Accouchement à la maison en Maine et Loire

...où quand les parents décident de rester dans leur nid.

26 avril 2009

Témoignage de Marie: la naissance d'Arthur

<p>Naissance d’Arthur</p>

Naissance d’Arthur

Préambule :

« Dis bien à Marie que vous êtes en train de vivre une naissance, donc un moment magique… »

C’est avec ces mots que notre sage-femme, Catherine,  m’a permis de ne pas rester sur un « échec ». Et c’était important que la naissance d’Arthur ne reste pas un souvenir malheureux. Elle est un souvenir très heureux, le plus bel événement de ma vie, mais douloureux tout de même.

Parfois, le destin joue contre nos prédictions, mais en l’occurrence, un enfant né en bonne santé, plein de vie, vaut plus que n’importe quel idéal de naissance…

Le grand bonheur arrive, adieu projet, bonjour Arthur…

Récit de la naissance d’Arthur, né le 3 avril 2008 au CHU d’Angers

Emballés par les expériences de naissance à domicile de deux couples d’amis de la région d’Angers, Patrick et moi avons décidé de faire naître notre enfant chez nous, dans notre cocon.

Notre choix était avant tout motivé par le respect de l’enfant, une naissance sans médicalisation, naturelle, dans le calme, la douceur, et l’amour d’un foyer. C’était également dans le souci de respect de mon corps de femme, physique et psychologique, afin de ne pas souffrir inutilement des interventions intempestives des médecins (épisiotomie, injections diverses et variées), mais aussi pour la sensation d’accompagner mon enfant vers la vie hors de moi (sans péridurale).

Ce ne fut pas chose facile.

D’une part, aucune sage-femme du le département ne pratiquait la naissance à domicile pour une nouvelle famille. Après prospections, coups de fil, recherches internet, et beaucoup d’insistance, nous avons fini par en trouver une installée en Loire-Atlantique, Catherine, qui s’est laissée convaincre par notre force de persuasion.

D’autre part, il nous a fallu déménager pour trouver un logement plus sain (le premier étant très très humide), rassurer nos familles (qui ont toujours respecté notre choix avec le plus grand tact, merci à elles !).

Nous avons également cherché puis trouvé une autre sage-femme, sur Angers, Brigitte, pour éviter la route, qui nous a préparés tous les deux à la venue d’un bébé à la maison. Le papa a été impliqué à chaque séance pour m’aider à surmonter la douleur des contractions, via les mouvements du bassin et la respiration.

Bref, tout était prêt, jusqu’à deux jours avant la naissance, quand Catherine est venue chez nous pour nous aider à préparer le jour J.

Neuf jours avant terme, j’ai perdu les eaux vers une heure du matin. Afin d’accélérer la sortie du bébé forcément imminente, j’ai marché dans le salon, fait quelques mouvements sur le ballon… Mais rien n’y a fait, notre bébé ne voulait pas encore tout à fait montrer son bout du nez. J’ai appelé Catherine dans la nuit, puis une nouvelle fois au petit matin, qui m’a conseillée de me reposer et de rappeler vers midi pour voir l’avancée du travail. Entre temps, Patrick était parti au théâtre pour clôturer ses missions et donner ses consignes aux collègues pour les jours à venir.

A midi, toujours rien. Le verdict tombe, qui me glace : il va falloir aller à l’hôpital, puisque cela fait douze heures que j’ai perdu les eaux, le risque d’infection grandit à mesure que le temps passe, et vu que je n’ai encore aucun signe de contraction, la sage-femme préfère une surveillance du fœtus par l’hôpital (vu la distance, elle ne peut pas se déplacer juste pour vérifier que tout va bien). S’ensuit une heure et demi de pleurs pour moi, de tentative de réconfort pour Patrick qui prend les choses en main : il prépare le sac à emmener à la mater, que nous n’avions volontairement pas voulu faire, prépare le déjeuner car nous savons que je ne pourrai pas manger avant…Inconsolable, je me suis forcée à avaler quelques bouchées. J’avais passé la nuit à rêver de cette naissance dans le salon, de Patrick prenant le p’tit bout et me le mettant au sein et non, envolés tous mes rêves de naissance naturelle…

C’est là qu’intervient la phrase de Catherine qui me redonne le sourire. C’est vrai, je ne dois pas oublier que dans quelques heures mon bébé sera tout contre moi, je dois le remplir d’énergie positive. Ce fut difficile, mais quand nous avons démarré la voiture pour partir, j’avais retrouvé le sourire.

Arrivés à la maternité, le col était faiblement (mais un peu) ouvert. Comme l’équipe médicale était surchargée, nous avons profité du soleil d‘avril pour nous échapper du bâtiment, et nous avons passé l’après-midi à marcher le long de la Maine. Tout ceci afin d’éviter un déclenchement par les médecins en accélérant le travail par la marche. Un déclenchement de notre accouchement ? : impossible à imaginer ! Et la marche a fait son effet. Ce fut pour moi le moment le plus magique de l’accouchement. Un vrai instant d’osmose dans le couple, complices, chaque minute en appelant une autre qui nous rapprochait de l’heureux événement. Les contractions devenaient plus fréquentes, plus douloureuses aussi, mais le sourire était là car l’accouchement ne serait pas déclenché par les hormones extérieures, mais par les miennes propres. Plus les contractions s’intensifiaient, plus nous étions heureux, dehors, libres de faire comme nous le voulions. A chaque contraction, nous nous arrêtions pour prendre des postures qui m’aidaient à respirer et à basculer le bassin. De nombreuses personnes ont ri ou se sont inquiétées pour nous, c’était touchant. J’ai eu du mal à regagner la chambre, mais j’étais toute oxygénée de la balade.

Les deux heures et demi qui ont suivi, je n’ai pu compter que sur Patrick qui a été le plus formidable des partenaires et des pères. Aucun professionnel ne venant nous voir, malgré nos questionnements, nous avons géré seuls les contractions douloureuses, moi sur le ballon, Patrick derrière sur une chaise à m’aider à respirer… et ce jusqu’à ce que je hurle toujours plus fort. Et d’un coup, les sages-femmes débarquent à 5 dans la chambre, me disent que le bébé arrive, que je dois arrêter de pousser… rien de moins naturel !

A partir de ce moment, je n’ai plus la force de lutter contre l’équipe, je me sens juste soulagée de savoir la fin du calvaire proche. Je souffre et j’ai hâte que le bébé sorte. Je ne comprends pas tout ce qui m’arrive, sauf que comme ça va être la fin, j’ai juste encore le courage de supporter la douleur avec la joie de savoir le bébé bientôt dehors. Les sages-femmes sont plutôt gentilles, me disent donc de cesser de pousser, me montrent comment respirer, et m’emmènent en salle d’accouchement. Pendant tout ce temps qui me paraît une éternité, je dois me retenir de pousser (tout le contraire de ce que j’avais appris avec mes deux sage-femmes…). Une fois dans la salle, beaucoup de monde s’affaire autour de moi, j’obéis au doigt et à l’œil, car c’est toute la force qu’il me reste. Elles tentent toutes de me rassurer, appellent un médecin. Là, le climat change : elle est très désagréable. Face à mes réponses imprécises à ses questions, elles devient agressive (« vous devez bien savoir si vous avez en ce moment une contraction ou non ?!? »). Je pousse et le bébé vient (qu’elles disent !)… mais ne vient pas. J’entends des mots qui font peur comme « bradycardie ». Je vois bien qu’elles prennent des outils, mais rien n’est expliqué. Patrick suit bien, pose plein de questions, mais je ne comprends toujours pas tout. Je suis coupée, Patrick demande si c’est nécessaire, la médecin lui répond : « vous voulez qu’on sauve votre bébé ou non ? ». Tout cela passe très vite. Enfin, on m’annonce que ça y est. On me place deux secondes mon enfant sur le bas ventre, j’ai à peine le temps de le voir (je n’en ai qu’un vague souvenir, juste celui d’avoir senti son poids) qu’elles le reprennent et le place dans le berceau sous le « grille-pain ». Là je me souviens de Patrick demandant « qu’est-ce que vous lui faites, là ? », et d’essayer d’empêcher des gestes intrusifs. Avant qu’il n’ait pu réagir, elles avaient eu le temps de lui enlever son vernix en l’essuyant, et de lui faire un prélèvement gastrique (pour être sûrs que l’éventuelle infection à l’origine de la rupture de la poche de eaux ne l’ait pas atteint, mais nous avions expressément demandé à ce que cet examen ne soit pas fait. En contre partie, j’avais accepté un antibio contre l’éventuelle infection… Encore un acte qu’ils n’avaient pas le droit de faire). Patrick est sur la défensive, tendu à essayer d’éviter tous ces gestes dont nous ne voulons pas, essayant seul de faire face, puisque moi je me laisse complètement faire, juste heureuse de ne plus souffrir, et que mon bébé soit là et en bonne santé. Pendant que Patrick tient Arthur (ah oui, nous avons donc appris que c’était un garçon), la médecin pas sympa et une interne guère plus aimable en finissent avec moi : elles me recousent, enlèvent le placenta, vident le sang…avec des gestes plutôt brusques. Tout ça dans un ordre que je ne maîtrise pas. Je sais que c’était long, j’avais hâte de faire téter le bébé.

Finalement, elles s’en vont, nous laissent seuls avec un bébé. C’est mon premier, je ne sais pas le mettre au sein. Une puéricultrice vient, une jolie mama noire, la plus aimable que nous ayons croisées depuis le début, qui me montre comment faire et parle doucement à notre fiston. Parce que jusqu’ici, aucun geste doux et aimant à l’égard de l’enfant. Nous voilà tous les trois dans une pièce éclairée au néon, avec des petits bip bip en fond. Heureusement, Arthur tète très bien. Par contre, j’ai un bras sous perfusion (de je ne sais quoi, a priori une hormone qui permet de faciliter l’évacuation du placenta), et je ne peux pas plier le bras droit. Du coup, je dois allaiter avec un seul bras, l’autre ne doit même pas bouger. Et bien pour une première mise au sein, c’est acrobatique ! Et comme j’oublie ma perf, je plie le bras à deux reprises, ce qui entraîne un bip bip bien plus fort, car le goutte à goutte n’aime pas ! Patrick est obligé de rappeler les sages-femmes qui viennent remettre la machine en route et surtout arrêter l’immonde bruit. Nous restons trois heures je pense ainsi. C’est un tel bonheur d’avoir son enfant et son papa ensemble que cela passe vite, même si nous préférerions être tous les trois dans un lit confortable (le papa ne peut pas s’allonger avec nous) et dans une chambre.

Après trois heures, je peux prendre une douche. Je présume un peu de mes forces, j’y parviens, mais j’ai un peu mal. Et la tête me tourne un peu quand je reviens de ma douche. Nous attendons encore. Là, nous pouvons monter (on attendait qu’une chambre se libère…). On me met sur un lit ambulant, mais au lieu de me mettre Arthur dans mes bras, on me le glisse froidement entre les jambes. Je n’apprécie pas, mais je n’ai pas le courage de dire quoi que ce soit.

Arrivés dans la chambre, une sage-femme très sympa nous accueille. Elle me dit que je peux garder Arthur avec moi pour téter cette nuit, à ma demande, parce que plus il sera près de moi, plus il tètera, et c’est mieux pour lancer la lactation. Par contre, la puéricultrice est peu aimable. Elle nous prend Arthur pour le changer je ne sais où… On n’a pas eu le choix. Et elle m’a dit, avant de me laisser pour la nuit, après avoir placé Arthur dans le berceau-pas-pratique : « surtout, ne le prenez pas avant demain matin, dormez un peu ». Patrick part, exténué. Moi je m’endors, bébé à côté de moi.

Pour en revenir au bilan de l’accouchement, je ne connais pas les détails, je n’ai pas tout suivi. Mais je sais certaines choses : j’ai eu une épisiotomie (10 points de suture externes et internes, ce qui est beaucoup) alors que mon bébé était petit et pas très gros (47 cm pour 2,985 kg). Arthur est sorti avec la ventouse, apparemment parce que l’un de ses membres appuyait sur son cordon, d’où bradycardie, d’où une volonté des médecins de précipiter la sortie. Après discussions avec Catherine, et d’autres personnes, si les sages-femmes m’avaient laissée sortir le bébé quand il manifestait l’envie de sortir, cela ne serait pas arrivé… Belle aberration de l’accouchement non physiologique.

Bref, Arthur est né à 21h41, en salle d’accouchement, moi les pieds dans les étriers, avec épisiotomie faite par une médecin désagréable, sous perfusion de « je ne sais quoi », Arthur aidé par une ventouse… Patrick n’a pas pu couper le cordon (c’était fait avant même qu’on s’en rende compte). Il a essayé de savoir tout ce qu’on nous faisait, il a bataillé pour une médicalisation minimum, mais au final, c’est encore beaucoup trop d’actes purement techniques pour peu d’humanité.

Toutes ces mains qui le touchent, toutes ces remarques désobligeantes sur nos attentes (pas de bain, pas de produits, dormir avec lui,…), une voisine bruyante avec beaucoup de visites, des photographes, des commerciaux… nous font fuir l’hôpital 36h après la naissance.

Et ouf ! Revoici notre nid douillet. Brigitte est revenue faire un bilan, nous sommes allés chez notre généraliste une semaine après, et tout est rentré dans l’ordre !

Nous avons été marqués par ce non respect de nos corps et de nos envies pour un événement des plus beaux de la vie. C’est dommage. Nous n’en voulons pas à la sage-femme qui a fait le choix de la sécurité et dans un sens, cela nous a soulagé de voir qu’elle ne prenait pas de risques. Nous en voulons au système hospitalier français qui ne respecte pas les mères et leurs bébés ! Moi j’ai souffert, j’ai eu mal, et j’ai eu peur. Arthur a lu aussi eu mal et peur.

Pour le prochain enfant, nous reconduirons ce projet de naissance à domicile. Et nous préparerons un projet écrit pour le « cas où » il y aurait une nouvelle fois une naissance à l’hôpital (ce que nous n’avions pas fait, pensant que nous étions oralement « au point », mais en fonction de l’équipe, cela aurait pu nous faciliter la tâche, éviter de tout redire,…).

Au jour d’aujourd’hui, nous  avons pris le temps d’en parler à Arthur, qui a été un enfant qui a beaucoup pleuré dans ses premiers mois. Désormais, il a sept mois, et il se porte à merveille.

Posté par Lathema à 23:12 - Témoignage - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Comme cela a dû être dur... et doit être dur encore aujourd'hui.
Merci de partager ce récit, il me semble important de montrer que les scénarios imaginés ne sont pas toujours ceux qui arrivent. Et cela afin d'avoir en tête que le chemin n'est jamais tracé d'avance et qu'il faut se préserver, se préparer à l'incertitude.
Cela m'avait manqué et, comme vous je n'aurais pas été prête à accepter autre chose qu'une naissance respectée.
Que cette expérience vous renforce pour les futures, et je souhaite du fond du coeur que vous viviez l'accouchement dont vous rêvez. Et que les blessures se referment. (J'ai l'impression de parler pour moi aussi!)


Je vous embrasse
Laure

Posté par Lathéma, 26 avril 2009 à 23:30

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