16 février 2009
Témoignage d'Anne-Sophie: l'accompagnement de la naissance de Noam
« Ils ne savaient pas que c'était impossible,
« Ils ne savaient pas que c'était impossible,
alors
ils l'ont fait »
Mark Twain.
Samedi 1er décembre...
Encore quelques heures à peine et j'éteindrai le portable familial...
J'ai décongelé des cerises, un clafoutis est en train de cuire...
Ici ça sent le henné,
Le ronronnement du four est mêlé au cliquetis des touches du clavier...
Et autour, le silence.
Aujourd'hui j'ai l'impression d'être au sommet d'une montagne.
Le chemin a été parfois sinueux pour toi Sophie !
J'ai souvent été à côté de toi, lors de cette ascension,
Je t'ai parfois encouragée lorsque la pente te semblait difficile,
J'ai pris un soin particulier à ne jamais passer devant toi,
J'espère ne jamais t'avoir devancée dans cette montée.
Aujourd'hui nous sommes en haut,
Mais le jour se lève à peine,
La brume encore présente ne me laisse pas encore entrevoir nettement quel paysage se dessine,
Cependant il est là, tout près,
Je le devine à travers mes yeux embués.
Bientôt, la brume se lèvera...
-
Ce que je vais tenter de raconter là, ce n'est pas une « banale » histoire d'AAD... Non seulement c'est un AAD à 3 heures de chez toi, mais c'est avant tout une longue histoire, histoire liée à ton passé, liée à nos nombreux échanges, liée aux naissances de mes enfants dans cette maison, liée à ce qui me lie à Joelle, et maintenant à ce qui vous lie ensemble...
Tu as réussis avec je ne sais quelle baguette magique à réunir cette multitude d'éléments pour nous offrir, ce soir là, un véritable « feu d'artifice » émotionnel...
Où commence cette folle aventure ?
Ce jour où tu m'annonces que tu viens de faire un test et qu'il est positif ?
Ce jour où je te donne les coordonnées de la sage-femme parisienne, que tu n'arriveras jamais à joindre ? (Bon, tu n'as pas essayé beaucoup, avoue ! ;-p )
Ce jour où je te propose sur le ton de la blague de venir alors à la maison enfanter dans notre nid en compagnie de Joelle ?
Tout a commencé bien avant en fait...
Peut-être par nos longs échanges à propos des naissances de Margot et Jonah... et peu à peu cette idée qui murit en toi, l'idée d'un troisième enfant n'est plus exclue. Malgré les grossesses difficiles, malgré les naissances traumatisantes, tu commences à penser que cela peut se passer différemment, même pour toi... Premier passage...
Alors... que tu me répondes que ma proposition était complètement folle mais qu'elle te séduisait, fut un honneur...
Rien que ça, c'était déjà l'aboutissement de tous nos échanges... (alors imagine le reste... !)
Mettre ton enfant au monde « à la campagne », entourée de Joelle et de moi te faisait rêver...
Et tu as osé penser plus loin... Beaucoup plus loin...
Quelques heures plus tard, tu me demandes si ma proposition tient toujours, tu comprendrais que je recule maintenant, (tu ne vois absolument pas comment cette aventure peut devenir possible matériellement... euh, je t'avoue, moi non plus sur le moment, mais il y avait forcément une solution... nous ne savions pas alors que c'était aussi simple !)...
Mais non, il en faut plus que ça pour m'arrêter !! Je suis d'un naturel très optimiste !
Nous rions car tu me demandes alors où j'habite exactement, quel est le nom de notre village, et quand je te l'annonce cela te fait rire de penser que ton bébé pourrait porter ce nom étrange comme lieu de naissance !!!
A vrai dire chacune de notre côté, nous n'y croyons ni l'une ni l'autre... mais l'essentiel est de ne pas y croire, n'est ce pas ! ;-)
J'en parle quand même à Xavier, il me regarde, se demande ce que j'ai encore inventé là, car il ne voit pas non plus comment cela peut-être faisable (il est beaucoup plus raisonnable que moi et se pose toujours les questions que je ne me pose pas !)... je lui dis « je ne sais pas non plus, mais est-ce OK de ton côté ? »... Oui, il nous suit !
Et comme toi tu es encore plus folle que moi, tu fonces, tu ne sais pas où, mais tu fonces !
Je te donne les coordonnées de Joelle... qui ne dit pas non !
Trois femmes mi-sages, mi-folles, voilà l'histoire...
(D'ailleurs, toi
et moi n'avons nous pas ce prénom en commun qui signifie
« Sagesse » ! ;-)
J'ai Anne, la « grâce »,
en plus !! LOL )
Parfois je me dis que « ça ne le fera jamais » ! Que c'est incensé !
Puis nous réfléchissons... Comment faire ? Oui... comment faire pour dessiner un semblant d'organisation qui pourrait sembler, a priori, acceptable... ?
Nous cherchons
ensemble des possibilités... nous convenons alors que tu
arriverais le premier week-end de décembre (deux semaines
avant ton terme théorique), que Joachim repartirait, qu'il
reviendrait le week-end suivant et que vous loueriez un gite près
d'ici pour la dernière semaine.
Ça c'est de
l'organisation !!
Nous sommes fin mai ... cela paraît encore bien loin... et donc raisonnable... on verra !
Je pensais à ce moment là que tu attendrais d'être dans ce gite pour enfanter...
Puis l'été passe, vous venez repérer les lieux un chaud week-end d'août (ce dimanche fut la journée la plus chaude de l'été !)... nous visitons quelques gites ensemble.
J'ai bien noté par la suite que vous ne réserverez jamais de gite ! ;-)
Nous évoquons
la déclaration de naissance qui aurait donc lieu à la
mairie de notre petit village, Xavier dit qu'il en touchera deux mots
au maire, finalement il ne le fera pas.
Car évidemment,
jusqu'au dernier moment nous ne savions pas si l'histoire se
terminerait ici ou pas, inutile donc de « mettre la
charrue avant les boeufs ».
Nous poursuivons nos échanges par mail, et les mois passant je devine que tu as davantage envie de rester dans notre maison plutôt que d'enfanter dans un gite...
A vrai dire je le vois bien ainsi aussi maintenant. Je suis de plus en plus convaincue que tu as besoin de présences, et que notre maison est un lieu où tu te sentiras en confiance. Peut-être parce que tu sais que deux bébés sont déjà nés ici ?
Ce serait une troisième naissance dans cette maison, pour notre famille, pour Joelle... quelle histoire ça aussi !
Tu me dis également que tu penses que tu auras besoin de moi à tes côtés, c'est encore un honneur... mais nous verrons où le vent nous poussera (ah ce vent ! ;-) )
Parfois je me dis que ce scénario idéal où tu enfanterais à la maison juste la semaine prévue est une illusion... d'autant plus qu'en octobre tu commences à avoir énormément de contractions, tes doutes reviennent (normal, c'est bientôt le grand saut), tu repenses à la menace d'accouchement prématuré que tu as si mal vécue pour tes deux premières grossesses, tu doutes souvent sur ta capacité à pouvoir supporter la douleur, toi qui a toujours accouché « sous péridurale », et puis les médecins t'annoncent un « gros » bébé (je n'ai toujours pas compris à quoi cela servait d'annoncer ce genre d'estimations mais bon...), et tu doutes encore...
J'ai ce
sentiment qu'il faut que tu quittes ta maison pour te sentir libre et
te libérer de tes grossesses passées, des naissances
passées, des estimations des médecins... et que le jour
où tu seras ici, (si tu viens), tu te mettras en travail
rapidement... je ne croyais pas si bien dire !
Les semaines
défilent, je t'accompagne, nous échangeons beaucoup,
mais je veux que toute décision soit la tienne à part
entière... alors j'attends...
Puis s'en vient novembre...
Comme il faut que nous nous organisions un minimum, je me permets de te demander confirmation sur la date de votre venue, nous n'en avons pas reparlé depuis longtemps.
Je devine alors que tu attendais d'avoir laissé de côté tes craintes d'accouchement prématuré, avant de te pencher à nouveau sur l'aspect « organisation », et ainsi te donner l'autorisation de poursuivre le rêve un peu plus loin...
Donc, samedi 1er décembre, ça marche toujours.
Je t'informe que nous serons probablement chez nos parents ce week-end là, et que nous passerons le dimanche chez des amis... Nous vous laisserons les clefs... Cela me semble une bonne chose de vous laisser ensemble en famille avant que Joachim ne te laisse pour la semaine...
J-15... A partir de ce moment, tu me donnes de tes nouvelles heure par heure ou presque !
Parfois je me dis que tu vas finalement réussir à débarquer ici !
L'aventure touche à sa fin, et cependant rien n'est joué ! Toute l'histoire est à créer !
Tu as énormément de contractions, tu doutes encore sur ta capacité à enfanter seule... parfois, après nos soirées MSN, je me dis que peut-être tu enfanteras dans la nuit...
Mais non, tu tiens le coup !
Tu me dis que toutes les naissances de la famille ont eu lieu en fin de mois (un 30 pour Margot, un 29 pour Jonah)... je pense sans te le dire que ce n'est pas la même naissance que tu prépares, c'est du tout nouveau, du jamais vu, et donc elle pourrait avoir lieu en début de mois, comme pour « changer la donne »... Comme lorsque je te disais en début de grossesse alors que tu t'étonnais presque de ne pas avoir de contractions comme pour tes grossesses précédentes : « C'est une grossesse tout neuve, pour une nouvelle naissance, et une nouvelle Sophie » !! :-))
Et puis tes
mails des derniers jours, empreints d'une positivité toute
nouvelle, me font penser que tu attendras d'être ici !
Le
jeudi 29, tu as rendez-vous pour une écho (et je pense que tu
aurais eu davantage confiance en toi sans tout ce suivi à la
maternité, mais tu les as entendus et tu as poursuivi ton
chemin, sans les suivre, bien vu !)... Ton bébé n'est
estimé qu'à 4 kilos (presque un poids plume !), et tu
es ravie ! Et là, je pense que c'est une très bonne
chose qu'il t'ait dit cela...
Le poids n'a pas d'importance, ta confiance si...
Lors de cette dernière semaine, je me rends compte en te lisant que tu peux te mettre en travail d'un moment à l'autre, alors nous prenons la décision de ne pas partir chez nos parents... Je ne dormirais pas tranquille là-bas si je sais que tu me veux à tes côtés.
Je prépare votre lit, j'organise la maison pour que tout soit prêt pour votre arrivée, et que chacun se sente à l'aise. Le portable est allumé nuit et jour (habituellement il ne l'est ni le jour, ni la nuit !)
Tout se jouera avant vendredi, jour de votre départ de Paris... Nous en sommes tous conscients.
Vendredi matin : Je me réveille. Ma première pensée va vers vous. Si tu n'as pas accouché cette nuit, tu quittes ta région aujourd'hui...
Et tu es toujours « deux-en-une » ! Wahoooo....
Ce vendredi 30 je passe une bonne partie de la journée chez Joelle (après avoir eu ton feu vert !)... Je lui emporte un panier de légumes du jardin de la part de Xavier. Nous buvons du thé, nous mangeons des gateaux et des gourmandises réunionnaises... elle me fait cadeau d'un sac de henné... Au moment du départ nous pensons à toi en nous embrassant avec émotion... maintenant nous savons toutes les deux que la naissance aura certainement lieu à la maison, et que nous allons nous revoir très bientôt autour de toi...
Samedi matin, quand tu m'envoies ce SMS pour me dire que tout va bien et que vous êtes chez ta maman près de Rennes, je suis émue...
Je sens que tu touches du bout des doigts la fin de cette aventure qui se déroule comme tu l'avais rêvée (et moi aussi !)... Ce rêve auquel nous n'avions jamais osé croire, que nous n'avions pas osé dévoiler de peur qu'il ne se réalise pas est en train de rejoindre la réalité... impensable....
Je vais faire quelques courses, mes yeux se voilent de larmes plusieurs fois rien qu'à l'idée de penser que nous sommes au bout... qu'allons-nous vivre maintenant ?? Nous y voilà, ça y'est... et pourtant tout est encore tellement flou.
Mais je te sens sereine, et je me prends à rêver que tu donneras naissance à ton fils chez nous... cela nous paraissait tellement improbable il y a quelques mois...
Je t'envoie un SMS de l'hypermarché te demandant si tu veux que je te prenne des alèses jetables, c'est la seule chose qu'il te manquait deux jours auparavant ! Mais non, tu as tout prévu !
En début
d'après-midi j'enduis mes cheveux de henné que m'a
donné Joelle, je fais aussi quelques mèches à
Azélie et des « tatouages » sur les bras
de Marius et Lubin (nous nous faisons beaux pour le grand jour !),
puis je garde le reste du bol pour tes enfants, et je termine le
repassage...
Je suis en train de rincer mon henné
lorsque j'entends la porte s'ouvrir !
Vous voilà !!!
ça y'est !
J'ai l'impression que vous vous sentez tout de suite à l'aise, les enfants aussi, je suis contente.
Nous nous posons
au salon autour d'un thé, puis tes enfants réclament
leurs tatouages pour ressembler aux nôtres !
Nous formons
une seule famille cette semaine, le tatouage sera la marque de la
tribu !
Et je propose à
Margot de lui étaler le reste de henné sur les cheveux,
comme moi...
Elle est ravie de constater qu'elle a alors « des
jolis cheveux roux comme maman » ! :-))
Nous vous offrons une formation accélérée au mode de vie à la campagne : le tri des déchets alimentaires : un seau pour les poules, un autre pour le compost. Quelques exemples pour illustrer le tout. Vous ferez presque un sans-faute ! :-D
Joachim a prévu de repartir le lendemain, dimanche. Sauf en cas de naissance.
Je lui dis qu'il ne faut pas rêver non plus !
Limite s'il ne t'inciterait pas à accoucher avant demain soir !
Il nous demande alors à combien nous sommes de Paris, et je le sens un peu inquiet à l'idée de se trouver dans les embouteillages si tu l'appelles à une heure de pointe. Nous évoquons alors la possibilité qu'il prenne le train, et que nous le récupérions à Sablé.
Mais c'était sans compter sur toi !!
Je prépare un crumble à emporter chez nos amis le dimanche, j'en fais un peu plus que je mets dans un autre plat pour votre déjeuner du lendemain entre vous.
Nous faisons diner les enfants et nous nous apprêtons à nous installer autour d'une raclette (en dignes janviettes ! ), il doit être environ 20h30, tu passes aux toilettes et là, tu appelles ton homme car tu perds du sang !
Coup de chaud pour vous deux, surtout pour Joachim... Normal, ce n'est pas lui qui vit tout ceci dans son corps. Il s'inquiète pour toi...
Vous appelez Joelle qui ne semble pas vraiment inquiète. Moi, à t'observer, je suis tranquille (et un peu excitée aussi !!) : tu es en forme, cela se voit !
Joelle demande à
me parler... Juste pour le plaisir... !
Prélude à la
fête.
Nous parlons du henné, de choses et d'autres,
et un peu de la situation. Je lui dis que tu vas bien, que tu es
sereine...
Elle me dit qu'elle me fait immensément
confiance... et me dit aussi que ça peut durer quelques jours
avant que le tavail ne se mette vraiment en route.
Elle me charge
de te dire de ne pas compter les contractions et de vivre
normalement. Vu le nombre que nous sommes à la maison, nous
devrions réussir à te divertir un peu !
Tu sens
que tes contractions sont un peu plus fortes qu'habituellement, mais
à peine... Le travail a peut-être vraiment commencé
à ce moment là où tu as eu cette perte de sang
abondante.
Et je souris car quelques jours avant je m'étais fait la réflexion qu'étant donné le nombre de contractions que tu avais depuis plusieurs mois, il y aurait certainement un autre « truc », plus soudain, qui te montrerait que c'était parti. Comme un signe. Je pensais à une rupture de la poche des eaux, ce fut autre chose, mais le signal fut donné.
Quatre heures après votre arrivée !! ouah !!
Nous n'aurions
pas pu imaginer meilleur scénario. Tout se met en place
tellement facilement que ça en est déconcertant.
C'est
ça, la Grâce ? ;-)
Joachim commence à penser qu'il ne repartira pas demain !
Incroyable !
Nous rions tellement cela nous semble fou...
Il sort le champagne, nous trinquons à votre arrivée ! Une deuxième bouteille reste au frais pour trinquer au bébé quand il sera né... Vous aviez tout prévu pour être bien, pour vous sentir chez vous, même ces petits détails... :-)
Puis nous nous installons autour de cette fameuse raclette, tu manges très peu...
A partir de ce soir c'est toi la princesse, centre de toutes nos attentions... et je vois bien que tu sais que c'est le tout début...
Je dis en riant que demain c'est tempête annoncée, et que les tempêtes font venir les bébés !
Les contractions ne s'intensifiant pas, nous nous couchons vers 1h00...
La fête sera pour plus tard, très bientôt, c'est certain maintenant !
Dimanche matin, tu appelles Joelle de bonne heure... elle t'informe qu'elle aura certainement une autre naissance dans les prochaines heures.
Aïe !
Tu patienteras donc, de toutes façons rien de concret pour le moment.
De notre côté nous nous préparons pour partir chez nos amis... Vous allez vous retrouver entre vous, votre bébé en chemin, c'est important.
Vraiment, on pourrait croire que tout est organisé alors que c'est juste toi qui t'es mise en travail au moment le plus propice pour tout le monde. Je te félicite !!
Nous partons en fin de matinée... juste au moment où nous quittons la maison je te vois souffler sur la dernière contraction ... à ce moment LA, précisément, je sais que ça y'est, c'est parti pour de bon.
Le vent souffle fort, il pleut des cordes.
Je te propose de
partir à deux voitures, ainsi je pourrai revenir rapidement
avant Xavier. Tu penses que tu patienteras jusqu'à ce soir.
Je
ne suis pas très tranquille, je sens que cela peut aller assez
vite maintenant... Mais il y a encore un os de taille pour vous : La
disponibilité de Joelle...
Je laisse notre portable allumé, tu promets de m'envoyer un SMS dans l'après-midi.
Nous prévenons nos hôtes que c'est une journée un peu spéciale, nous ne savons pas combien de temps nous allons rester ! Ils comprennent !
14h30, je reçois
ton SMS : « ouille ouille ouille »...
Ah ah
ah... !
Je rappelle, Joachim me dit que tu commences sentir
passer les contractions !
Je fais accélérer la fin
du repas de mon côté. Du coup je regrette de ne pas être
partie à deux voitures.
A vrai dire depuis le début je suis beaucoup plus avec toi en pensées qu'avec nos hôtes... Je ne réussis pas à faire autrement !
Nous partons un peu précipitamment, sous la pluie et la tempête. A 17h00 nous sommes à la maison.
Tu es en train de marcher dans la maison, Margot et Jonah regardent la télé, je m'attendais suite à ton SMS à ce que tes contractions soient plus fortes que cela.
Mais je comprends peu de temps après que tu attends... tu attends Joelle.
Je te suggère de l'appeler...
Elle n'est toujours pas partie chez l'autre maman.
Nous entrons dans un débat tous les quatre, Xavier n'est pas d'accord avec cette histoire « d'attendre », il te dit que tu dois te fier à tes sensations : Dirais-tu à Joelle de venir tout de suite si elle n'était pas dans l'attente de nouvelles de cette autre femme ? La réponse est OUI. Il te dit alors « hé bien dis lui de venir ».
Je vois bien que tu hésites, tu as probablement envie que tout se goupille le mieux possible pour toi, Joelle et l'autre maman.
Je vois clairement aussi que tu te mets en veille dans ton travail, c'est évident.
Tu me dis d'ailleurs toi-même que tes contractions sont moins fortes qu'en début d'après-midi.
Alors je te dis qu'à un moment il va falloir que tu penses à « ta peau d'abord », parce que si Joelle part maintenant chez l'autre, ça veut dire qu'elle n'est pas là avant dans 4-5 heures dans le meilleur des cas... Te sens tu capable d'attendre tout ce temps ?
Tu ne sais plus...
Tu montes prendre un bain avec l'aide de Joachim.
J'envoie pendant ce temps un mail à Joelle, car je sais que tu n'oses pas, car je sais que tu n'attends qu'elle pour démarrer franchement, car je vois bien que toi et Joachim aimeriez bien que Joelle soit partie vers ici... il va falloir qu'elle parte là, je le sens... alors je lui envoie ce mail en lui demandant si elle est toujours chez elle... elle me dit que oui et me demande quelles sont les nouvelles...Je lui donne alors mes impressions : Tu l'attends clairement, tu n'oses pas encore te lâcher tant que tu ne la sens pas disponible.
Elle me répond
quelques minutes plus tard, me demandant si je confirme mes
impressions. Je confirme (en espérant très fort ne pas
me tromper, c'est vraiment de l'intuition pure, rien de plus !), elle
me charge alors de t'informer qu'elle part dans 15 minutes, elle
prévient l'autre maman !
Pour la première fois, elle
s'envole vers une naissance sans que ce soit la maman qui lui demande
de partir ! :-o
Su-per !!!
Nous échangeons
quelques mails, aussi ravies l'une que l'autre, et nous nous écrivons
toutes les deux qu'il y en aura certainement pour la nuit, que ce
sera long (nous avons eu tout faux sur ce coup là !!).
Je
lui dis que je suis contente de vivre une naissance à ses
côtés...
Le programme de la soirée
s'annonce... réjouissant !
Xavier et moi installons donc
Marius et Lubin dans notre chambre, je dormirai avec Joelle dans la
leur si besoin.
J'attends avec impatience que tu sortes de la salle de bain, et je t'annonce avec un grand sourire que Joelle est partie !!!
Je lis le soulagement dans vos yeux à tous les deux, ça y'est, tu peux oser te lâcher davantage.
Nous couchons les enfants, et lorsque je redescends tu es accrochée au coup de Joachim, tu souffles lorsque les contractions te prennent... Oh oui, c'est bel et bien parti !
Puis je m'approche de toi, car Joachim est parti endormir Jonah. Tu me laisses cette place que je ne quitterais pas jusque tard dans le travail.
Nous sommes dans
la cuisine, je te caresse le bras en te murmurant que ça
y'est, nous y sommes !! C'est chouette !
Ecoute le vent comme il
souffle fort dans la cheminée... :-)
Tu grimaces. Je
te propose alors d'appuyer avec mes pouces dans le bas de ton dos, et
yeahhhh, ça te soulage immédiatement ! Trop forte !!
Cet enseignement, je l'ai reçu de Joelle, lors de mes
enfantements... Je me souviens de l'étau qui se desserre
lorsqu'elle place ses doigts de fée sur ces points
mystérieux...
Je te regarde,
je te touche, et là tu ne peux guère imaginer à
quel point je ressens ce que tu traverses. J'ai l'impression de
savoir exactement où tu as mal, ce dont tu peux avoir envie,
ou pas, ce qui se passe en toi.
Je sens les contractions monter
en moi, redescendre.
Je souffle, je vis.
C'est tellement frais dans mon corps encore...
Je ne dîne pas non plus, pas faim... !
Je suis contente de te voir évoluer dans la cuisine, dans la pièce de vie. C'est la preuve que tu te sens bien dans notre maison, c'est tout ce qui m'importait, que tu te sentes ici comme chez toi.
Et pourtant Xavier est là lui aussi, même s'il se fait discret. Mais tu sembles vraiment à l'aise. Peut-être parce que tu sais que nous avons vécu la même chose à deux reprises ici même. La pudeur est certainement moindre.
Joachim gonfle le ballon que vous avez apporté... tu t'y installes pendant quelques minutes, mais il ne t'est pas vraiment confortable, tu grimaces, tu le lèves et laisses rouler le ballon...
Je souffle avec toi lors des contractions, je trouve que tu es très sereine, très calme, tes gestes sont lents, amples, je te sens ouverte, prête à accueillir ces contractions sans aucune appréhension visible.
Je te dis d'ailleurs que tu fait déjà un sacré boulot, toi qui avait peur de ne pas réussir à supporter la douleur, tu surfes sur la vague avec une facilité déconcertante.
Joachim revient. Je lui montre où j'appuie avec mes pouces, il fait une tentative (booof ! LOL), finalement tu te suspends à son cou, et je reste avec mes pouces dans le bas de ton dos.
Je lui suggère de manger un peu s'il a faim car ensuite tu auras davantage besoin de lui.
Il réchauffe un reste de raclette, commence à manger, mais toi, tu souffles de plus en plus fort...
Je retrouverai l'assiette à peine entamée, après la naissance !
Joachim nous rejoint donc, je vous laisse quelques instants. Ensuite, peut-être vais-je faire un petit coucou aux copines du forum, je ne sais plus...
Et je reviens
placer mes pouces. Je te demande si tu veux des lingettes chaudes sur
ton ventre, tu me dis que non, tu préfères les garder
pour après, quand la douleur sera plus forte. Oui, parce
qu'après, il ne restera plus « rien » si
les pouces et les lingettes sont utilisées.
Zéro
jocker.
Savoir qu'il reste encore une possibilité de
soulager la douleur est rassurant.
Puis tu entres dans la chambre que tu ne quitteras plus. Ah, les choses sérieuses arrivent on dirait !
Je vous accompagne, vous restez debout pendant quelques minutes, enlacés, dans un mouvement unique de balancier, vous vocalisez au plus fort de la contraction... au bout de quelques minutes tu t'asseois sur le clic-clac, Joachim se place derrière toi je crois.
Joachim me donne les lingettes, je m'occupe de faire chauffer de l'eau, ce sera mon « travail » jusqu'à la fin ou presque.
A chaque contraction j'applique la lingette sur le bas de ton ventre, je te demande si ça te fait du bien, si ça t'agace, si tu veux que je parte ou que je laisse tomber les lingettes. Tu me fais signe que non.
Nous en sommes
là tous les trois quand j'entends la porte s'ouvrir...
Aaaaahhhh !!
Voici Joelle, tu es contente qu'elle arrive. Moi
aussi.
Nous sommes au complet pour la fête !
Je l'entends qui embrasse Xavier... et ils se mettent à parler des pommes de terre qu'il lui avait donné la veille par mon intermédiaire !!
Ah ces deux là !
Ils font la paire !!
Je te murmure que Joelle parle toujours jardin avec Xavier quand elle entre ici, que ce soit à l'occasion d'une naissance ou pas, ils sont incorrigibles, et tu as le droit de rouspéter et de dire à Joelle de s'occuper de toi ! Ça te fait sourire !
Tu es déjà « partie », tu ne parles plus, juste un mot de temps à autre.
Nous nous taisons, je souris intérieurement en entendant Joelle parler avec Xavier, je sais qu'elle sait que nous « gérons » la situation et qu'il n'y a pas urgence. De mon côté, c'est bon d'entendre sa voix...
Je l'entends demander à Xavier où nous sommes installés, elle arrive sur le pas de la porte, gracieuse et lumineuse...
(elle a surement un contrat avec le soleil...)
Elle s'accroupit
(je suis accroupie également avec mes lingettes !), m'embrasse
de façon appuyée, vous salue toi et Joachim en vous
disant quelques mots...
Entre deux contractions tu lui murmures
que tu es contente qu'elle soit arrivée...
Elle jette un
oeil rapide à « la situation » en nous
observant tous les trois, en te regardant silencieusement, et ajoute
après quelques secondes d'observation : « Bon, hé
bien je vous laisse alors »... et elle sort se laver les
mains dans la cuisine.
Oui, nous sommes déjà entrés
dans la danse, tous les 3 et le bébé... elle prendra sa
place dans quelques minutes. Je le vois comme ça...
A partir de ce
moment là, nous sommes elle et moi un peu dans le « je
sais que tu sais que je sais » réciproque !
Puis
elle revient à nos côtés, et nous parlons alors
d'installer le matelas gonflable que vous avez apportés.
Joachim sort le matelas, puis retourne auprès de toi. Je rejoins Xavier et Joelle dans le séjour, Xavier se charge de gonfler le matelas. L'ambiance est à la bonne humeur, nous sommes tous heureux de nous retrouver ensemble autour de toi, autour de la naissance de votre bébé...
Joelle et moi faisons des aller-retours entre la chambre et le séjour. J'informe les copines du forum.
Puis avec Joelle je transporte le matelas gonflé dans la chambre. Comme il n'y a pas assez de place pour le placer par terre, nous plions donc le clic-clac en version « canapé », et plaçons le matelas au pied du clic-clac. Et quelques alèses jetables dessus.
Toi tu es toujours assise sur ce canapé, ton dos se fait de plus en plus rond, ta tête se penche, tu commence à fatiguer.
Puis je retourne dans la cuisine avec Joelle, et Xavier nous demande si nous voulons une tisane aux plantes. Oui. Il nous prépare donc une bonne tisane qu'il laisse sur la table. Plus tard je découvrirai qu'il nous a laissé également une tablette de chocolat noir entamée sur la table de la cuisine.
Discret mais attentionné...
Puis nous te
rejoignons. Joelle toujours « observatrice »,
assise par terre à coté de moi... elle me caresse dans
le dos... Un regard... Et oui, nous y voilà...nous sommes au
bout du chemin. Nul besoin de se parler, nous nous devinons. Un peu
commes des soeurs jumelles dans la danse d'un soir où l'une ne
bouge pas sans l'autre...
Une première fois nous deux
ensemble de l'autre côté... c'est très fort.
Le
décor est planté, reste à se délecter...
Je vous regarde
(J'observerai la scène plusieurs fois au cours de la soirée,
comme pour savourer le bonheur du moment... ), je vous trouve beaux
tous les deux.
Si ce n'est tes grimaces silencieuses de temps à
autre, on dirait deux amoureux enlacés sur le banc d'un
square... Joelle et moi sommes les passantes, observatrices de la
beauté du tableau.
Tout à
coup Margot apparait sur le seuil de la porte. Elle semble un peu
inquiète. Joelle la rassure en lui disant que le bébé
de sa maman va naitre cette nuit et que nous sommes à ses
côtés. Qu'Aurèle et Azélie sont nés
ici, et qu'elle était là aussi.
Et que les bébés
naissent quand les enfants dorment ! :-)
Je lui propose de la raccompagner dans son lit, elle est d'accord. Je la prends dans mes bras. Sa chambre est à 2 mètres de celle où nous sommes. Tous près.
Elle s'allonge.
A sa demande je l'enveloppe soigneusement de sa couette, je lui fais
quelques caresses en lui disant que son petit frère va arriver
cette nuit.
Je la sens inquiète, elle me regarde.
« Tu
as vu, ta maman a un peu mal, elle est un peu fatiguée aussi,
c'est normal, tu sais. La venue de ton petit frère dans votre
famille est quelque chose de très important, non ? (elle opine
de la tête) il est donc normal qu'il mette un peu de temps pour
arriver. Et comme c'est un événement très
important pour ta maman, c'est normal qu'elle le sente dans son
corps, il ne va pas venir d'un coup comme ça tu sais. Mais je
t'assure que tout va bien, que ta maman et ton papa son heureux, et
puis Joelle est là pour vérifier que ta maman et le
bébé se portent bien. Quand Aurèle et Azélie
sont sortis de mon ventre, c'était pareil. »
Je
termine en lui disant qu'il faut qu'elle dorme maintenant, Joelle a
dit que les bébés naissaient quand les enfants
dormaient !
Elle me demande quand est ce que le bébé va arriver. Je lui dis que je ne sais pas mais que je suis presque certaine que quand elle va se lever pour le petit déjeuner son petit frère sera là. « Tu te rends compte, Margot, c'est super hein, il est presque là ! »
Et là un grand sourire de sa part !
Je suis émue, mes yeux se brouillent. Je lui dépose un bisou en lui caressant les cheveux et je lui demande si je peux la laisser. Elle me fait signe que oui. Et s'endort.
Quand je reviens, nous te proposons de te mettre à genoux sur le matelas, la position assise ne t'est pas très confortable...
Joachim reste assis sur le canapé et tu t'enfouis dans sa poitrine.
La danse entame
un autre mouvement : Joelle qui jusqu'alors suivait le mouvement,
plutôt observatrice toute proche, tous les sens en alerte, se
retrouve « avec nous ». Elle s'asseoit tout
près de moi, nous sommes toutes les deux assises en « chien
de fusil » derrière toi.
Nous sommes quatre à
présent dans ce corps à corps vers la naissance. Tu ne
fais qu'un avec Joachim, je ne fais qu'une avec Joelle.
Deux couples face à face... le vent danse... et nous avec !
Nous ne nous parlerons pas
Nous oublierons nos
voix
Nous nous dirons en silence
L'essentiel et
l'importance
Utilisons nos regards
Pour comprendre et savoir
Et
le goût de notre peau
Plus loquace que des mots
Nos bras
ne tricheront pas
Nos mains ne mentiront pas
Mais surtout, ne
parlons pas
Je savoure
l'instant présent... Cette scène me fait penser à
une scène d'amour. Nous nous mouvons doucement, lentement, en
essayant de ne pas te déranger. Tes mouvements sont toujours
amples et lents, élégants, féminins. Nous sommes
accordés.... tous les quatre ici, presques collés les
uns aux autres...
J'ai moi aussi tous mes sens en éveil...
je ressents ces ondes qui passent de l'une à l'autre... comme
si nous nous fondions... à distance...
Nous percevons tous le moindre mouvement de l'autre, le moindre geste...parce que nous sommes tous « dedans », captés et captivés, happés par cette bulle qui semble constituer à ce moment là le monde entier.
Joelle me chuchote que nous devrons faire attention à ne pas trop bouger car le matelas va « tanguer » et tu ne vas pas aimer !
D'ailleurs, plus tard dans le travail, tu nous a dit deux ou trois fois : « J'aime pas quand ça tangue » !!
Joelle a placé
ses pouces dans le bas de ton dos, elle devient actrice et passe
« devant »... moi je retourne à mon
« poste des lingettes »... : je vérifie
que l'eau soit bien chaude avant chaque contraction, j'ajoute un peu
d'eau bouillante si besoin, pour ajuster la température, je
prends une lingette que j'étreins quand je vois que la
contraction arrive, et je place la lingette sur ton ventre. Souvent
tu places ta main sur la mienne.
Joachim est très présent
avec toi... il parle peu, t'encourage par ses gestes. Il est rassuré
depuis que Joelle est là...
Nous formons une belle équipe !
Bon, j'ai bien quelques « ratés », ces quelques fois où, chuchotant avec Joelle, distraite je m'aperçois trop tard que l'eau n'est pas assez chaude alors que la contraction commence. Pfff... il faut que je me concentre davantange !
Puis nous voyons apparaître Marius et Lubin dans l'embrasure de la porte ! Rho ces deux là !
Ils ont juste
envie de voir Joelle, ils savaient avant de se coucher qu'elle était
en route. Ils entrent pour recevoir un bisou de sa part, et nous
observent quelques secondes.
Ils ne ressentent aucune inquiétude
bien au contraire, c'est une situation presque « banale »
pour eux qui l'ont déjà vécu deux fois !
Un bébé va arriver dans la nuit, ils sont contents, et sont contents de voir Joelle. C'est aussi simple que cela !
Je les accompagne dans le salon (Ils seraient bien restés avec nous sinon, c'est certain !) et je demande à Xavier de les remonter dans leur chambre. Je m'étonne de voir Xavier en train de lire dans le canapé, j'ai l'impression qu'il est très tard déjà. Mais non, seulement 21h20 !
Je reviens avec vous...
Nous sommes dans la prénombre, Joachim a pris soin d'allumer juste une petite lampe que Xavier lui a apporté en début de travail.
Six enfants dorment,
Le vent tourbillonne dans la cheminée,
Un bébé est en train de naitre,
Dans le silence.
Toi qui avais peur de ne pas savoir supporter cette douleur, tu gémis à peine, tu souffles quand arrivent les contractions, te faisant l'écho du vent. Pas un cri jusqu'à la fin.
Je suis époustouflée.
Les souvenirs de nos échanges à propos de cette peur de la douleur remontent...
Je souris en te regardant et je te dis que tu fais du beau travail. Je le pense sincèrement quand je te vois souffler si doucement, si calmement. Tu sembles si sereine. Tout semble presque facile pour toi.
Nous n'avons rien à faire qu'à être auprès de toi...
A un moment tu as envie de vomir, Joelle dit que c'est bon signe (Elle m'explique pourquoi, le bébé qui se place dans le bassin ou un truc dans le style). Je vais chercher un récipient dans la cuisine... Mais rien...
Du coup il servira pour le placenta !
Joelle s'absente quelques instants, nous sommes tous les trois et tout à coup dans le silence de la nuit j'entends un drôle de bruit qui me fait sursauter et splashhhh, de l'eau s'écoule brusquement ! J'appelle Joelle, elle arrive et je lui dis que tu as rompu. J'ai le coeur qui s'est affolé un peu, même si j'ai très vite compris de quoi il s'agissait dans la demi-seconde suivante.
Joelle répond « supeeeeeeeeer » ! (C'est chouette, à chaque fois qu'il y a quelque chose de nouveau elle dit que c'est une bonne nouvelle !!). Elle me demande quelle heure il est (réflexe de professionnelle !), je vais voir dans la cuisine, 21h55.
La poche venant de rompre, elle vérifie alors les battements du coeur du bébé. Quelques secondes d'écoute, tout va bien.
Puis quelque temps après elle entend que tu pousses un peu en fin de contraction. Oui, j'ai entendu aussi.
Elle me montre dans le bas de ton dos comment le bassin s'ouvre à chaque contraction, c'est chouette, j'apprends plein de choses !
Maintenant, c'est moi qui « suit » Joelle dans les mouvements de cette danse menée par toi uniquement.
Tu bouges un peu, tu ne sais plus comment te mettre, et toujours aucun cri qui ne s'échappe de ta bouche, tu gémis en silence...
Joelle te dit que ton bébé est là, tout près, qu'il peut venir quand TU l'auras décidé.
Et c'est ce genre de situation, ce genre de phrase, qui rendent l'accouchement à domicile absolument merveilleux. Nous sommes dans les hautes sphères du respect de l'être humain et du processus de la naissance... :-))
Tu n'as presque plus de contractions, l'utérus a fait son travail...
Tu t'allonges sur le dos. Tu es fatiguée. Tu dis que tu ne vas pas y arriver, que tu as peur.
Joelle t'invite à formuler tes peurs que nous tous ici connaissons ... tu as peur que ça déchire, peur qu'il te fasse trop mal ce « gros » bébé annoncé, peur de ne pas réussir à le laisser franchir le passage tout simplement.
Tu demandes si tu dois pousser. Joelle te répond que non, ton bébé sortira quand vous serez prêts, ici personne ne va te dire de « pousser ». Elle écoute le coeur de ton bébé pour voir s'il supporte la position allongée sur le dos, il va bien, elle te dit alors que tu as tout ton temps, tu peux prendre deux heures, trois heures, le temps que tu voudras, mais ton bébé est là tout près.
Tu en es là où tu n'es jamais allée pour Margot et Jonah. Toute seule, tu es arrivée là toute seule.
Joelle me murmure que c'est normal, que c'est ton premier sans péridurale, et qu'il va falloir que tu te décides à faire le grand saut, que ça peut prendre du temps.
Je laisse couler quelques larmes, je n'en reviens tout simplement pas. Quelle force t'a poussée jusque là ? Avec autant de facilité...
Joelle et moi sommes assises l'une contre l'autre, juste à coté de toi. Elle te prend la main de temps en temps. Me revient à la mémoire cette belle image ou Joachim te prend la main, et Joelle te tient l'autre main. Tels deux phares dans la tempête...Je ne vais pas prendre de photo, mais que c'est beau. Je te caresse de temps en temps la jambe. Nos regards se croisent parfois.
Il n'y a rien à dire, juste attendre.
Puis tu renouvelles tes peurs. Joelle te dit que tu peux t'habituer à la sensation du bébé qui appuie sur le périnée, en le laissant avancer un tout petit peu plus à chaque contraction. « Tu vas t'apercevoir que tu peux gérer, qu'il va remonter entre chaque contraction... Habitue toi, prends le temps de t'habituer ».
Ces mots font leur effet. Tu t'autorises alors à laisser avancer un peu plus ton bébé, quelques millimètres de plus à chaque contraction...
Nous restons ainsi tous contre toi, toi allongée sur le dos à attendre sans contraction, pendant presque une heure. Tu reprends ton souffle. Pause nécessaire avant « le grand saut ».
J'ai l'impression que tu réfléchis parfois, que tu te dis « il va bien falloir que j'y aille à un moment ou un autre ! », mais que tu n'oses pas encore.
Puis Joelle te propose de te mettre à genoux si tu te sens prête. Nous t'aidons à te redresser.
Et alors tout va très vite.
Pendant quelques contractions nous apercevons simplement ton périnée qui se gonfle sous la pression de la tête qui vient s'appuyer. C'est très subtil... Joelle me montre mais seule, je pense que je n'aurais pas vu.
Joelle ouvre sa
boite métallique qui porte l'inscription « bistouris »...cette
boite, je m'en souviens, elle m'avait quelque peu « effrayée »
lors de la naissance d'Azélie lorsque je l'avais aperçue
sur la table du salon ! J'avais très vite compris qu'elle ne
faisait que l'ouvrir !
Et que la paire de ciseaux qui s'y trouve
est utilisée pour couper... le cordon ombilical... Bien plus
tard ! ;-)
Joachim est curieux de savoir si « on voit la tête ». Non pas encore, elle est là derrière, nous la devinons, mais rien de visible.
Joelle te dit que tu fait un beau travail, tout en délicatesse. C'est vrai, je te trouve gracieuse moi aussi. On dirait une danseuse.
Puis quelques centimètres de cheveux apparaissent !! Des cheveux tout noirs... Je ne dis rien pour te laisser découvrir mais je repense à tes paroles de la veille... : Et non , ils ne sont pas roux ! ;-)
Le visage de Joachim s'illumine : « ça y'est, vous voyez la tête ? » (de sa place il ne voit pas... j'hésite à ce moment à lui proposer de prendre sa place pour qu'il prenne la mienne car je le sens très curieux, mais je me ravise : tu as davantage besoin de lui tout près de toi plutôt qu'en observateur). Joelle lui propose de toucher. Il touche, et trouve que c'est mou !
Joelle lui répond : « Heureusement pour Sophie que c'est un peu mou quand même ! »
Une autre contraction arrive, davantage de cheveux sortent... Je crois qu'à partir de ce moment, j'ai cessé de respirer...
En voyant son front, j'attrape Joelle par le pantalon, ou la cuisse, enfin je ne sais plus trop, mais je m'accroche à elle, je la touche comme pour me raccrocher à la Terre (c'est le cas de le dire ! ). Nous sommes dans un « autre monde ». Je touche au divin. Je n'en crois pas mes yeux...
Et toi, toujours aussi gracieuse, qui ne pousse pas un cri.
Rien, tu ne dis rien.
Nous non plus.
Il est fabuleux ce silence.
Vient la pause... le front de ton bébé reste apparent, dans l'attente de la contraction suivante.
Je reprend mon
souffle, tout doucement de peur de faire du bruit, je lâche
Joelle... Je retiens quelques sanglots en me disant que ce n'est pas
à moi de pleurer...
Ton bébé est en train de
passer « de l'autre côté »,
instant du cycle qui est en train de s 'achever.
Le temps
s'est arrêté.
Nouvelle contraction, le front termine de sortir, puis les yeux - je ré-arrête de respirer en me ré-accrochant au pantalon de Joelle !!-... et je pousse avec toi...
le nez,
la bouche,
le menton.
Stop.
Il nous fait face ce petit bonhomme. Il est là,
il ferme les yeux.
Je trouve qu'il ressemble à Jonah mais je ne dis rien !
Je me suspends à l'instant présent.
Instant de l'entre-deux.
Lui est en attente... en attente de vivre...
Silence.
Si Dieu existe il est forcément là, avec nous !
Car ce qui est
en train de se passer là, ce n'est pas simplement une belle et
douce naissance, ce qui est en train de se passer là, c'est
l'improbable qui se réalise, c'est le dénouement d'une
douce folie, c'est la réponse à une perche non-tendue,
c'est l'aboutissement d'un cheminement de plusieurs années.
Et
dire que nous sommes ici, tous les quatre, alors que vous venez juste
d'arriver chez nous !
Qui de nous y croyait réellement ?
Comme des électrons libres qui par je ne sais quel mystère se retrouvent à moment donné réunis à la croisée des chemins.
Et ce petit qui débarque là...
Et moi qui suis là... « J'y étais » !
Qu'est ce que je fais ici ?
Nous te disons que la tête est sortie entièrement ! Et Joelle te dit que la prochaine fois tu vas pouvoir pousser pour sortir ton bébé entièrement.
Puis ton petit fait un bruit bizarre avec la bouche. Joelle en déduit qu'il a peut-être envie de respirer, elle l'aide donc un peu à sortir...
Il sort accompagné d'un flot de liquide. Tu te demandes d'ailleurs ce qui coule comme ça.
Il se pose sur le sol...
Tout seul... j'ai vu de mes yeux vu qu'un bébé, ça sort tout seul...
Le mode « pause » refait place au mode « lecture » : Je reprends ma respiration, je lâche Joelle, Joachim se met à rire, ses yeux brillent, il n'en revient pas non plus. Qu'est ce qu'il est heureux lui aussi !
Toi tu ne bouges pas, Joachim t'aide à passer ton bébé entre tes jambes, tu commences à parler, à rire, tu le trouves beau...
Jouissance...
Joelle me demande l'heure qu'il est (ah oui, l'heure, je n'aurais jamais pensé à regarder de moi-même !), je vais voir dans la cuisine, le four indique 23h06. Je le garde dans un coin de ma tête, cela ne sert à rien de troubler l'équilibre avec ce genre de détail...!
Quelques minutes
plus tard, Joachim sort le portable de sa poche et nous dit : « il
est 23h11 » ! J'ai comme l'impression qu'il était
sorti de la réalité lui aussi et qu'il fait sa
réapparition sur Terre après un « blanc »
de 5 minutes !
Puis tu t'allonges en formulant tout ton
bonheur. Joachim se place auprès de ta tête et vous
admirez votre bébé caché sous la serviette.
Joelle vous demande comment s'appelle ce petit garçon... Noam !
Je prends soin d'observer la lumière... force est de constater que ce n'est pas moi qui viens d'enfanter...
Quelques minutes plus tard Joelle te demande si tu veux laisser sortir ton placenta, tu te sentiras certainement mieux après. Ta réponse est un « Non pas tout de suite » catégorique ! Nous rions, j'ajoute que ce n'est pas maintenant que l'on va te dire ce que tu dois faire !
Quelques minutes
plus tard tu as envie de te délivrer de cette poche de vie.
Moi j'adore, je vois tout ce que je n'ai pas vu lorsque c'était
moi l'actrice.
Votre placenta est bien entier. Je tends le
récipient dans lequel Joelle le dépose.
Observatrice, je
constate ce que je savais déjà : du début à
la fin Joelle travaille les mains nues.
Pas un gant.
Un contact
direct, chair à chair... pour des sensations parfaites, sans
écran.
Nous sommes dans le « vrai »,
le « brut »...
Et c'est beau, des mains
nues...
Nous replaçons quelques alèses propres sous toi, nous nous regardons. Joelle quitte la pièce. Avant de vous laisser seuls je m'approche de ta tête (désolée ça tangue encore sur le matelas !) pour voir la frimousse de ce petit que je n'ai pas encore vu respirer.
Je te caresse
les cheveux en pleurant et en te félicitant, quel travail tu
as fait !
Je suis tellement heureuse pour vous...
Puis je sors de la pièce. Je vais me laver les mains moi aussi...
Joelle m'aperçois, vient vers moi en m'accueillant de ses bras ouverts. Je fonds dans ses bras. Et je pleure...
Nous nous enlaçons longuement en nous caressant dans un doux balancement.
Front contre front, on s'embrasse, on frissonne... Ses yeux brillent d'émotion...
Ces
étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
...
Ces
choses au fond de nous qui nous font veiller tard
Nous savons
pourquoi nous sommes ici maintenant !
Le temps a presque
repris son cours normal. La tempête est passée.
C'était donc ça, la fin de l'histoire ? :-)))
« C'était la première fois que tu assistais à une naissance... » Je lui réponds en riant les yeux plein de larmes que c'était aussi certainement ma dernière.
Mais quelle première fois !!!!
Nous sommes sur notre nuage nous aussi, heureuses pour toi, heureuses de nous retrouver toutes les deux autour de vous.
Nous venons vous voir de temps en temps, nous grignotons quelques carrés de chocolat dans la cuisine.
Je passe informer les copines du forum de l'événement, et je ris en les voyant trépigner d'impatience !
Puis nous t'installons confortablement dans le clic-clac.
Joelle en profite pour examiner Noam, elle écoute son coeur, vérifie ses réflexes.
Puis elle le pèse ! Je crois que nous sommes tous curieux de savoir combien pèse ce beau bébé !
4,550 kgs !!! et environ 55 cm !
Quelle histoire là aussi... toi qui avait peur de ne pas être capable de laisser passer de « gros bébé », c'est le plus gros des trois ! Une belle victoire !
« Mère poule » attentionnée comme je la connais, Joelle t'apporte un fruit coupé en morceaux pour te requinquer un peu, accompagnés d'une tisane il me semble.
Nous vous laissons, Joelle emporte le placenta dans la cuisine, et à l'aide d'une seringue prélève un peu de sang dans une des veines de ton placenta. L'échantillon sera analysé au labo le lendemain, nécessité due à ton groupe sanguin de rhésus négatif.
Puis nous nous installons dans le séjour, elle remplit le carnet de santé de Noam, le certificat pour la mairie, le compte-rendu d'accouchement etc. Je m'asseois à côté d'elle, je n'en perds pas une miette !
Je joue à l'assistante sage-femme ! : elle me redemande à quelle heure tu as rompue, à quelle heure a eu lieu la naissance puisque c'est moi qui était chargée de retenir ces deux informations, elle hésite sur la formulation pour le lieu de la naissance sur le carnet de santé de Noam, finalement ce sera « à la maison » avec notre adresse !
En même temps je jette un oeil sur les discussions du forum, puis Joelle fouine sur internet pour trouver une info par rapport à ton rhésus négatif. Nous feuilletons un bouquin, la vie normale quoi ! Pendant ce temps vous savourez l'instant présent tous les trois.
Nous discutons encore un peu, nous allons te voir... Accroupies près de toi, mes larmes se remettent à couler (décidément !), Joelle me prend la main...
Vers deux heures elle commence à rassembler ses affaires pour partir, c'est à ce moment là que son portable se met à sonner, un SMS de l'autre maman !
Elle va vous saluer, toi, Joachim et Noam. Elle revient, nous nous enlaçons longuement une dernière fois, je lui dis que je suis contente ! Elle me prend le visage entre ses mains, nous parlons de nous retrouver à l'occasion de mon cadeau de Noël dans quelques semaines...
***
Alors voilà...
Pour tout ce que tu m'as fait vivre pendant ces longs mois (je n'en avais même pas marre de tes mails ! ;-p ), pour tout ce que tu m'as permis de vivre ces deux jours là, et la semaine qui a suivi, je te remercie infiniment, ainsi que Joachim... discret mais tellement présent lui aussi.
Quel cadeau... c'est immense...
J'ai « pris » tout ce que je pouvais prendre ce soir là : les odeurs, les regards, les images, les peau-à-peau... j'ai pris conscience du cadeau, et je l'ai savouré...
Ce soir là, la magie a opéré de mon côté parce que c'était l'aboutissement d'une histoire partagée, parce que c'était ici, dans la pièce où est né Aurèle, parce que tu m'as bluffée en donnant naissance à ton bébé dans un calme absolu, sans un cri, juste avec quelques soupirs, quelques souffles, à peine un gémissement, toi qui évoquait souvent cette peur de ne pas supporter la douleur jusqu'au bout. Parce que c'était Joelle la sage-femme (cela n'aurait pas eu la même saveur pour moi si je n'avais pas connu ta sage-femme. Nous nous connaissons parfaitement, dans nos corps et dans nos âmes, la danse n'en fut que plus harmonieuse).
Parce que c'était nous trois, trois femmes, pour une troisième naissance dans notre maison.
C'était
des ailes et des rêves en partage
C'était des hivers
et jamais le froid
C'était des grands ciels épuisés
d'orages
C'était des paix que l'on ne signait pas
J'ai
vu des bateaux, des fleurs, des rois
Des matins si beaux, j'en ai
cueilli parfois
En passant
Dans cette maison il y aura pour moi... un 31 décembre-31décembre, un 16 novembre-devant un feu de cheminée et un 2 décembre-dans le vent :-))))
Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit là, trop d'étoiles dans la tête !
Lundi matin, réveil matinal cependant, la vie suit son cours pour notre famille, nos garçons vont à l'école. Je les accompagne, je dois avoir une drôle de tête avec deux ou trois heures de sommeil et un grand sourire qui ne me quitte pas !
Le reste de la semaine s'écoule paisiblement, chacun a pris ses marques rapidement. Le secret de la réussite de cette semaine de vie commune fut que jamais vous ne vous êtes pris pour des invités, vous vous sentiez chez vous, vous étiez chez vous, et nous aussi !
Maï est passée vous voir, toi et Noam, tous les jours jusqu'au jeudi, prenant soin de vous... la belle vie !
Joachim ira
déclarer la naissance de son petit le mardi après-midi
à la mairie de notre village. Le maire fut quelque peu surpris
lorsque la secrétaire lui a demandé de passer pour
signer un acte de naissance qui avait encore eu lieu au « 1,
rue des p. » !!
Voilà, c'est un peu long et
cela ne reflète pas tout ce que nous avons vécu comme
émotions tous les quatre ce soir là...
Comme dit Joelle, le reste, « c'est notre trésor » ;-)
...
Dors,
bébé, dors
Bébé, dors, il pleut
dehors
Dors encore
Il
n'est pas tout à fait demain
Rien ne presse ce matin
Il
nous reste quelques heures
De quiètude et de tièdeurs
Et
moi, j'écoute les bruits de vos silences
Dans notre ilôt
de chaleur et de confiance
Quand le soleil sera là, vous
partirez
Parce que c'est comme ça
Anne-Sophie,
décembre 2007/janvier 2008
Commentaires
J'avais pleuré la première fois que je l ai lu... Beaucoup de chose avaient fait écho en moi et la je pleure à nouveau...
C'est une véritable histoire d'Amour(s) que vous nous offrez la, c'est magnifique, merci !
Laetitia la larmoyeuse
ouais c'est beauuuuuuuu!!bin moi çà me donne envie de faire le récit de ta petite laetitia....
ohlala oui ça me ferait plaisir ça Marie..........
quel merveilleux souvenirs ce serait pour nous et pour elle plus tard !
bises
C'est drôle
Moi aussi ça m'a fait pensé que ce serait bien d'avoir le récit de Marie!
Les grands esprits se rencontrent!
D'avoir plusieurs vues de l'évènement donne une autre dimension, c'est vraiment intéressant!
De vivre l'enfantement de l'autre côté, en tant qu'accompagnante comme toi Anne-So et toi Marie, a l'air d'être une expérience formidable!
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