pour clôturer ses missions et donner ses consignes aux collègues pour les jours à venir.

A midi, toujours rien. Le verdict tombe, qui me glace : il va falloir aller à l’hôpital, puisque cela fait douze heures que j’ai perdu les eaux, le risque d’infection grandit à mesure que le temps passe, et vu que je n’ai encore aucun signe de contraction, la sage-femme préfère une surveillance du fœtus par l’hôpital (vu la distance, elle ne peut pas se déplacer juste pour vérifier que tout va bien). S’ensuit une heure et demi de pleurs pour moi, de tentative de réconfort pour Patrick qui prend les choses en main : il prépare le sac à emmener à la mater, que nous n’avions volontairement pas voulu faire, prépare le déjeuner car nous savons que je ne pourrai pas manger avant…Inconsolable, je me suis forcée à avaler quelques bouchées. J’avais passé la nuit à rêver de cette naissance dans le salon, de Patrick prenant le p’tit bout et me le mettant au sein et non, envolés tous mes rêves de naissance naturelle…

C’est là qu’intervient la phrase de Catherine qui me redonne le sourire. C’est vrai, je ne dois pas oublier que dans quelques heures mon bébé sera tout contre moi, je dois le remplir d’énergie positive. Ce fut difficile, mais quand nous avons démarré la voiture pour partir, j’avais retrouvé le sourire.

Arrivés à la maternité, le col était faiblement (mais un peu) ouvert. Comme l’équipe médicale était surchargée, nous avons profité du soleil d‘avril pour nous échapper du bâtiment, et nous avons passé l’après-midi à marcher le long de la Maine. Tout ceci afin d’éviter un déclenchement par les médecins en accélérant le travail par la marche. Un déclenchement de notre accouchement ? : impossible à imaginer ! Et la marche a fait son effet. Ce fut pour moi le moment le plus magique de l’accouchement. Un vrai instant d’osmose dans le couple, complices, chaque minute en appelant une autre qui nous rapprochait de l’heureux événement. Les contractions devenaient plus fréquentes, plus douloureuses aussi, mais le sourire était là car l’accouchement ne serait pas déclenché par les hormones extérieures, mais par les miennes propres. Plus les contractions s’intensifiaient, plus nous étions heureux, dehors, libres de faire comme nous le voulions. A chaque contraction, nous nous arrêtions pour prendre des postures qui m’aidaient à respirer et à basculer le bassin. De nombreuses personnes ont ri ou se sont inquiétées pour nous, c’était touchant. J’ai eu du mal à regagner la chambre, mais j’étais toute oxygénée de la balade.

Les deux heures et demi qui ont suivi, je n’ai pu compter que sur Patrick qui a été le plus formidable des partenaires et des pères. Aucun professionnel ne venant nous voir, malgré nos questionnements, nous avons géré seuls les contractions douloureuses, moi sur le ballon, Patrick derrière sur une chaise à m’aider à respirer… et ce jusqu’à ce que je hurle toujours plus fort. Et d’un coup, les sages-femmes débarquent à 5 dans la chambre, me disent que le bébé arrive, que je dois arrêter de pousser… rien de moins naturel !

A partir de ce moment, je n’ai plus la force de lutter contre l’équipe, je me sens juste soulagée de savoir la fin du calvaire proche. Je souffre et j’ai hâte que le bébé sorte. Je ne comprends pas tout ce qui m’arrive, sauf que comme ça va être la fin, j’ai juste encore le courage de supporter la douleur avec la joie de savoir le bébé bientôt dehors. Les sages-femmes sont plutôt gentilles, me disent donc de cesser de pousser, me montrent comment respirer, et m’emmènent en salle d’accouchement. Pendant tout ce temps qui me paraît une éternité, je dois me retenir de pousser (tout le contraire de ce que j’avais appris avec mes deux sage-femmes…). Une fois dans la salle, beaucoup de monde s’affaire autour de moi, j’obéis au doigt et à l’œil, car c’est toute la force qu’il me reste. Elles tentent toutes de me rassurer, appellent un médecin. Là, le climat change : elle est très désagréable. Face à mes réponses imprécises à ses questions, elles devient agressive (« vous devez bien savoir si vous avez en ce moment une contraction ou non ?!? »). Je pousse et le bébé vient (qu’elles disent !)… mais ne vient pas. J’entends des mots qui font peur comme « bradycardie ». Je vois bien qu’elles prennent des outils, mais rien n’est expliqué. Patrick suit bien, pose plein de questions, mais je ne comprends toujours pas tout. Je suis coupée, Patrick demande si c’est nécessaire, la médecin lui répond : « vous voulez qu’on sauve votre bébé ou non ? ». Tout cela passe très vite. Enfin, on m’annonce que ça y est. On me place deux secondes mon enfant sur le bas ventre, j’ai à peine le temps de le voir (je n’en ai qu’un vague souvenir, juste celui d’avoir senti son poids) qu’elles le reprennent et le place dans le berceau sous le « grille-pain ». Là je me souviens de Patrick demandant « qu’est-ce que vous lui faites, là ? », et d’essayer d’empêcher des gestes intrusifs. Avant qu’il n’ait pu réagir, elles avaient eu le temps de lui enlever son vernix en l’essuyant, et de lui faire un prélèvement gastrique (pour être sûrs que l’éventuelle infection à l’origine de la rupture de la poche de eaux ne l’ait pas atteint, mais nous avions expressément demandé à ce que cet examen ne soit pas fait. En contre partie, j’avais accepté un antibio contre l’éventuelle infection… Encore un acte qu’ils n’avaient pas le droit de faire). Patrick est sur la défensive, tendu à essayer d’éviter tous ces gestes dont nous ne voulons pas, essayant seul de faire face, puisque moi je me laisse complètement faire, juste heureuse de ne plus souffrir, et que mon bébé soit là et en bonne santé. Pendant que Patrick tient Arthur (ah oui, nous avons donc appris que c’était un garçon), la médecin pas sympa et une interne guère plus aimable en finissent avec moi : elles me recousent, enlèvent le placenta, vident le sang…avec des gestes plutôt brusques. Tout ça dans un ordre que je ne maîtrise pas. Je sais que c’était long, j’avais hâte de faire téter le bébé.

Finalement, elles s’en vont, nous laissent seuls avec un bébé. C’est mon premier, je ne sais pas le mettre au sein. Une puéricultrice vient, une jolie mama noire, la plus aimable que nous ayons croisées depuis le début, qui me montre comment faire et parle doucement à notre fiston. Parce que jusqu’ici, aucun geste doux et aimant à l’égard de l’enfant. Nous voilà tous les trois dans une pièce éclairée au néon, avec des petits bip bip en fond. Heureusement, Arthur tète très bien. Par contre, j’ai un bras sous perfusion (de je ne sais quoi, a priori une hormone qui permet de faciliter l’évacuation du placenta), et je ne peux pas plier le bras droit. Du coup, je dois allaiter avec un seul bras, l’autre ne doit même pas bouger. Et bien pour une première mise au sein, c’est acrobatique ! Et comme j’oublie ma perf, je plie le bras à deux reprises, ce qui entraîne un bip bip bien plus fort, car le goutte à goutte n’aime pas ! Patrick est obligé de rappeler les sages-femmes qui viennent remettre la machine en route et surtout arrêter l’immonde bruit. Nous restons trois heures je pense ainsi. C’est un tel bonheur d’avoir son enfant et son papa ensemble que cela passe vite, même si nous préférerions être tous les trois dans un lit confortable (le papa ne peut pas s’allonger avec nous) et dans une chambre.

Après trois heures, je peux prendre une douche. Je présume un peu de mes forces, j’y parviens, mais j’ai un peu mal. Et la tête me tourne un peu quand je reviens de ma douche. Nous attendons encore. Là, nous pouvons monter (on attendait qu’une chambre se libère…). On me met sur un lit ambulant, mais au lieu de me mettre Arthur dans mes bras, on me le glisse froidement entre les jambes. Je n’apprécie pas, mais je n’ai pas le courage de dire quoi que ce soit.

Arrivés dans la chambre, une sage-femme très sympa nous accueille. Elle me dit que je peux garder Arthur avec moi pour téter cette nuit, à ma demande, parce que plus il sera près de moi, plus il tètera, et c’est mieux pour lancer la lactation. Par contre, la puéricultrice est peu aimable. Elle nous prend Arthur pour le changer je ne sais où… On n’a pas eu le choix. Et elle m’a dit, avant de me laisser pour la nuit, après avoir placé Arthur dans le berceau-pas-pratique : « surtout, ne le prenez pas avant demain matin, dormez un peu ». Patrick part, exténué. Moi je m’endors, bébé à côté de moi.

Pour en revenir au bilan de l’accouchement, je ne connais pas les détails, je n’ai pas tout suivi. Mais je sais certaines choses : j’ai eu une épisiotomie (10 points de suture externes et internes, ce qui est beaucoup) alors que mon bébé était petit et pas très gros (47 cm pour 2,985 kg). Arthur est sorti avec la ventouse, apparemment parce que l’un de ses membres appuyait sur son cordon, d’où bradycardie, d’où une volonté des médecins de précipiter la sortie. Après discussions avec Catherine, et d’autres personnes, si les sages-femmes m’avaient laissée sortir le bébé quand il manifestait l’envie de sortir, cela ne serait pas arrivé… Belle aberration de l’accouchement non physiologique.

Bref, Arthur est né à 21h41, en salle d’accouchement, moi les pieds dans les étriers, avec épisiotomie faite par une médecin désagréable, sous perfusion de « je ne sais quoi », Arthur aidé par une ventouse… Patrick n’a pas pu couper le cordon (c’était fait avant même qu’on s’en rende compte). Il a essayé de savoir tout ce qu’on nous faisait, il a bataillé pour une médicalisation minimum, mais au final, c’est encore beaucoup trop d’actes purement techniques pour peu d’humanité.

Toutes ces mains qui le touchent, toutes ces remarques désobligeantes sur nos attentes (pas de bain, pas de produits, dormir avec lui,…), une voisine bruyante avec beaucoup de visites, des photographes, des commerciaux… nous font fuir l’hôpital 36h après la naissance.

Et ouf ! Revoici notre nid douillet. Brigitte est revenue faire un bilan, nous sommes allés chez notre généraliste une semaine après, et tout est rentré dans l’ordre !

Nous avons été marqués par ce non respect de nos corps et de nos envies pour un événement des plus beaux de la vie. C’est dommage. Nous n’en voulons pas à la sage-femme qui a fait le choix de la sécurité et dans un sens, cela nous a soulagé de voir qu’elle ne prenait pas de risques. Nous en voulons au système hospitalier français qui ne respecte pas les mères et leurs bébés ! Moi j’ai souffert, j’ai eu mal, et j’ai eu peur. Arthur a lu aussi eu mal et peur.

Pour le prochain enfant, nous reconduirons ce projet de naissance à domicile. Et nous préparerons un projet écrit pour le « cas où » il y aurait une nouvelle fois une naissance à l’hôpital (ce que nous n’avions pas fait, pensant que nous étions oralement « au point », mais en fonction de l’équipe, cela aurait pu nous faciliter la tâche, éviter de tout redire,…).

Au jour d’aujourd’hui, nous  avons pris le temps d’en parler à Arthur, qui a été un enfant qui a beaucoup pleuré dans ses premiers mois. Désormais, il a sept mois, et il se porte à merveille.

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09 avril 2009

Témoignage de Marie: l'accompagnement de la naissance de Salomé

Pour Salomé

 

 

La demande de Laetitia d'être présente à leurs côtés pour la naissance de leur fille, a répondu à la mienne de vivre cette expérience magique en tant que spectatrice.

Depuis la naissance de mes 2 enfants je suis restée entièrement en vibration, fascinée par ce moment de la mise au monde d'un bébé.

De femme à femme je ressens un sentiment si profond, et j'aimerais la transmission de cette vibration, le partage de toutes ces histoires, ces naissances de mère, comme autant de liens tissés à travers le temps...

 

Je me suis mise à « attendre », impatiente du jour où Laetitia me téléphonerait, la fameuse date approchait. Dans ma tête pleins de scénarios possibles se jouaient et j'ai vraiment adoré aussi cet avant « rêvé »...

 

Il faisait très froid, un jour au téléphone Laetitia m'exprime son changement d'état : nauséeuse, fatiguée, endolorie, sans appétit...les routes sont pas mal verglacées, et je me demande s'il ne faut pas sortir pendant qu'il en est encore temps, partir les retrouver..mais l'excitation semblait la plus forte et ce n'était pas encore le moment.

Mais le bébé s'était mis en route. Laure, une autre maman en résonance, me dit : « la naissance a commencé, comme pour moi ....48h après mon bébé arrivait... »

Le corps de Laetitia s'échauffait, j'étais aux aguets, à l'affût de mon téléphone comme rarement je le fus.

Environ une semaine après, un mercredi matin sur le marché , j'entends au loin l'appel du téléphone de ma sœur. « Tiens , tiens, me dis-je » mais ce jour-là, le seul d'ailleurs depuis que je suis vendeuse de légumes, on a pas arrêté une seule minute.

A midi je rappelle Laetitia.......en début de travail depuis 3h du matin : OUAHHHHHHOUUUUUUUU!!!! çà y est nous y sommes !!!!

« Je rentre manger, prendre une douche, faire téter Naéli et je te rappelle »

La promesse de ce qui nous attend fait encore monter d'un cran mon excitation et ma joie ! Je suis aux anges, en rentrant je n'ai pas pu m'empêcher d'appeler Joëlle, pour palper son ressenti :

« Tout commencera vraiment en fin d'après midi, je pense, Laetitia me tient au courant... »

Je rappelle donc , je ne sais plus qui propose à l'autre, dans tous les cas je pars les rejoindre.

Je suis inquiète quelques instants de laisser pour la 1ère fois Naéli sans tétée pendant si longtemps mais mon envie est plus forte, j'ai vraiment la sensation de m'offrir ce cadeau là aussi : une sortie seule !!

Je quitte ma famille, légère !! et passe prendre Gaël également de connivence et nous roulons vers Laetitia encore 2 en 1.

 

Il est aux environs de 13h30, un ventre proéminent nous ouvre la porte (LOL), elle a l'air fatiguée mais bien.

Elle a envie d'une ballade et nous attendait. Le froid est mordant mais le soleil nous offre quelques rayons de chaleur.

Je suis quelque peu surprise de la trouver si présente, si consciente et réalise que ce ne sont que les prémices de la « tempête ».

Alors j'observe, j'essaie de sentir ce qui se passe en elle, et je plonge en moi, dans mon propre vécu.

On longe la Loire en papotant, Laetitia s'arrêtant de temps en temps pour souffler avec sa contraction. Je suis contente d'être réunies avec elles, et sans avoir mal!!!

Ce qui me plaît aussi c'est de ne pas connaître à l'avance la suite de l'aventure, malgré tout ce que j'avais pu imaginer, devant la puissance de l'instant je ne peux que m'incliner et ..fondre...

 

On rentre au chaud, j'ai eu tellement froid toute la matinée que j'accueille la maison si chaude avec délice!! Julien s'affaire, on rit car il n'arrête pas, il va même nous chercher un super goûter !

Peu à peu Laetitia commence à râler, comme si avec l'avancée du bébé et la levée de la puissance de vie, le cri ne pouvait être «contenu », je me revois si bien...

Mais une fois la contraction passée on continue notre réunion de filles, autour d'une énorme galette frangipane, on est bien, on a le temps.

Son visage commence aussi à se crisper, elle choisit de remplir sa piscine et d'aller s'y détendre un peu. La fatigue creuse ses yeux.

Joëlle me rappelle pour prendre la température, justement Laetitia commençait à se poser la question de sa venue, transmission de pensées à l'autre bout de département..il ne manquait plus qu'elle évidemment !!!

 

 

Maillot enfilé Laetitia s'immerge....et nous propose de se joindre à elle : moi j'ai eu trop froid dans la journée pour m'imaginer en maillot barbotant..même si c'est tentant!!

Alors on s'installe autour d'elle, je m'affale en mi-sieste sur un fauteuil, les contractions se rapprochent et s'allongent.

Julien va et vient...On rigole.

Laetitia s'enfonce peu à peu dans le tourbillon de la naissance, yeux fermés, soufflant, râlant, elle nous demande de ne pas arrêter de parler pendant la contraction, le silence lui fait peur !!

Elle réalise que c'est de çà dont elle a vraiment besoin : notre compagnie autour d'elle comme pour lui signifier que tout va bien , que la vie suit son cours tranquillement.

De quoi on parle exactement je ne sais plus...Gaël demande si le prénom est choisi, Laetitia réponds «oui et Marie le connait en plus »   moi : « ????? » trou de mémoire...

Joëlle est en route, Laetitia commence à bien souffrir, cela m'impressionne, je propose à Gaël de la laisser un peu seule, on va fumer. Je me sens prise moi aussi dans le tourbillon de cet enfant à venir !

Mon ventre et mon âme de mère vibrent; le souvenir n'est pas si loin pour moi, à peine un an.

Est-ce une bonne ou mauvaise impression mais il me semble que Laetitia hésite à se laisser aller dans sa bulle, je me demande le sens de notre présence ..mais mes questions cessent d'elles -même, je suis contente d'être là et c'est réciproque pour tout le monde, alors...

 

Joëlle arrive, embrassades, yeux pétillants, j'ai tellement rêvé ce partage à ses côtés, « elle qui m'a vu devenir mère », comme l'évoque si bien Envela...

Partage du thé entre femmes, silences et promesses... nous nous éclipsons au salon avec Gaël, les laissant prendre contact dans ce moment si attendu..

 

Nous sommes rejointes par Joëlle : prises de nouvelles des unes et des autres devant la cheminée, gourmandises de galette!!

 

Laetitia nous rappelle vite, elle souhaite notre présence, notre soutien, elle a déjà bien cheminé depuis 3h ce matin, la naissance se précise et avec elle l'ombre de la peur, de la douleur..elle vit un moment d'hésitation, rester dans l'eau ou monter..il est aux environs de 18h, la nuit s'installe.

Joëlle conseille : « si ce n'est pas maintenant tu ne pourras plus monter »

« d'accord je monte alors »

 

Déménagement, sans bien m'en compte sur le moment, le dernier acte d'annonce.

On s'isole tous les 5 dans leur petite chambre. Il fait très chaud, tout mon corps frémit d'émotions, je me sens en vibration, connectée d'une certaine manière à Laetitia, aux femmes, mon ventre résonne...

En bas Joëlle a proposé l'accompagnement du souffle pendant la contraction, alors peu à peu on se prend au jeu, soufflant toutes les 4 en chœur! Pffffffffffffffff

On chuchote aussi discrètement, pendant que Laetitia cherche un peu de confort, à 4 pattes, la tête dans son coussin, ses gémissement nous guident à le rencontre de ce bébé.

Je pressens (enfin ) la vie à venir, comme si l'état de grossesse ne permettait pas  pour une personne extérieure de l'imaginer tout à fait...je me dis que pour les pères cela ne doit pas être simple, alors que nous, nous percevons les forces à l'œuvre, et c'est aussi la mise en valeur et le sens de notre présence !!

 

Je me place délibérément aux côtés de Joëlle, derrière Laetitia, pour voir!!

Je reçois une vraie leçon de vie, les changements physiques en cours m'impressionnent : l'ouverture du bassin, du périnée, des fesses. J'effleure sa douleur, mon bas-ventre me tiraille, la mémoire du passage se réveille !

Je me sens unie, à la fois recueillie et les sens aux aguets dans l'observation, aujourd'hui je repense encore aux mots d'Envela : « la question du recueillement » pour la naissance de Naéli, l'attitude humble de la sage femme..

 

Joelle encourage et soutient fort laetitia :

« c'est super, oui Laetitia....tu travailles vraiment bien, oui..doucement...... »

.

Nous marquons une pause, la « pression atmosphérique » de la chambre a monté, l'émotion nous submerge, on descend s'apaiser. Gaël un peu dans le doute, moi plus confiante.

Je vis, je mesure tellement l'instant, la magie, le mystère, la force, l'humilité.

On est là dans l'attente sans attendre.

 

On regagne le nid, j'ai  la sensation d'avoir fait le plein d'énergie et d'amour (??) j'ai envie de prendre la main de laetitia de l'accompagner, de lui dire des mots doux..

Je questionne Joëlle, elle m'éclaire dans tous les sens du terme, avec sa petite lampe sortie de sa mallette.

J'observe ce que je n'ai jamais vu pour moi : la boite métallique, la serviette.

Leur fille est proche, le sexe de laetitia s'enfle un peu plus à chaque contraction. La lenteur et la douceur semblent portées par ce bébé, millimètre par millimètre elle descend, lentement l'ouverture des tissus s'opère, c'est un son à peine perceptible, je m'incline devant la source même de la vie..au cœur du sexe féminin.....je divague ...

 

Une leçon de patience aussi : mm par mm la tête se fraie son chemin, la contraction l'amène contre le vagin, le périnée s'enfle, puis la fin de la contraction la remonte. A la suivante elle descend exactement où elle est allée précédemment pour avancer un peu plus, et ainsi de suite, pendant longtemps...immuablement.

Je me souviens si bien ce rythme pour moi : contraction, descente du bébé, souffrance, ouverture, pause.....

Les cheveux apparaissent, mon cœur bat fort !! je suis complètement émerveillée, on atteint le moment ultime.

Laetitia après un moment de doutes, accompagne en gémissant parfois un peu plus fort, mais dans l'acceptation complète.

 

Le réveil face à moi me révèle 21h passées, 3h qu'on est là, je n'ai pas vu le temps s'écouler, je suis aux premières loges.

« Salomé » est lâchée à un moment,  Julien, depuis tout le long aux chevets de laetitia, lui distillant en silence tout son soutien, a appelé sa fille, levant le voile sur le mystère du prénom.

 

Et puis une énième contraction, avec les cris de Laetitia, font apparaître son front, son nez, moi aussi je ne peux retenir les miens, Joëlle informe Laetitia qu'elle va aider sa sortie pour ne risquer aucune déchirure. Elle passe sa main pour « démouler » la tête, toute endormie en suspend, puis son épaule pour la faire sortir : Splashhhhhh, ce son je m'en rappellerai toujours, le même souvenir que pour mes bébés.

Joëlle passe Salomé à Laetitia par en dessous ses jambes.

 

Oh la la la c'est beau, elle est si petite !!!

Nous nous émerveillons tous, sourires aux lèvres, dans une même émotion en suspend dans l'air. Salomé pousse ses premiers cris....

On laisse les nouveaux parents, la porte refermée, Joëlle nous ouvre ses bras, et on se serre toutes les 3 fort !!!!! Ouahhhhhhhhhh...

On descend au salon, je plane sur une petit nuage. Gaël tremble d'émotions, pleure un peu, le moment devient fort de confidences, je m'écarte un peu. Je suis heureuse et fière pour Laetitia, ce fut si doux pour elles deux !!

 

On retourne voir cette petite merveille, je me reconnecte aussi avec ma réalité, mes seins gorgés de lait, mes petits chez moi.

Laetitia et Salomé encore dans un même corps cherchent leur position pour la 1ère tétée.....

on s'embrasse fort !!

 

Avant de partir, raccompagné par Julien, tout ému, Joëlle me remet son livre comme convenu.

Je repars, avec un trésor dans la tête, un sous le bras ......

 

Merci les amies !!!

 

Marie, le 8 avril 2009.

Posté par Lathema à 22:52 - Témoignage - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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