19 décembre 2007
Témoignage de Marie: la naissance de Lhassa
Naissance de Lhassa le 30-11-2005
A 5h le petit matin, tu te mets en mouvement, toi ou l’utérus…les contractions commencent je vais prendre un bain pour me détendre. Pierre est à mes côtés, je suis confiante et songe que cela peut être rapide…Pourquoi ?? Car les contractions sont déjà très proches les unes des autres, le rythme s’est installé vite, il faut m’y fondre, accepter la patience nécessaire. C’est dur car la douleur est là aussi, au début tapie, légère, elle se renforce peu à peu, la tempête se lève et va éclater ! Je reste longtemps à me tortiller sur le lit cherchant la position qui pourra soulager la douleur de mes reins. Il n’y a rien d’autre que le rythme de la contraction, attendre la montée, gérer, souffler, après son passage attendre la prochaine…
Après un moment près du feu, la poche des eaux se libère, le col est maintenant ouvert pour toi, j’ai mal, de plus en plus fort, il va rester les instants les plus pénibles pour moi, le passage de ta tête, longtemps…
Et puis à 4 pattes suite à une dernière poussée, tu passes ta tête, J. la sage femme me dit de prendre mon temps, mais non je n’en peux plus, je veux que ça se termine et d’un coup te voilà luisante entre mes jambes…Quel soulagement !
J’ai tellement souffert…On se met tous les trois au lit, tu te mets à téter tout de suite mon sein droit, que je te propose selon les conseils de J.
Le cordon est encore tendu entre nous, c’est étrange comme sensation, ça me tiraille un peu…
Après un moment J. me demande si je veux qu’on termine avec le placenta, je n’y pensais même pas…Oui je veux que l’accouchement soit fini, j’ai un peu peur d’avoir à nouveau mal, mais non, J. tire doucement sur le cordon et le placenta vient tout de suite, et voilà, je suis abasourdie, sous le choc de ce que nous venons de vivre….Je ne vais pas m’en remettre tout de suite, et je reste quelques jours à planer, un peu traumatisée quand même par la violence de l’expérience !!
Mais qu’est ce qui s’est passé ?? Pourquoi j’ai eu si mal, cette question va m’accompagner les mois suivants et je vais rester quelques temps dans une certaine incompréhension…
Aujourd’hui où je m’apprête à revivre cette expérience magique, je suis plus confiante, même si je n’ai pensé ne pas « réussir » ou partir à l’hôpital, j’ai longtemps vécu avec appréhension et quasi frayeur l’idée d’une nouvelle naissance. Maintenant je perçois ce qui est si bouleversant, déstabilisant et à la fois plein de tellement d’amour et de joie : C’est que la naissance nous plonge dans l’initiation du paradoxe de la vie, inhérent à toute chose : souffrance et joie, confondues, violence et sérénité… et jamais dans une autre circonstance nous pouvons avoir cette chance de côtoyer de si près cet enseignement là, quelle chance unique et bienfaitrice dans l’apprentissage de la vie…et donc de la mort aussi.
Ce fut une naissance douce et belle pour Lhassa, même si comme J. me l’a dit j’ai vécu « le chaos »et les tourments de sa violence. Je ne pourrais pas envisager un autre lieu aussi propice que l’intimité de mon foyer pour donner le jour à mes autres enfants.
Marie Jean-Bart
18 décembre 2007
Avec qui?
A ce jour il n'y a pas de sage femme accompagnant les accouchements à domicile en Maine-et-Loire.
Par contre il y en a plusieurs en Loire-Atlantique et certaines se déplacent jusqu'en Maine et Loire.
Pour trouver le nom et les coordonnées des sages femmes, il y a un répertoire dont voici le lien:
http://perinatalite.chez-alice.fr/repertoire-praticiens.pdf
Voir aussi ici pour une vue géographique.
Malheureusement elles ne vont pas vers l'est du département car cela ferait trop loin. Dans ce cas il y a la solution d'aller accoucher chez des amis, dans une maison de vacances ou dans un gîte...afin de se rapprocher des sages femmes.
Si l'accouchement à domicile est un projet tenant à coeur, si cela semble correspondre au souhait des futurs parents, si cela apparait comme une évidence, je pense que la pénurie de sages femmes ne doit pas être un obstacle et qu'il faut se donner les moyens pour aller au bout de ce désir besoin. ;-)
Plusieurs témoignages donnent des exemples de déplacement des parents pour la naissance de leur enfant.
Et il y a (veinarde!) des mamans qui ont leur maman sage femme libérale.
Si vous avez d'autres tuyaux, n'hésitez pas à les partager.
17 décembre 2007
Témoignage de Xavier: la naissance d'Azélie
Moments choisis pour Toi, Mamzelle Azélie.
Pour Toi, Anne Sophie, mon Amour.
Cela fait quelques mois qu'Azélie est née.
Elle est toute belle, si souriante.
Il s'est passé du temps.
Ce temps nécessaire, ce temps de gestation qui m'a sans doute permis de t'accueillir, de t'apprivoiser.
Tu as partagé un long moment avec ta maman en son ventre, vous vous êtes fait et refait le film de la naissance, jour après jour.
Ce jeudi 16 novembre, il avait débuté la nuit précédente. Ta maman n'avait pas bien dormi, tu t'amusais à danser dans son ventre, rituel bien huilé pour prévenir d'un débarquement imminent.
Je sentais le coup venir.
Et non, je me réveillai un matin de plus sans progéniture à l'horizon.
Le train - train quotidien s'installait à nouveau.
Et si c'était pour aujourd'hui ? Prévoyant, j'allume un petit feu le midi avant de repartir à l'école. De toute façon, il convenait bien à ta maman.
Tu sais, ta maman, je l'aime vraiment très fort, même quand je ne le lui dis pas.
En classe, je pense un peu à ce qui pouvait arriver… ce soir ?
On avait prévu de terminer quelques travaux le week-end suivant.
C'est comme cela une vie de grands, on n'y est même pas qu'on prévoit déjà.
La soirée arrive, il se passe quelque chose. Les contractions de la nuit précédente reviennent et je crois, d'instinct que je refais ce que j'avais fait pour Aurèle.
C'est plus fort que moi, il faut que je prépare, que je m'active.
Finalement, je sais bien dans mon plus profond que ce pourrait bien être pour très bientôt.
En cette fin d'après-midi, je dois me rendre à Sablé pour une réunion. Je me tâte, je pars, je ne pars pas… Les contractions sont toujours là et vont finalement vite me décider à prendre la bonne décision. Je reste à la maison, bien content.
Un peu plus tard dans la soirée, je me revois avec ta maman lui dire que ce serait bien pour ce soir.
C'est marrant. Comme pour Aurèle nous doutions dans nos discussions, est-ce bien le moment ou non ?
La réponse se trouvait évidemment dans notre façon de passer la soirée. En deux temps trois mouvements, la maison se métamorphose. J'installe la chambre d'amis pour parer à toute éventualité, il ne manque rien et je le fais de façon très précise. Tout est à sa place.
J'avais décrété que tu allais naître dans cette pièce. C'était sans compter sur ta maman, convaincue que ce ne serait pas l'endroit de ta naissance. Nous avions passé un petit moment à se dire où installer ton petit nid.
La soirée avance.
Les lumières de notre maison s'assagissent les unes après les autres, pour n'en laisser que quelques unes allumées, luminosité choisie.
L'ambiance tamisée s'installe. Nous sommes déjà à notre affaire, nous le savons.
Ce devait donc être ce soir là que tu avais choisi de t'aventurer dans notre monde.
Avant cela, nous avions pris un soin tout particulier à accompagner la tribu de tes grands frères au lit. Avec ta maman, nous débordions d'amour à leur égard, tant nous savions qu'une grande joie arriverait tôt ou tard.
Je me souviens avoir serré Aurèle un peu plus fort qu'à l'habitude mesurant la chance que nous avions de vivre tout ce que nous vivions, comme nous le vivons.
Je me souviens avoir embrassé nos deux grands en leur expliquant le scénario possible de cette nuit du 16 novembre.
Ils se délectaient de ces petits moments, étaient prêts à troquer leur chambre pour retrouver notre chambre. Ils étaient emplis d'excitations.
Malgré tout, le coucher fut assez rapide.
Ensuite, chacun de nous s'est affairé à ses petites occupations.
Organisé, lucide et serein, je mets une touche finale aux préparatifs de ta venue au monde du dehors.
Bien sûr, ta maman se voit accoucher partout là où il fait chaud, sauf là où je prépare le nécessaire.
Elle sait bien au fond qu'elle saura se glisser là où elle veut, le moment venu.
En fait, nous n'avons pas besoin de grand chose; un endroit, un peu de protections et du moelleux, nos fameuses lingettes, une bonne dose de courage… et toi.
Je dis à ta maman d'appeler tout de même J, il y a une petite anguille qui a décidé de troubler notre soirée, ça se sentait.
Les contractions étant devenues régulières et plus soutenues, J. s'envole pour Notre dame du Pé au deuxième coup de téléphone, il doit être aux alentours de 22h00.
Ta petite maman envoie un dernier et inévitable petit message via Internet, avant de se vider de tout.
J'en profite pour terminer quelques corrections de cahiers et préparations de classe diverses…
Nous sommes maintenant tout à toi, ma petite Azélie. La cheminée crépite, je l'entretiens, la nuit sera longue, à n'en pas douter.
Anne-Sophie passe un peignoir, se libère de l'extérieur.
Elle rentre alors dans sa bulle, cet espace qu'elle se donne pour célébrer en toute intimité ta naissance. Je sens qu'elle se veut un peu isolée, seule mais rassurée de ma présence tout à côté, ni trop près…
Elle est différente. Les choses ne se déroulent pas de la même façon que pour Aurèle.
Elle se love dans le canapé entre chaque contraction, le peu de lumière terminant de l'envelopper vers la délivrance. Elle reste calme, s'emmitouflant le plus souvent dans son peignoir. Elle est déjà partie, partie à ta rencontre.
J'active, une de mes tâches étant de préparer des lingettes bien chaudes à disposition que ta maman glisse sous son ventre pour atténuer les douleurs devenues intenses et fortes.
Tu n'es pas loin, le travail avance vraiment vite et les contractions sont efficaces.
Tu sais, ta maman a toujours été très active pendant les accouchements de tes frères.
Je la regarde souvent, en silence. Je comprends, je respecte, je suis là.
Le temps n'est pas à l'inquiétude, nous sommes entrés dans la danse avec toi, chacun à sa place, si près de toi.
Elles font mal, ces contractions.
Ta maman les digère, si apaisée et sereine entre deux.
J. arrive. La porte s'ouvre, nous sommes heureux. Je prends le temps de confirmer que nous ne nous sommes pas trompés, les choses se précisent.
Et J. de me répondre "Anne-Sophie, se tromper ?"
Notre ronde s'agrandit, J. s'y lisse sans éclats, délicatement.
Le même silence t'attend, bien que ta maman commence à gronder après ces douleurs de plus en plus rapprochées. Quelques mots un peu gros se font entendre, c'est plutôt bon signe, Anne-Sophie se porte bien.
J. profite d'un moment d'accalmie pour écouter ton cœur battre. Nous voilà rassurés, tu es certes pressé(e) d'arriver, mais tu tiens bon le cap. Tu ne dois pas encore t'imaginer le visage de ta maman… tu la connais déjà si bien de l'intérieur.
Tu sais, elle est aussi belle dedans que dehors.
Je continue de tendre mes lingettes, mais parfois, j'ai un temps de retard.
Distrait que je suis.
J. supplée à ces petits désordres, mais reste juste à côté de notre ronde. Sa sagesse et sa présence nous entourent sûrement et sagement.
Nos regards se croisent, se rassurent et se parlent en silence.
La tête dans l'oreiller, dévêtue et téméraire, ta maman accomplit son œuvre, encaisse la douleur pour accompagner au mieux son bébé vers ses bras.
L'espace t'appartient à toi et à ta maman, notre respiration est pendue à vos lèvres.
J. sait que tout se passe bien, que tu seras là très bientôt et que tes parents sont à la hauteur de l'évènement.
Ni trompettes ni tuyaux, ni pinces ni blouses blanches, les choses ne tardent pas à s'accélérer…
Je prends quelques minutes pour installer matelas et compagnie là, près de la cheminée.
Je te l'avais dit, c'était là que ta maman s'imaginait enfanter.
Les enfants entendent dans leurs rêves notre silence, ponctué des souffrances de leur maman. Ils restent aussi en silence, les yeux fermés mais emplis de notre bonheur, à n'en pas douter !
Un petit bruit discret vient de là-haut.
Notre Marius, un peu dans le gaz fait un passage éclair aux toilettes.
Il veille.
J'y vais quelques instants pour partager avec lui quelques secondes de joie.
Je lui dis que notre quatrième enfant est en partance pour nous rejoindre.
Maman va bien et J. est là.
Ca lui va bien.
Il repart, un sourire au coin de la bouche mais encore tout endormi. Il vient de nous dire qu'il est là, lui aussi, respectueux. Il repart, histoire de nous laisser à notre affaire. Son heure viendra.
A peine ai-je préparé une énième lingette que J. me fait un signe. Tu es là, arrivé si près de l'autre monde.
Ton signe annonciateur est le même pour tous; les cheveux, une fois de plus en nombre.
Déjà ! Je suis surpris, le temps m'échappe et les choses vont très vite.
Ta maman rentre en communion avec toi, tu es là, aux portes de notre vie. Elle te garde encore quelques instants au chaud, mais déjà, ce qui sera l'avant dernière poussée amène ta tête contre sa main.
J. me regarde et me fait ce signe que je n'oublierai pas. Ce bébé est aussi à toi, vas-y.
Instinctivement, tu te glisses, te faufile, tout agile que tu es.
Tout paraît si facile.
Ta maman se libère, te libère. Elle a enlevé sa main comme pour te laisser dans les miennes.
Je suis là, mes deux mains tendues vers toi pour te recevoir.
Ce n'est pas le moment de réaliser, seulement profiter et encore profiter de ce moment qui me réchauffe. Tu es là, tu ne risque pas de tomber, ton papa à deux pattes et quelques larmes retenues dans ses yeux est un costaud, si heureux.
Mon petit être à deux pattes sans plumes ni pleurs repose dans mes mains, toute gluante et visqueuse, reliée à sa maman par le cordon.
Bienvenue.
Je découvre ton sexe, je sais que tu n'es pas un petit garçon, tu dois être Une petite animale à deux pattes et trois cheveux.
En écrivant ces lignes, je te sens à nouveau dans mes mains, je te tiens bien. Mes mains sont à toi. C'est tout bien dans ma tête.
Je ne dis rien à Anne-sophie. Elle me demande si tu es une fille, mon petit clin d'œil semble lui indiquer une partie de la réponse qu'elle attend.
Je veux te remettre dans les bras de ta maman, le cordon nous embête un peu et après un petit tour de passe – passe, ta maman réalise que tu es une petite fille.
Tu as à peine pleuré, tu restes endormie, peu contrariée par ce remue-ménage.
C'était tout calme, pas un seul mot ne sortait de nos bouches.
Je me tenais un peu à l'écart, mais mes yeux étaient rivés sur ta maman.
Elle te berçait doucement dans ces bras, pleurant toute sa joie.
Je vous regardais emplis d'émotion. C'était chouette, beau.
Quel moment !
Petit à petit, le temps repart, je viens tout doucement vers mes femmes.
Nous voulons nous convaincre une dernière fois que tu es bien une petite fille. Nous choisissons ton prénom. Notre choix se porte naturellement vers Azélie, il te va si bien.
Tout a été si vite, mais pas trop tout de même, nous avons pu savourer ces instants, mêlés de douleurs, d'excitations.
Mon petit feu, bien vigoureux, est apprécié de tous. Ta maman l'apprécie beaucoup.
Il est temps pour J. de s'occuper d'Anne-Sophie et de vérifier que tout rentre dans l'ordre.
Je suis là, je regarde, je vais chercher un truc ou un autre, j'immortalise ces instants.
Tout se passe si bien, si doucement.
J. est avec Anne-Sophie, elles font ce qu'elles ont à faire.
Le placenta sort et J. prend soin de le vérifier. Elle sait y faire. Son savoir est grand.
Le placenta est tout de suite placé dans un coin du congélateur, son heure viendra.
C'est à moi que revient le privilège de couper le cordon.
Mais il me semble être autre part.
Je regarde ma fille, il s'est passé tant de choses en si peu de temps.
Toujours peu de mots, nous profitons chacun de ces savoureux moments, … à notre façon.
Certes, je ne suis pas vraiment expressif, gardant bien au chaud toutes mes émotions.
Mais sois certaine, ma petite Azélie, que tout entier j'étais empli de joie. J'étais tout simplement heureux, fier et amoureux de ta maman.
Quelques temps après, nous entendons de petits bruits, là-haut. Nos deux grands garçons arrivent. Marius salue J, Lubin suit le mouvement. Ils découvrent leur petite sœur.
Ils sont installés sur le canapé, mais par pour bien longtemps. Ils occupent l'espace, vont et viennent, tout simplement.
C'est à ce moment que la nuit s'anime.
Tes deux grands frères sont là, souriants, calmes, curieux. Ils te regardent avec retenue, t'observent. Marius, à son habitude est bavard. Lubin est là, assis, plutôt silencieux mais ne manque rien de ce qui se passe.
Aurèle dort, tout sagement, se doutant peut-être que l'animation de la maison fait partie de son rêve.
J. organise les mesures. Marius prend les notes, Lubin donne un coup de main si besoin.. Les discussions vont bon train, Marius n'hésite pas à s'entretenir avec J. des égyptiens. Y'a pas d'heure pour en parler.
Tout roule.
Tu es déjà bien entourée.
Plus tard dans la nuit, nous avons remis un peu d'ordre dans la maison.
Je me suis endormi là-haut, avec Lubin et Marius, qui m'attendaient.
J. se repose également.
Elle s'éclipsera au petit matin, les hommes encore endormis.
Ensemble, nous avons vécu un moment unique. Merci, J.
Petite nuit, nuit surprise, une nuit au coin du feu, avec toi, nuit magique de tous les instants.
Une nouvelle journée reprend, avec toi… et Aurèle qui te découvre, surpris, mais déjà attentif à l'anatomie de ton visage qu'il décrit de bien belle façon.
Cette journée s'est passée sereinement, entre nous tous, ta grande famille.
Nous n'avions pas forcément éprouvé le besoin de partager notre bonheur avec notre famille et nos amis, tant nous étions bien ensemble.
Seul le facteur aura réussi une petite intrusion, il repassera pour son calendrier plus tard.
Je te rassure, ils étaient tous impatients de te rencontrer.
Avec le temps, le recul nécessaire, voici mon témoignage, ma petite Azèlie, pour toi.
10 décembre 2007
Revue "Grandir Autrement"
Le hors-série n°2 de la revue "Grandir autrement" est consacré à la naissance à domicile. Je le trouve bien fait: il est très complet, et donne pas mal de pistes de rélexions. En outre, on y trouve beaucoup de témoignages variés et il est très imagé (dailleurs certains parents en photo sont du 49). Je le recommande vivement aux futurs parents qui se posent encore des questions mais aussi aux autres déjà parents qui se retrouveront dans l'intimité et l'émotion des témoignages.
Voici l'édito:
Hors-série : Vers une autonomie des parents
Donner la vie à la maison sans être pris en charge par une équipe médicale
ayant souvent le réflexe de faire à la place des parents, c'est aussi être
acteur de la naissance de son enfant, refuser de se voir voler ce moment
initiatique.
C'est aussi l'occasion d'en apprendre plus sur soi, d'apprendre à écouter
son corps et de se connecter avec son enfant. C'est vouloir que son enfant
puisse bénéficier d'un accueil chaleureux pour que rien ne vienne gêner la
première rencontre des parents avec leur bébé. Pour les parents, le choix
de l'accouchement à domicile est donc une manière de se rendre autonomes
et de grandir.
Cela dit, comme le souligne à juste titre Isabelle Brabant dans Au coeur de la naissance (sous la direction de Lysane Grégoire et Stéphanie St-Amant, Éditions du Remue-Ménage, 2004) : « Ce qu'il y a de fabuleux dans un accouchement, c'est cette occasion de vivre intensément quelque chose, pas la garantie d'y arriver. Prenons garde d'imposer un modèle d'accouchement ou d'expérience. »
En effet, chacun suit son chemin et nous ne prétendons pas donner à penser que l'accouchement à domicile soit la solution pour tous tant il est vrai que chaque parent doit choisir la naissance de son enfant en fonction de son histoire, de son ressenti et de sa trajectoire de vie. Certes. Cependant, dans ce hors-série, nous avons voulu dire que donner la vie à la maison, dans l'intimité de son foyer, est non seulement possible, mais que cela représente de nombreux avantages que tout parent devrait pouvoir peser en recevant une information éclairée. Nous avons voulu également témoigner, au travers des récits de naissance qu'ont eu la générosité de partager avec nous de nombreux parents, que l'accouchement à domicile avait été une expérience gratifiante pour eux, même en cas de transferts, dont ils étaient ressortis grandis. Car, comme l'explique encore Isabelle Brabant dans le texte mentionné ci-dessus, il ne faut pas penser l'enfantement en terme de performance, mais comme un moment qui risque de profondément nous transformer et nous aider dans notre vie de parent.
Nous espérons alors que ce hors-série guidera certains parents dans le choix de l'AAD
ou qu'il permettra à d'autres parents (ou des professionnels de la naissance et des
acteurs politiques) de comprendre ce choix et de le respecter.
Bonne lecture et portez-vous bien !
Contacts
Les personnes de la liste suivante ont eu le projet de donner naissance dans leur foyer. Leur parcours est différent, les raisons de leur choix d’accouchement à domicile aussi. Ce sont des parents qui habitent (ou ont habité) le Maine-et-Loire. Certains témoignent dans ce blog. Tous ont le point commun de vouloir partager leurs expériences, informations, conseils….Ils nous transmettent une partie de leurs coordonnées afin d’être disponibles pour les personnes intéressées. N’hésitez pas à leur poser vos questions !
Laure et Matthieu (Meigné) :
Perrine et Pierre (Angers) :
Nathalie
(St Mathurin) :
Anne-Sophie et Xavier :
Marie (Béhuard) :
02 41 39 40 15
Mélanie (Longué-Jumelles) :
09 décembre 2007
Soutien aux sages femmes libérales
Aujourd'hui des sages femmes ont besoin de votre soutien, vous les parents qui avez pu mettre au monde votre enfant chez vous, avec l'une d'elles à vos côtés.
Un groupe de sages femmes libérales devait se réunir ce vendredi 21 septembre, comme elles le font souvent pour aborder divers aspects de leur profession, dans une salle municipale mise à disposition par la mairie de Castries (Hérault). Le sujet de la réunion était l'accouchement à domicile, elles avaient pour cela invité 2 collègues SF qui pratiquent les AAD.
Le Maire les a appelé jeudi 20 leur disant qu'il annulait l'autorisation d'utiliser la salle et qu'il interdisait la tenue de cette réunion, avec menace d'y envoyer les forces de l'ordre si elles insistaient. Mr le Maire leur annonce alors qu'il a été contacté par des gynécologues qui trouvent "scandaleux" qu'il ait pu accepter cette réunion sur sa commune.
Mais où est le scandale, dans quel pays vivons nous ? De quel droit ces messieurs peuvent-ils interdire la tenue d'une réunion d'information interprofessionnelle sur une pratique légale et qui a prouvé son aspect sécuritaire.
Passée l'indignation il nous faut réagir si nous ne voulons pas que les SFAAD disparaissent, elles ont besoin de notre soutien, maintenant plus que jamais.
Le collectif "Naître Chez Soi" http://fr.groups.yahoo.com/group/naitre_chez_soi/ prépare un courrier pour la Mairie de Castries avec copie au préfet de l'Hérault.
Par ailleurs il serait bon que chacun de nous écrive une lettre ou passe au moins un coup de téléphone pour protester auprès du Maire et du Préfet de cette grave atteinte à la liberté d'expression.
Les coordonnées sont dans les pages jaunes, en voici la copie :
Préfecture
Coordonnées principales
34 pl Martyrs de la Résistance 34000 MONTPELLIER
-
- fax : 04 67 02 25 79
- fax : 04 67 02 25 38
Mairie
Coordonnées principales
standard
4 av Promenade 34160 CASTRIES- 04 67 91 28 50
- fax : 04 67 91 28 51
Merci de faire circuler cette information à vos contacts, blogs, forums et autres listes de diffusion.
Frédérique Horowitz
Comité de soutien aux SF AAD
Témoignage de Xavier: la naissance d'Aurèle
Aurèle et cette fin d'année 2004.
Ce témoignage est celui d'un papa comme un autre, mais tout de même là quand il le faut.
La journée débute là où nous avons laissé la précédente. Finalement, nous attendons la nouvelle année bien tranquillement.
Nous naviguons entre sérénité et impatience.
Cette idée d'un accouchement à la maison a mûri il y a bien longtemps dans la tête d'Anne Sophie.
Il m'aura fallu un peu de temps pour accueillir cette volonté, mais bien vite je mesure ce que cela veut dire pour elle : envie, conviction et bonheur d'amener à la vie notre petit bout dans notre nid à nous.
La crainte ne m'habite pas, seulement un tas de petites questions. Je sais la nature bien organisée. Je nous fais confiance.
Sans doute que cette journée allait se passer entre les vicissitudes de notre petite vie et le rythme impulsé par nos deux "grands garçons".
Quel vin allons nous savourer avec mon ami Pierre ce 31 décembre ?
Une bonne table me met toujours de bonne humeur.
Mais c'était sans compter sur nos deux compères, uni(e?)s pour quelques heures encore.
Anne-Sophie sent bien au cours de cette fin d'après-midi des petites contractions, mais elle en a vu d'autres !
Notre vie trépidante continue donc et chacun s'affaire à ses multiples occupations.
La valse entamée depuis quelque temps se rythme petit à petit.
Anne-Sophie se met à monter les escaliers, les redescend et ainsi de suite sous l'œil amusé de Marius. (Il s'en souviendra probablement un bon moment.)
La soirée s'annonce palpitante. Mais cela ne nous inquiète pas. Après tout, nous sommes prêts depuis longtemps.
Le temps de préparer les enfants pour une nuit magique, de dîner une dernière fois à quatre et ils sont déjà rendus dans leurs chambres, des rêves plein la tête.
Nous nous retrouvons tous les deux, comme si cela allait être la première fois, remplis de sentiments : excitation, retenue, tendresse et douleur.
Nous savons qu'il est là, bien décidé à surgir dans notre vie, si bien lové depuis des mois.
Les contractions sont régulières, nous savons que le moment est sans doute proche.
C'est à ce moment que nous décidons de nous prendre en main et de gérer le côté matériel de notre aventure.
"Mais où se trouve la couverture ?" "Tu sais où sont les alèses ?"
Après quelques détours au fond des placards, nous finissons par rassembler ce dont nous avons besoin. Une machine à laver part dans la foulée, juste le temps de la finir pour un tour de sèche-linge, et le tour est joué.
En deux temps trois mouvements, la salle de jeux se transforme pour accueillir Anne-Sophie si elle le souhaite : matelas par terre protégé à ma façon, situé à côté du clic-clac.
Nous ressortons un tas de petits trucs, au cas où, mais en fait, peu de choses sont vraiment utiles.
Pour ma part, je retiendrai une chose sincèrement utile, il s'agit des petites serviettes du type "essuie-mains" que vendent notamment les géants du nord.
Je sais, cela peut paraître incongru, mais elles nous ont suivi tout au long de l'accouchement, essuyant tout sur leur passage sans se plaindre, avec tant d'efficacité, calmant les douleurs salvatrices d'Anne-Sophie durant les dernières contractions.
Anne-Sophie appelle J. une première fois…
Puis une deuxième fois, peu de temps après. Elle décide de partir, il devait être aux alentours de 23h00.
Il n'y a plus de doute possible, les contractions répétées sont le signe d'une naissance prochaine.
La maison est calme …
Anne-Sophie fait une dernière virée sur le net, prend un bain une bonne demi-heure.
Tout est prêt.
Une seule petite lumière reste allumée dans notre maison, elle nous semble si douce. Une ambiance confinée s'installe et la pénombre enveloppe toutes nos pensées.
Seul, je prends mon petit café qui doit m'aider à rester bien éveillé toute cette nuit.
La télé restée allumée me regarde, j'attends sagement la suite des évènements songeur, impatient. J'ai dû confier notre naissance à "l'haut de là"…
Une joie dissimulée, mais totalement envahissante, excite mon attente.
Anne-Sophie réapparaît, quelque peu apaisée par cette pause relaxante.
Notre corps à corps peut débuter.
Je suis là, présent à ses côtés, pour la soutenir.
Chaque nouvelle contraction rapproche notre bébé de nous.
Les lingettes chaudes que je pose sur son ventre dur soulagent la douleur.
J'ausculte (avec mon oreille) le ventre d'Anne-Sophie, le cœur semble battre à gauche, les choses se présentent bien.
Chaque gémissement d'Anne-Sophie respecte le sommeil des grands, ils respectent de leur côté ce moment si peu habituel. La porte de leur chambre est ouverte, comme d'habitude. Ils dorment à poings fermés, sans doute vivent-ils eux aussi la naissance.
C'est rassurant de les savoir près de nous …
Les minutes s'allongent, les douleurs aussi.
J. sillonne les routes.
Nous arpentons d'autres routes.
Aux alentours d'1 heure, J. arrive, tout simplement.
Nous sommes rassurés, heureux de voir ses sourires et son silence.
Nous discutons entre les contractions.
Le travail s'accentue, chaque contraction nous unit fortement.
J. propose à Anne-Sophie de s'installer dans la chambre.
Très vite, Anne-Sophie trouve la position qu'elle va adopter, moi aussi.
Je me tiens à côté d'elle, certes un peu impuissant, mais tellement présent.
Je soutiens sa tête, je la caresse, je la laisse dans la solitude de son accouchement.
J. trouve aussi sa place. Elle se positionne comme prête à recevoir notre enfant. Quelques mots viennent çà et là, Anne-Sophie travaille seule, forte, courageuse et déterminée.
Les efforts deviennent très douloureux, mais très efficaces.
Les cheveux sont déjà là, comme à chacun de nos deux autres garçons.
Chevelus, les mecs !
Avec J, nous échangeons des regards silencieux, rassurants et confiants.
La naissance est proche.
Anne-Sophie n'est plus avec nous, elle fusionne avec son bébé quelques instants encore, avant de le laisser naître pour tous ceux qu'elle aime.
Lubin se met à pleurer, il entre à son tour en communion avec Anne-Sophie, se rappelant ainsi de cette union charnelle qu'il partageait dans le ventre de sa maman.
Pourquoi se réveille-t-il si près de la naissance, alors que les cris d'Anne-Sophie emplissent la maison depuis un bon moment ?
Anne-Sophie veut en finir, elle jette ses dernières forces et notre poussin arrive dans un tourbillon de liquide.
Délivrance !
(L'heure n'avait que peu d'importance.)
J. le prend dans ses mains, et le dépose sans plus attendre aux côtés de sa maman, douce délivrance.
Moi, je vis tous ces moments intérieurement, avec beaucoup de retenue et de bonheur. Notre petit bonhomme est là.
Quelques minutes plus tard, je m'empresse de rejoindre les enfants, cette fois-ci tous les deux réveillés. Cet instant de joie, j'aurais bien voulu qu'Anne-Sophie puisse aussi le vivre. Mes deux garçons savent déjà que "le bébé" est arrivé.
Lubin : "Papa, ça y'est, le bébé de maman est là ?"
Je leur explique que c'est un garçon, qu'il s'appelle Aurèle et qu'il jouera peut-être au foot.
Lubin est très heureux, avec son petit sourire à rallonge qui veut tout dire.
Marius, encore un peu dans le gaz, vit cela plus de l'intérieur, comme moi.
Ils ne vont plus beaucoup dormir pour cette nuit.
Je redescends pour rejoindre ma douce aimée, amoureusement enlacée avec sa progéniture.
J. regagne la cuisine, simplement pour nous laisser savourer ce moment précieux.
Nous nous retrouvons tous les trois, nous déposant de petits bisous, écoutant le silence de ce moment unique. Seules les contractions semblent s'acharner à troubler notre plénitude.
Ce moment dure longtemps.
J'ai toujours eu confiance en la Nature, c'est certainement cette certitude qui m'a conforté dans ce projet d'accouchement chez nous, loin de toutes les préoccupations du monde médical.
J., merci mille fois de nous avoir accompagnés avec tant de retenue, de délicatesse. Ta connaissance est grande, ce que tu dégages l'est tout autant.
J'étais heureux de te voir arriver, si tard, ce soir là. Tu fais partie des nôtres.
J. est dans la cuisine, la pénombre de notre petite lampe lui suffit pour griffonner quelques écritures.
Je la rejoins, nous échangeons quelques paroles, tout se passe si bien…
Les enfants sont sur le pallier, là haut, et appellent doucement.
J'y vais. Ils sont là, tout sourire. J'ai compris, ils désirent tant descendre et bavarder des mots doux avec leur fréro. Ils arrivent, main dans la main dans la salle de jeu. C'est magique, peu de mots mais une joie intense pour tout le monde.
Juste le temps de faire un petit bisou, ils remontent dans leur chambre et tentent de retrouver le sommeil.
Peine perdue… Je vais leur rendre une petite visite régulièrement, ils ont vraiment envie de profiter de ce moment unique. A chaque fois, on discute un petit coup et je retourne auprès d'Anne-Sophie. Enfin, je prends Aurèle contre moi, Anne-Sophie et J. accompagnent la fin de l'accouchement, la délivrance arrive. Le placenta trône dans un récipient quelques instants, avant que J. nous parle de cette poche de vie. Nous écoutons, savourant la rencontre de la connaissance et de la Nature.
Quelques jours plus tard, je dépose ce petit nid auprès des racines d'un abricotier fraîchement planté. Chaque abricot aura une sacrée odeur de vie !
La nuit s'écoule à ce rythme paisible, nous remettons un peu d'ordre, nous prenons un thé tous ensemble au beau milieu de la vie ( je voulais dire de la nuit).
En fin de nuit, nous nous décidons à fermer un petit coin de l'œil; Après avoir tapé une dixième discute avec mes gars, nous tombons de sommeil.
Un matin pas comme les autres nous fait sortir de la couette, 2005 approche à grands pas, et nous, nous voici un de plus, à la maison, aussi heureux qu'Alexandre le bienheureux.
J., après une très courte nuit, reprend le volant, courageuse, mais certainement heureuse de ce plaisir partagé.
Et nous, et bien nous sommes chez nous, et ça, c'est un vrai bonheur.
Pour la petite histoire, notre soirée du nouvel an a bien eu lieu, évidemment quelque peu écourtée. Nos amis présents ce soir là auront partagé un petit bout de notre aventure, et arrosé notre petit Aurèle !
Merci Anne-Sophie, le chemin de notre vie est si vivant.
Merci J., tu accompagnes si bien toutes les sources de vie.
Je retourne auprès de ma petite famille.
Fin heureuse pour une histoire qui s'est répétée des milliards de fois !
Xavier
Témoignage d'Anne-Sophie: la naissance d'Aurèle
Nous sommes fin 2003 je crois… cela fait plusieurs mois que je réfléchis aux conditions de la naissance de mes enfants, à mes accouchements… le récit de l'accouchement de Laure, lu presque 2 ans auparavant, fut une révélation. Avant cette lecture je n'aurais jamais imaginé que des femmes puissent choisir accoucher chez elles et à genoux ! Pendant ces 2 années j'ai souvent repensé à ce récit.
Bizarrement, depuis que je l'ai lu, je m'imagine toujours à la place de cette femme qui accouche, je m'imagine chez moi, mais je l'imagine seulement, je ne l'envisage jamais comme une possibilité réelle, cela reste du domaine du rêve… (je ne songe même pas à en parler à Xavier, pensant essuyer un refus catégorique)… donc je continue à imaginer, jusqu'à cette fin d'année 2003 où nous commençons à envisager de "mettre en route" un troisième bébé dans quelques mois. Et là… oui… un troisième bébé, oui, MAIS… instant de panique, je me cherche. Je crois que je n'avais jamais osé m'avouer que je ne souhaitais plus mettre mes enfants au monde dans un hôpital. J'essayais de suivre "le groupe", parce que c'était sans doute ce qu'il y avait de plus simple, de "mieux". Et là, l'évidence… je ne veux plus y retourner, je ne peux plus y retourner. Je vais chercher une solution, je vais la trouver, comment peut-il en être autrement ?
Je décide alors, toujours seule, que mon prochain bébé naîtra à la maison, si lui et moi sommes en bonne santé bien sûr.
Je cherche, je fouille sur Internet, il n'y a pas de sage-femme dans ma région proche et celles que j'ai contactées estiment que la distance est trop importante… je continue mes recherches, et puis… un jour une personne me donne un numéro de téléphone, pas de nom, rien, juste un numéro de téléphone que je recopie sur un morceau de papier, et une ville : Nantes. Quelques minutes plus tard, avant d'aller chercher les enfants à la sortie de l'école, c'est le cœur battant que je prends le téléphone et appelle J, une sage-femme qui accompagne les naissances à domicile, en espérant qu'elle accepte de venir jusqu'à la maison (elle n'habite pas tout près), … "Allo, bonjour madame, vous êtes bien sage-femme ?" Ecoute, respect, douceur se dégagent de cette femme… Je lui parle de mon projet, le courant passe… ça y'est ! je peux tomber enceinte ! Je sais que je ne subirai plus malgré moi et sans raison la valse des touchers vaginaux, des contrôles et dépistages systématiques… Je me sens libre !
Je parle de cette idée de l'AAD à Xavier. Je crois qu'il m'a prise pour une folle au début ("tiens, encore une idée bizarre qui lui traverse l'esprit… mais elle serait bien capable de vouloir m'embarquer dans son truc, c'est qu'elle a l'air d'y tenir à son accouchement !"). Je lui fais lire des témoignages, lui explique que dorénavant je me prendrai en charge, que mon corps sait mettre au monde un enfant (même lui n'en doutais pas, tiens…) et que si la grossesse se passe normalement je souhaite fortement que notre bébé voit le jour dans sa maison. Il s'est laissé convaincre ("pourquoi pas, après tout…") et je crois qu'il est entré vraiment dans cette aventure le jour où nous avons rencontré J. pour la première fois.
J'avais choisi, éclairée par mes recherches Internet, je me sentais libre car j'avais décidé de devenir actrice de cette grossesse et de cet accouchement, d'accompagner et d'accueillir ce bébé à ma façon… J'avais trouvé une personne qui respectait et comprenait mes choix, avec qui je pouvais discuter (je devrais dire NOUS pouvions discuter car bien sûr Xavier était intégré au projet). Pfffiou, ça me changeait drôlement des relations que j'avais eues avec le personnel médical lors de mes précédentes grossesses. On me demandait comment j'allais, ce que je ressentais, on parlait naissance, vie, mort, on parlait de nous… on ne parlait pas de col, de contractions, de centimètres, de dilatation…
Peu de temps après cette conversation téléphonique, bébé s'installe, nous sommes en avril 2004. Comme J. habite à 1h30 de la maison, je contacte alors C., sage-femme de ma région, lui parle de mon projet et lui demande si elle accepte de faire mon "suivi de grossesse". Elle adhère au projet, se rend disponible tout au long de cette grossesse, je la sens même plutôt motivée ! Elle accepte mon choix de refus de gestes systématiques. Je me sens bien, et la grossesse se déroule sans examen du col, avec le minimum d'analyses.
Décembre, l'attente.
Lubin étant né 2 semaines avant la date théorique du terme, je pense que je vais accoucher bien avant le terme des 41 semaines…
Les jours et les nuits se succèdent, chaque matin je me dis que c'est peut être pour aujourd'hui, chaque soir je me couche en disant à Xavier que c'est peut être pour cette nuit. Mais rien, enfin, rien qui ne laisse présager un accouchement imminent. Chaque réveil est identique au précédent, chaque nuit aussi calme que la précédente.
Cette succession de nuits et de journées, vécues dans l'attente, me semblent interminables. Va-t-il se décider à naître un jour ce bébé ? Et pourtant, je ne suis pas encore "à terme", enfin, disons que j'ai encore le temps… Quelques mails par ci par là échangés avec J., de plus en plus fréquents, jusqu'à ce 27 décembre où un message de sa part provoque un déclic en moi : je décide de ne plus "attendre", je décide de vivre normalement, de profiter de ces derniers jours de grossesse avec ma famille, et de laisser ce bébé libre de venir quand il le souhaitera.
A partir de ce jour, nous commençons à préparer le réveillon du 31 !
L'accouchement, la naissance…
Dans la nuit du 29 au 30 décembre je ressens quelques contractions, non douloureuses mais fréquentes, qui se poursuivent dans la matinée… Cela m'est déjà arrivé, il y a 2 semaines…
En fin d'après-midi les contractions reviennent, fréquentes et régulières mais en aucun cas douloureuses… Avec Xavier on s'amuse à penser que finalement ce bébé sera peut être de 2004. Je crois que j'en suis intimement persuadée mais je ne veux pas y croire !
Je fais un peu de rangement, m'active un peu en montant et descendant les escaliers plusieurs fois sous le regard amusé de Marius qui me dira le lendemain "ben heureusement que tu as monté les escaliers hein !!". ça l'avait marqué !
Pendant le dîner, je dis à Xavier que je vais quand même appeler J. une fois que les enfants seront couchés, pour la tenir informée. Nous sommes en plein dans les fêtes de fin d'année, et ça me gêne un peu de la déranger pendant cette période, alors je préfère la tenir informée plutôt que de l'avertir par surprise et dans l'urgence.
Vers 20h30 nous couchons les enfants, et je ressens ensuite le besoin de préparer une couverture pour le futur bébé, des serviettes de toilettes etc. Je me sens bien, avec Xavier on rigole et il décide de préparer le matelas pour l'accouchement. Nous choisissons de l'installer dans la chambre d'amis / salle de jeux… la pièce est petite, on y sera bien.
Je crois qu'à ce moment je réalise que finalement il se pourrait que ce bébé arrive à l'aube. Je suis heureuse… cela fait plus de 2 ans que je me renseigne et me prépare à l'AAD, et voilà que le moment serait arrivé ? Je n'ose y croire ! Que de chemin parcouru ces derniers mois avec J., la femme que nous avons choisi pour nous accompagner, C., mon autre sage-femme qui nous a toujours soutenus dans ce projet. Un long chemin parcouru avec Xavier également… sans oublier les enfants.
Les premières contractions de "travail", celles qui me font dire que cette fois il n'y a guère de doute, que c'est bien "ça", m'ont toujours rendue euphorique pour chacun de mes accouchements. Je n'ai aucun souvenir d'avoir ressenti une inquiétude quelconque, un "pourvu que ça se passe bien", même pour mon premier enfant,… Non, vraiment je suis toute contente, une belle aventure, inconnue certes mais puissante, nous attend, et voilà qu'on y entre, comme des gamins, comme si c'était la première fois. Je laisse mon corps accomplir son œuvre.
A 21h45, après avoir hésité, je décide d'appeler J. pour la tenir informée… Pour elle le travail a commencé, elle est prête à venir quand je le souhaite. Je lui dis que je vais la rappeler (je ne veux pas la faire déplacer pour rien)… On se dit que ce serait royal que la naissance ait lieu cette nuit !! Oui j'aimerais bien aussi, surtout que je ne voudrais pas qu'elle rate un repas de famille ou autre demain soir à cause de moi. J'ai l'impression que ça lui est un peu égal tout ça.
Je termine un peu de rangement dans la bonne humeur.
Xavier est assis sur le canapé, il regarde la télévision. Il attend. Il m'attend. Chacun de notre côté nous nous préparons à entrer dans la danse.
A 22h45 je rappelle J., je viens d'avoir une ou deux contractions légèrement douloureuses, et surtout elles sont insistantes dans le bas du ventre, chose que je ne ressentais pas pendant la grossesse.
Nous pensons toutes les deux que le moment est venu pour qu'elle parte… Je lui dis que tout va bien, que nous avons encore du temps devant nous…J'ajoute que je la rappelle si les contractions cessent… elle pourra toujours faire demi-tour et rentrer chez elle. Bon, je crois qu'elle savait qu'elle ne ferait pas demi-tour ce soir là !
Je passe un peu de temps sur Internet puis monte à l'étage prendre un bain chaud.
Le bain me soulage des contractions qui sont devenues plus douloureuses depuis que je sais que J. est partie (certains diront que c'est un hasard ;)…). Il me permet aussi de me "poser", je suis seule, je parle à mon bébé, le caresse, lui dis que nous allons nous rencontrer, que je compte sur son aide… Pause bénéfique. Je suis dans la baignoire, je me vois dans le miroir, dans quelques heures ce bébé qui emplit mon ventre sera hors de moi, là, tout près. Qui es-tu mon petit ?
Vers minuit je sors du bain, je descends, et je demande à Xavier de poser son oreille sur mon ventre, je crois que bébé est positionné dos à gauche alors qu'il avait été dos à droite pendant toute la grossesse. J'ai besoin de savoir comment il est pour l'imaginer, et mon ventre est devenu trop tendu pour le sentir avec mes mains. Selon Xavier il est bien dos à gauche !
La chaleur du bain m'ayant réellement détendue, je dis à Xavier que nous allons commencer l'opération "compresses chaudes" : il fait chauffer de l'eau et nous passons notre temps dans la cuisine à mouiller des lingettes en coton que j'applique sur mon ventre à chaque contraction. Je reste debout, je ne peux pas m'asseoir, la position assise est trop inconfortable et en même temps mes jambes commencent à fatiguer. La chaleur humide me fait du bien, je ne peux plus m'en passer et je "franchirai" chaque contraction avec la chaleur de la serviette sur mon ventre. La "tempête" a commencé, nous parlons peu, la maison est dans une semi-pénombre qui nous rassure, tout est calme, les enfants dorment. Nous formons quand même une belle équipe !! : lui maintient l'eau bien chaude et renouvelle les serviettes entre chaque contraction, et dès que je lui fais signe, il m'en tend une que je lui rends après la contraction.
A minuit et demi je commence à m'impatienter, les contractions se font de plus en plus fortes, j'ai envie que J. soit là, maintenant, comme si elle pouvait me prendre un peu de cette douleur en étant à mes côtés, mais au fond que va t-elle faire de plus ou de moins ? Etre là simplement. Au fur et à mesure que les contractions augmentent en intensité, je me sens de plus en plus seule. Je demande à Xavier de l'appeler pour savoir où elle est. Elle sort d'Angers. Dans une demi-heure elle sera là, c'est parfait. Je crois que je craignais que le bébé n'arrive avant elle, je n'avais pas envie de ça.
J. arrive à 1h05, vêtue de blanc, calme et souriante comme à son habitude. Elle me demande si je souhaite que l'on écoute le cœur de mon bébé. On écoute rapidement les battements du cœur, elle me confirme que bébé s'est placé dos à gauche sous la force des contractions. Vraiment très fort mon homme! Le bébé est en parfaite position. L'écoute du cœur sera le seul "examen" fait pendant la phase de travail et d'expulsion. La voix de J. est douce, je sais que tout va bien. Nous parlons entre chaque contraction, l'ambiance est à la bonne humeur, mais rapidement les contractions deviennent très rapprochées. Je décroche de plus en plus de la conversation, je n'arrive plus à me concentrer. De tout ce moment passé à parler je ne me souviens que d'une chose : je revois J. qui, en se lavant les mains, me dit qu'en malien "accoucher" revient à dire "partir en guerre" ou quelque chose comme ça… mais je décroche et ne fais pas l'effort de répondre.
Je me souviens aussi lui avoir dit que j'avais peur, peur d'avoir trop mal au moment où je devrai laisser passer ce bébé. Elle m'interroge sur cette peur. Je crois que je voudrais que tout s'arrête là, j'ai besoin d'un moment de répit et je sens au contraire que le bébé arrive, que mon corps le fait naître, je ne peux plus reculer, je ne peux plus rien faire, il faut "partir en guerre" ;-)
A 1h40 une contraction beaucoup plus violente me donne l'envie de pousser. Je crie "ça pousse"! J. me suggère de me rendre sur mon matelas si je le souhaite car ensuite ce ne sera plus possible. Qu'elle est sage, cette femme !! Toujours dans la proposition, la suggestion, la douceur, la liberté. Jamais elle ne m'a imposé quoi que ce soit ou parlé de façon trop dirigiste. C'est ça l'accouchement à domicile !
Je fais quelques pas pour rejoindre la pièce que nous avons aménagée pour la naissance (un matelas protégé, posé par terre contre le lit de la chambre d'amis).
J'ai mal (j'ai même pensé l'espace de quelques secondes que je serais bien mieux avec une bonne péridurale !) mais j'essaie de profiter de ce moment qui précède de peu la naissance, je sais que mon bébé sera contre moi dans quelques minutes, une aventure va se terminer, une autre commencer, tout se passe comme je l'avais imaginé…
Je m'agenouille sur le matelas et m'appuis sur les oreillers du lit, cette position me semble la plus évidente à ce moment là.
J'entends J. qui murmure : "maintenant le temps t'appartient, tu vas à ton rythme, tu as tout ton temps, c'est toi qui décide quand va naître ton bébé". J'ai choisi de rester chez moi entre autre pour donner une naissance douce à mon bébé, alors je décide que cette fois, malgré la douleur, je prendrai tout mon temps pour faire naître mon bébé. Personne ne me dit ce que je dois faire, c'est mon accouchement, j'en ai pleinement conscience à ce moment là.
J. applique des serviette chaudes sur ma vulve, que ça fait du bien !
En quelques contractions la tête commence à sortir, étirant le périnée à son maximum, puis remonte entre les contractions, me laissant quelques secondes de répit bénéfique, puis ressort sous la force de la contraction suivante... plusieurs fois de suite. J. m'invite à toucher la tête de mon bébé qui est là. Je ne peux pas, je n'y arrive pas. Mon esprit est dans mon corps, toucher la tête du bébé de ma main me ferait sortir de mon corps, je n'en ai pas la force. Je murmure "non". La douleur est intense, j'ai l'impression que mon périnée va exploser, je visualise parfaitement la position de la tête de mon bébé, j'ai l'impression de le voir progresser à l'intérieur de moi… mon bébé… Il est presque là… J'essaie de ne pas forcer la poussée pour préserver mon périnée, je sais que le passage doit se faire en douceur, J. me le rappelle aussi et me conseille juste de bien respirer pour oxygéner mon bébé entre les contractions. J'ai parfois l'impression qu'il ne va jamais passer, je le dis, juste pour entendre une réponse que je connais à l'avance ! Et J. m'assure que si, il va passer !
Alors je laisse mon corps faire. J. et Xavier sont à mes côtés, ils se taisent, me laissent accomplir ma mission. Leur présence est rassurante et leur silence me confirme que tout se déroule normalement. Je ne les regarde pas, j'ai la tête enfouie dans les coussins, mais je sens qu'ils se regardent et se font des petits signes ;) !
J'entends Lubin qui pleure là haut… puis la tête sort complètement, et tout le corps de mon bébé qui se met à pleurer tout doucement, juste un petit peu, tranquillement. Il ouvre les yeux. Sensation extraordinaire, tout s'est fait si doucement…
Je me retourne : un garçon !!! Je m'allonge… "mon bébé, mon bébé". J. l'enveloppe rapidement dans une serviette, et remonte le bébé contre moi. Nous resterons ainsi l'un contre l'autre jusque dans la matinée. J. s'éclipse pour voir l'heure qu'il est… 1h54, nous sommes le 31 décembre 2004.
Xavier monte voir les enfants qui se sont réveillés, ils descendront quelques minutes plus tard, découvrir leur petit frère, très intimidés… puis remonteront se coucher d'eux-mêmes, très calmement.
Je revois cette image, ils se sont approchés, main dans la main, ils sont restés sur le pas de la porte, n'osant pas entrer alors que nous étions pourtant entre nous, en famille, comme d'habitude…comme s'ils savaient, eux, que le silence est précieux, ils ne parlent pas, ils respectent l'intimité, ils regardent, cela leur suffit. Ils ne bougent pas, je les invite à entrer, ils font un pas, peut être deux. Mais ils ont juste observé, se sont regardés, et sont remontés… sans un mot, peut être juste un murmure, un regard complice… et un grand sourire…magique…
Après la naissance, comme après chacune des 3 naissances de mes enfants, mon corps est très tendu, j'ai mal au ventre, j'ai froid. J. me dit que le placenta est certainement décollé mais me gêne. Elle me propose de m'accroupir, ce que je fais, et il sort, environ 20 minutes après la naissance…véritable "délivrance", je n'ai commencé à me détendre qu'à partir de ce moment là ! Nous l'examinons ensemble, J. nous en explique les différentes parties, leur fonctionnement… superbe ! Xavier l'enterrera le surlendemain dans notre jardin, au pied d'un jeune abricotier.
J. écoute le cœur et les poumons d'Aurèle, toujours blotti contre moi, il est en pleine forme.
Quant à moi je n'ai eu qu'une petite déchirure superficielle qui sera laissée "en l'état".
J. et Xavier prennent le temps de tout ranger puis nous prenons un thé ensemble sur le lit. Il doit être 4 ou 5 heures du matin, la maison est redevenue calme.
Xavier monte se coucher à l'étage pour être auprès des grands, J. va se reposer sur le canapé… nous lui avions préparé un lit, finalement c'est moi qui l'ai pris… :-/ Moi je reste blottie contre mon bébé dans la pièce où il est né. Je passe une fin de nuit secouée régulièrement par les contractions de l'après-naissance mais avec mon bébé contre moi. Je savoure…
Vers 9 heures nous nous retrouvons tous autour de la table de la cuisine, nous prenons le temps de discuter… encore un moment très agréable !
En fin de matinée J. s'en va retrouver sa tribu…
Une nouvelle journée commence… pour elle, pour nous qui sommes chez nous sans rien d'autre à faire que de goûter au bonheur d'être réunis, en famille.
Quelques heures plus tard nous habillons Aurèle… il prendra son premier petit bain le surlendemain.
Une semaine après, ce que je retiens de cette nuit là, c'est la simplicité du moment, la confiance réciproque entre Xavier, J. et moi, le respect, l'écoute du corps, la tranquillité de la maison, l'émerveillement des enfants au milieu de la nuit, la liberté, le temps qui nous appartient.
Il en faut bien peu de choses pour créer un grand moment…
Merci à J. et à toutes ces sages-femmes qui permettent aux couples qui le désirent d'avoir le choix de la naissance de leur enfant. J'ai le sentiment d'avoir accouché pour la première fois ce 31 décembre 2004.
C. (ma sage-femme "de proximité" !!) est passée à la maison une fois par jour pendant 4 jours.
Le 3 janvier, Xavier est allé déclarer son fils à la mairie… dans un village de 400 habitants ça crée l'événement…
Anne-Sophie
Epilogue , quelques mois plus tard :
Aujourd'hui, j'ai envie de "ranger" ce récit, afin de passer à autre chose, une autre histoire.
Je me suis offert le luxe d'une naissance à la maison. Oui, j'ai goûté au luxe.
Cela me ferait presque peur, car quand on a goûté au luxe, difficile d'imaginer pouvoir s'en passer, même pour une autre histoire…
J'ai goûté à la liberté, cette liberté que l'on ressent lorsque tout, même l'impossible, devient réalisable. Cette liberté je l'ai prise en prenant mes responsabilités, en refusant de me soumettre à la volonté de quelques personnes, en décidant. Moi… pour moi.
04 décembre 2007
Témoignage d'Anne-Sophie : La naissance d'Azélie
Il est des instants rares et précieux… nous avons choisi de les vivre en famille, loin des protocoles, hors du temps…
Naissance d'Azélie
16 novembre 2006 à 23h53…
Voilà plusieurs jours maintenant qu'elle a surgi dans nos vies…
Je commence tout doucement ce récit, le besoin se fait sentir de poser des mots, la "bulle de naissance" s'estompe petit à petit… la vie quotidienne reprend peu à peu son cours, avec une petite fille en plus à la maison !
Par où commencer ?
Il y eut dans cette histoire le 16 mars 2006 où je découvre avec surprise que je suis enceinte ! Huit mois jour pour jour avant la naissance de mon bébé ! La surprise fait rapidement place à l'excitation, j'appelle J. notre sage-femme deux heures plus tard pour lui annoncer la nouvelle, et lui demander si elle accepte de vivre une nouvelle aventure avec nous. J'ai envie que la femme qu'elle est soit là, avec nous, être "au complet" pour accueillir notre bébé. Elle fait maintenant partie des histoires de naissances de notre famille, pour nos enfants comme pour nous, c'est la "sage-femme de famille" en quelque sorte !… Nos courriers échangés pendant ces deux années font que nous commençons à bien nous connaître !
Ce bébé s'est installé un peu plus tôt que ce que nous avions prévu, je trouve Aurèle encore si petit… J'envoie un mail à Envela et j'appelle Aline, je suis encore sous l'effet de la surprise !
Les semaines passent, les mois et les saisons défilent et nous rapprochent un peu plus de la venue de notre bébé. Nos garçons sont ravis à l'idée d'être à nouveau grands frères, la vie en famille s'écoule normalement et ils demandent de temps en temps quand est ce que le bébé arrivera…
17 octobre 2006 : dernière "visite officielle" chez J. Les grands ne sont pas contents que j'y aille sans eux (pour une fois !), ils rouspètent un peu, ils aiment bien aller là bas. Comme à chaque fois que nous nous sommes vus chez elle ou à la maison cette année, je lui laisse de la part de mon jardinier préféré quelques produits de notre jardin potager et parfois nous rapportons quelques plantes qui trouvent leur place dans notre jardin…
De cette dernière visite, je reviens un peu bouleversée en réalisant que je commence à toucher à la fin de ma grossesse… "la prochaine fois c'est moi qui vient chez toi" m'a t-elle dit en me quittant. Je me replonge un peu dans la naissance d'Aurèle, il y a bientôt 2 ans, à la maison également. Un sentiment étrange m'envahit pendant quelques jours : j'ai l'impression de connaître la saveur de ce qui nous attend, je me doute que ce sera très "fort" et en même temps je sais que ce sera une autre "première fois" avec ses inconnues. Nous nous retrouverons ici, les mêmes personnes dans cette même maison, chacun de nous ayant inévitablement gardé un souvenir personnel (plus ou moins dilué), de cette naissance et pourtant tout se rejouera, nous entrerons dans une nouvelle danse qui nous est totalement inconnue… parce que nous ne sommes plus tout à fait les mêmes non plus.
Cela me plait bien, je ne me projette pas, je vis au jour le jour, et je compte bien savourer ces dernières semaines qu'il me reste à attendre mon bébé.
S'en vient novembre, le temps s'étire, les jours et les semaines s'allongent, j'ai l'impression de ne plus vivre au même rythme que "tout le monde". Malgré des journées rythmées par les horaires de l'école, des repas en famille, j'ai l'impression d'être hors du "temps des autres". Je me prépare doucement à cette naissance en savourant chaque journée, je sais que ça ne va plus durer bien longtemps maintenant… un mois maximum, quatre semaines… cette période sera rapidement derrière moi alors je vis chaque moment, doucement et pleinement …
Je regarde Aurèle qui deviendra bientôt grand frère, il me semble encore si petit et pourtant comme il a grandi ces derniers mois ! Il parle très bien maintenant, c'est un petit garçon costaud et plein de vie… il y a deux ans, c'est lui que nous attendions…
Que souhaiter après sa naissance si simple et si "évidente" ? Je me le suis souvent demandé. Je saurai plus tard que J. pensait la même chose de son côté ! Mais il n'y a rien à inventer, je laisse à ce bébé le soin de m'offrir sa naissance, qui sera sienne et donc unique.
Nous ne voyons plus beaucoup de monde, nous restons chez nous et en profitons pour embellir notre nid avec quelques travaux de peinture.
Je me sens en pleine forme, je dis haut et fort que j'espère bien aller jusqu'au bout du terme de cette grossesse, c'est à dire fin novembre, et que de toutes façons nous avons les travaux à terminer… Mais j'avais peut-être "oublié" que les bébés choisissent eux aussi le moment de leur naissance !!
Mercredi 15 novembre : Depuis la semaine dernière j'ai prévu de passer la journée du jeudi 16 seule sans les enfants (Aurèle ira passer la journée chez sa nourrice et les grands resteront à la cantine le midi). J'envoie un mail à J. pour lui dire que je vais l'appeler demain jeudi, que je me prends une petite journée tranquille pour moi, peut être la dernière d'ailleurs. Nous convenons que je l'appellerai en début d'après-midi le lendemain.
Je me rends ensuite chez Aline avec quelques amis-collègues pour passer une partie de l'après-midi en leur compagnie. L'ambiance est à la bonne humeur, tous me trouvent en pleine forme et quand ils me demandent "pour quand c'est", je leur réponds que "ça" devrait attendre encore une ou deux semaines, vu la forme olympique dans laquelle je suis ! Nous avons la peinture à terminer ce week-end, et puis d'abord j'ai toujours dit que j'irais jusqu'au bout, alors…
Au retour, c'est le moment de dîner, Xavier a préparé une soupe de légumes, nous nous installons avec les enfants et je fais la remarque que le bébé bouge énormément, depuis que je suis rentrée, alors que je ne le sentais presque plus bouger depuis deux ou trois semaines. Toute la soirée il continue à beaucoup bouger, il me fait même un peu mal, Xavier me dit en riant qu'il cherche son chemin…
La nuit est agitée, je passe quelques heures sans parvenir à dormir, dérangée par quelques contractions bien présentes, qui "appuient vers le bas", pendant quelques heures… Xavier doit se rendre compte de quelque chose (il faut dire que je me tortille dans le lit en silence !) et me demande une ou deux fois si "ça va"… je réponds que oui, sans en dire davantage… Il se rendort.
Je m'attends à ce que ces petites contractions cessent en fin de nuit, de toutes façons il le faut, je ne sais même pas si J. est disponible cette nuit, je ne sais pas d'où elle en est dans ses naissances, alors ce n'est pas le moment, d'ailleurs je lui demanderai demain tiens. Et puis j'entends la pluie qui se met à tomber, le vent se lève, je me dis que ce n'est vraiment pas un temps pour être sur la route, et que ce n'est pas un temps pour une naissance non plus, le ciel est trop agité !
Bref, les contractions cessent effectivement, je m'endors et là le cauchemar !! : je rêve que J. est debout, au milieu d'un grand pré… elle a du monde autour d'elle, et d'un coup des barrières se mettent en place et je vois un écriteau : "complet" !
Ouf, heureusement que mes contractions ont cessé, il faut vraiment que je lui demande s'il y a d'autres mamans en "attente" en ce moment !
Je lui envoie un petit mail dans la matinée en lui disant que j'ai presque cru l'appeler cette nuit mais qu'elle était certainement absente (mais non ! ).
Je suis fatiguée de cette nuit décousue, le bébé bouge encore beaucoup plus qu'habituellement (que sait-il de tout ce qui va se passer ? Se rend-il compte que le moment de sa naissance est venu ?). Je passe l'aspirateur à l'étage et je me glisse sous la couette dans la matinée avec un bon bouquin (Aurèle n'est pas là, ça tombe vraiment bien !). Mais les aventures de Bruno Sachs deviennent rapidement difficiles à suivre ! Je ferme ce livre et m'endors jusqu'au midi… Xavier rentre sans les enfants pour déjeuner, et allume un feu de cheminée… qui crépitera pendant de longues heures…
En début d'après-midi, je m'installe sur le canapé dans le salon (là où naîtra mon bébé mais je ne le sais pas encore) et j'appelle donc J. comme convenu. Nous passons une heure au téléphone à parler d'un peu de tout, mais surtout de naissance pour une fois ! Cela me fait plaisir de l'entendre et elle m'apprend qu'il n'y a plus qu'une maman qui est théoriquement à terme avant moi ! Je suis contente ! Je lui dis que je ne suis plus du tout certaine d'attendre deux semaines encore ! Elle me répond que ça l'étonnerait aussi !
Je ravive le feu dans la cheminée et avant que les enfants ne rentrent de l'école, je prépare une pintade au miel et aux abricots secs pour le lendemain midi en me disant que "ce sera fait", que je serai plus tranquille demain… C'est exceptionnel que je prépare un repas la veille ! Je suis plutôt du genre "dernière minute avec ce que je trouve dans le frigo", je m'épate moi-même !
Puis les contractions reprennent après mon appel téléphonique, pas vraiment douloureuses mais bien marquées quand même…
Je récupère Aurèle à 16h00… Xavier revient de l'école de bonne heure, il a une réunion prévue à Sablé jusqu'à 19h30. Il me demande s'il peut y aller ou pas, je lui dis que oui, aucun problème ! Mais il voit bien que je grimace à chaque contraction et finalement décide de ne pas s'y rendre. Cela me fait rire ! (à ce moment là je voulais croire encore que le bébé pourrait attendre au-moins une semaine mais avec le recul je me rends compte que j'étais bien naïve !!).
A 18h00 j'envoie à nouveau un mail à J. pour l'informer…
Je me douche en même temps que mes fils, au cas où ce serait pour cette nuit.
Nous dînons, (pour la dernière fois à 5 ! ). Je dis aux enfants que j'ai des petites contractions, qu'il se peut que le bébé arrive cette nuit mais que rien n'est sûr, que l'on ne peut pas savoir à l'avance quand il arrivera. Marius se met à rêver d'une petite sœur, Lubin voudrait bien un autre frère !
J'ai l'impression de revivre la journée du 30 décembre 2004 !
Avant de coucher les enfants, j'en profite pour descendre deux petites couvertures en polaire qui se trouvent dans la chambre d'Aurèle, Xavier descend les alèses jetables et va chercher le vieux matelas dans le garage.
Nous montons les coucher de bonne heure, demain il y a école. Nous leur disons que peut être cette nuit leur papa les changera de chambre pour les mettre dans la nôtre, si le bébé arrive, pour laisser le lit de Marius à Joëlle. Il est tout content qu'elle dorme dans son lit, Lubin veut qu'elle dorme dans le sien car elle a déjà dormi dans celui de Marius au printemps, bref, ils sont sur le point de se chamailler, nous leur disons alors qu'elle choisira et que de toutes façons ce n'est pas sûr qu'elle vienne cette nuit ! C'est rigolo, ils connaissent bien J. maintenant, ils se souviennent de la naissance d'Aurèle, et ils l'ont revue à plusieurs reprises entre mes 2 grossesses. Le courant passe bien entre eux et ils sont ravis de bientôt la revoir ! Il règne comme un air de fête !
Ce soir là, c'est moi qui prends le temps de lire une histoire avec mes grands garçons, en les avertissant que l'histoire va être rapide ! Je m'arrange pour commencer juste après une contraction (elles commencent à me scotcher sur place quand même !) afin d'avoir terminé avant la contraction suivante !! Lubin me propose de m'installer sur le lit de Marius et de m'adosser contre le mur, "comme ça tu seras mieux maman"… je suis émue, il prend soin de moi du haut de ses 5 ans et demi. Je leur dis une nouvelle fois que c'est normal d'avoir des contractions, ce sont elles qui vont permettre au bébé de sortir de mon ventre. Et que s'ils entendent du bruit cette nuit, ils peuvent choisir de se mettre dans notre lit tous les deux pour se raconter des petits secrets, ou bien descendre ou bien continuer à dormir, nous leur faisons confiance.
Les enfants couchés je me décide à appeler J. à 20h45. Je lui dis que je ne sais toujours pas si "c'est ça" (hum !), nous convenons de refaire le point à 22h30 maxi.
Xavier prépare le matelas qui me servira certainement au moment de la sortie du bébé. Il n'a plus besoin de consignes maintenant, on voit qu'il est déjà passé par là ! Il me demande juste où il installe le matelas. Je lui dis que je ne sais pas, j'aimerais bien dans le salon (j'ai toujours très froid pendant et juste après mes accouchements, et la chaleur de la cheminée m'attire). Il n'est pas vraiment d'accord car les enfants nous entendront beaucoup plus si nous sommes dans le salon plutôt que dans la salle de jeux comme pour Aurèle. Je n'ai pas envie d'être dans la même pièce que pour Aurèle, en plus il y fait plus frais, et elle est moins chaleureuse, mais comme il semble insister, j'acquiesce en me disant "on verra le moment venu"…
21h45 : Je me décide à rappeler J. (toujours peur de déranger "pour rien", elle aussi a une vie de famille), cette fois je pense que ça ne s'arrêtera pas, les contractions sont toujours assez espacées (10 minutes peut-être ? ) mais elles deviennent assez douloureuses. Elle me demande si elle a le temps de prendre une douche avant de partir, je lui dis bien sûr et elle me rassure en me disant que même si ce n'est pas pour cette nuit, elle ne sera pas vexée ! Mais elle me connaît et doit bien se douter que je ne l'appelle pas "pour rien" !
Avec Xavier nous calculons qu'elle devrait être là vers 23h15 /23h30.
J'envoie un message rapide à Aline pour l'informer, elle est tout excitée ! Un dernier petit coucou aux copines d'Internet, et j'éteins l'ordinateur.
Différents sentiments m'envahissent alors, maintenant que je sais que c'est très probablement pour cette nuit : D'abord la surprise : je ne pensais vraiment pas que ce bébé allait me prendre par surprise deux semaines avant le terme. Et dire que j'avais attendu Aurèle jusqu'au bout en pensant par contre qu'il viendrait bien 8 ou 15 jours avant ! C'est à croire que mes bébés ont un esprit de contradiction bien présent avant même de naître, ou alors que mes désirs conscients ne sont pas mes désirs inconscients ! Et puis un regret que cette grossesse se termine déjà, j'aurais bien signé pour un mois de plus ! Et enfin une certaine excitation quand même à l'idée de rencontrer mon bébé dans quelques heures !
J'appréhende aussi la douleur qui m'attend… j'en fais part à Xavier qui me répond en blaguant qu'il est toujours temps de partir, une piqûre dans le dos et le tour est joué !
Il porte les grands dans notre chambre, afin de libérer la leur, et prépare un lit tout propre pour J.
Je quitte mes vêtements, enfile un peignoir et me rends ensuite dans le salon : les contractions deviennent plus douloureuses, je sens que le bébé appuie vers le bas lors de chacune d'elle, et je mets un certain temps avant de remonter à la surface entre deux contractions. J'ai froid, je suis régulièrement secouée par les frissons. Le salon est tel que nous le connaissons au quotidien, nous n'y avons pour le moment rien installé (tout est dans la salle de jeux, enfin tout c'est beaucoup dire, un matelas avec des alèses jetables, une ou deux serviettes de toilette pour le bébé et c'est tout). Je demande juste à Xavier de se débrouiller pour qu'il y ait moins de lumière : seules restent allumées la petite lampe près de la cheminée, et la lumière de la cuisine : effet tamisé garanti !!
J'éteins également la télévision qu'il a laissée allumée… Elle me dérange.
Je ne sais plus trop comment me mettre, tantôt je suis en boule ou en position fœtale sur le canapé, tantôt agenouillée par terre sur un oreiller. Un aller-retour aux toilettes de temps à autre… mais les contractions restent relativement espacées.
Xavier perçoit très vite que je ne franchis pas du tout les contractions de la même façon que pour Aurèle : j'étais toujours debout, active, je marchais, incapable de m'asseoir ou de me poser… là je suis presque figée sur mon canapé (que je trouve trop petit d'ailleurs !) et je ne trouve aucun soulagement dans le fait de me déplacer, ça me fatigue, j'ai envie d'être tranquille toute seule. Il me dit même que si je veux accoucher un jour il faudrait peut être que je marche quand même ! Mais non, ça durera le temps que ça durera, je suis bien là, le feu me réchauffe, je n'ai pas envie de bouger.
Puis il me demande si je veux mes "lingettes" (petites serviettes éponges qui m'avaient beaucoup servi lors de mon précédent accouchement), oui, on va bien voir ce que ça donne. Xavier apporte alors sur la table du salon un récipient rempli d'eau très chaude, et fait des aller-retours dans la cuisine avec la bouilloire afin de maintenir l'eau du récipient toujours très chaude. Et il me tend une serviette quand je lui demande, que j'applique sur le bas de mon ventre à chaque contraction. Je suis toujours assise par terre, ou à genoux, ou bien je grimpe sur le canapé… La chaleur (et je demande à ce que ce soit vraiment TRES chaud !) qui se diffuse dans mon ventre me fait vraiment beaucoup de bien et m'aide à passer chaque contraction… Comme il y a deux ans, elles vont être mes compagnes jusqu'à la naissance, je ne pourrai plus m'en passer jusqu'au moment où je sentirai la tête de mon bébé arriver.
23h00 : Les contractions commencent à me "scotcher" sur place, je commence à dire que "ça fait mal" et je commence à regarder l'heure en me disant que J. ne devrait plus trop tarder, je commence m'impatienter de la voir arriver…
Elle arrive vers 23h20 comme prévu et en entendant sa voiture arriver, une énorme contraction, beaucoup plus forte que les autres, me fait gémir et enfouir la tête dans les oreillers. Je l'entends qui ouvre la porte. Elle ne fait pas de bruit, ne parle pas, je l'imagine qui jette un œil pour constater que je suis installée dans le salon… elle se met dans "l'ambiance", en simple observatrice. La contraction passée, je relève la tête (je suis toujours par terre sur mon oreiller, la tête sur l'assise du canapé), et lui dis que je suis contente qu'elle soit là. Elle me répond d'un petit mot affectueux. A partir de cet instant là, je me sens à nouveau complètement "hors du temps".
Je rappelle assez vite Xavier pour qu'il me donne des lingettes à chaque contraction et comme ça commence à m'agacer de demander à chaque fois, on convient que je lui ferai juste un signe de la main pour qu'il me la tende.
J. me demande si je veux qu'on écoute le cœur de mon bébé ou pas. Je viens de le sentir bouger, je suis certaine qu'il va bien mais oui, je veux bien. Elle applique le doppler pendant quelques secondes sur mon ventre, sans que je change de position. J'entends tout de suite son petit cœur battre, J. nous dit que c'était vraiment "pour le fun" ! Aucun autre examen ne sera fait … Et ne rien faire, c'est déjà faire beaucoup quand il s'agit de naissance…
Puis elle se déchausse comme à son habitude et vient s'agenouiller tout près de moi, tout près de la cheminée aussi ;-) Elle trouve sa place.
Je la salue d'une caresse sur le front, et d'un sourire en signe de bienvenue… elle en fait de même. Tendresse teintée de pudeur. Nous sommes en "contact", cela me paraît important ce soir là, comme si à travers ce contact je pouvais me soulager un peu de la douleur qui m'envahit. J'ai l'impression que ça y'est, nous sommes tous là, dans notre maison, et je vais pouvoir commencer à me "lâcher".
D'ailleurs ça ne tarde pas ! Je commence à protester contre cette douleur, j'en ai marre, ça fait vraiment trop mal et je le dis ! Je pense même qu'il faut vraiment être cinglée et que c'est sûr, cette fois, c'est la dernière, on ne m'y reprendra plus ! Je ne dois pas être très polie, je laisse échapper quelques jurons mais tant pis ! Nous ne sommes pas là pour faire des manières !
J. me dit que oui, ça fait mal (ah, merci, ça fait du bien d'être comprise, j'en aurais presque moins mal ! ), c'est vrai qu'elle est passée par là plusieurs fois elle aussi !
Xavier est là, tout près aussi, mais dans la retenue, il me laisse "à mon affaire" et entre beaucoup moins en contact avec moi que pour la naissance d'Aurèle. Mais je n'y vois pas d'inconvénient (peut-être que c'est moi qui, de par mon attitude, lui laisse peu de place finalement), je suis bien toute seule, mes deux anges gardiens m'entourent, ils sont beaux tous les deux, j'ai l'impression que les flammes de la cheminée se reflètent dans leurs cheveux, sur leurs visages, c'est très doux, je garde le souvenir d'une lueur orangée pendant toute cette phase. Je les entends qui chuchotent et ça m'agace un peu parce que je trouve qu'ils sont bien tranquilles eux ! Ils en "oublient" même parfois de me donner une lingette quand s'en vient la contraction, je rappelle doucement Xavier à l'ordre, je ne vais quand même pas tout faire toute seule !
J'ai une pensée soudaine pour ces femmes que l'on allonge dans les hôpitaux, branchées de partout, alors que je suis mouvement continu. Me reviennent également quelques images de films que j'ai vus le mois dernier, de femmes qui accouchent "sous haptonomie" avec le sourire aux lèvres et la bouche en cœur et je me dis que vraiment, nous ne devons pas être fabriquées pareil, ce n'est pas possible !
Je suis à genoux la plupart du temps maintenant et j'effectue un mouvement de balancier avec mon bassin, c'est comme un automatisme, ça fait du bien, ça détend.
Au plus fort de la contraction je bouge, je tourne en rond sur mon oreiller, à quatre pattes ou à genoux, ou bien je me mets en boule. J. appuie alors avec le bout de ses doigts dans le bas de mon dos, à trois ou quatre endroits bien précis. Je ne sais pas ce que sont ces points là mais que ça fait du bien ! Elle me demande d'ailleurs si elle doit continuer, je gémis "oui" !
Tout à coup j'ai très chaud, j'enlève rapidement mon peignoir avec son aide et elle replace ses doigts magiques dans le creux de mes reins à chaque contraction ! ça ne doit pas être très facile, j'ai l'impression de ne faire que bouger et tourner sur moi-même, mais elle suit le mouvement…
La maison est calme, les enfants dorment…
Puis je les entends parler du matelas : il est toujours dans la salle de jeux, et je n'ai plus l'intention de bouger, nous sommes bien, là, nous formons un cercle devant la cheminée, il fait bien chaud. Et je sais que maintenant Xavier ne va plus insister pour que je me rende dans l'autre pièce, vu l'état dans lequel je suis !! Sur les conseils de J., il va donc chercher le matelas pendant qu'elle prend le relais avec les lingettes.
Je crois que c'est à peu près à ce moment là que je commence à changer d'attitude.
Je ne proteste plus guère, et pourtant les contractions me paraissent toujours aussi violentes, je ne parle presque plus, je gémis mais je ne rouspète plus. Avec le recul, je pense qu'à partir de ce moment je n'étais plus dans "l'accouchement" mais vraiment dans "la naissance". Avant j'étais telle une jument sauvage, pleine de force et prête à ruer contre cette douleur que je ne supportais plus. Là je deviens gazelle fragile, prostrée, qui ne bouge plus guère, qui accepte, qui attend. Ni l'une ni l'autre ne s'apprivoise… ! Je me sens libre.
J'entends Marius qui se lève pour aller aux toilettes… et qui se recouche, alors qu'il nous a certainement entendus !
Tout à coup je dis "je crois que ça pousse", J. me dit qu'elle pense avoir entendu aussi ! Passent quelques contractions encore avec cette sensation de poussée en fin de contraction seulement.
Xavier doit être en train de préparer d'autres lingettes mais j'entends J. qui lui murmure "oh tu sais, dans 2 ou 3 contractions ton bébé est là". Elle a parlé à voix basse pour ne pas me perturber je pense, mais j'ai bien entendu ! Ah que ça fait du bien d'entendre ces mots ! Ils sont comme un phare dans la tempête, signe que l'arrivée est proche. Je pense "super, c'est bientôt fini !".
Et voilà que je me mets à grogner et à pousser vraiment davantage, je ne contrôle rien, ça vient comme ça, je ne peux rien faire d'autre.
J. me dit que je viens de rompre la poche des eaux et que mon bébé est là tout près, juste derrière ! Je le prends comme un signe d'encouragement.
Je me mets alors à genoux, j'ai envie de serrer les jambes à cause de la douleur mais je me dis qu'il va bien falloir que le bébé sorte et que ce sera plus facile avec les cuisses ouvertes !
Je suis donc à genoux sur le matelas, la tête dans les coussins et je m'appuie sur un bras sur l'assise du canapé pendant que de ma main droite je maintiens la lingette chaude sur mon ventre.
Et alors au plus profond d'une contraction je sens quelque chose qui soulève la paume de ma main : la tête !! J. me dit "oui Anne-Sophie, c'est ton bébé qui arrive", et elle ajoute que maintenant c'est à moi seule de décider quand il va naître, que j'ai tout "mon temps". Je lâche ma lingette et je pose alors ma main nue prête à accueillir ce petit être, j'ai envie de sentir mon bébé qui progresse vers la lumière (chose que je n'avais pas eu envie de faire pour la naissance d'Aurèle malgré la proposition de J.), je l'accompagne en gardant ma main posée sur le sommet de sa tête. Cela peut paraître étonnant mais je n'ai aucun souvenir d'avoir ressenti une quelconque douleur lors du passage de la tête : elle glisse hors de moi, progressivement, doucement, mais sans s'arrêter, comme si ce bébé sentait que maintenant c'est l'heure de venir se nicher dans le creux de ma main. Je sens bien que mon périnée s'étire mais je ne ressens aucune brûlure, aucun écartèlement, sa tête me semble tellement douce que je me demande si je ne rêve pas ! J. m'encourage et me dit d'y aller doucement, millimètre par millimètre mais elle glisse tellement facilement que je ne fais rien pour la "retenir". Ça y'est, la tête est sortie et là je sens les épaules qui sont encore "en-dedans", je lâche tout et ordonne à mes deux compères "aaaahhh, les épaules !!! attrapez-le !!". Je ne gère plus rien, instant de panique, j'ai l'impression qu'il faut qu'ils fassent quelque chose pour décoincer les épaules, mais non ! J'ai à peine terminé de parler que tout son petit corps se met à glisser hors de moi, accompagné d'un flot de liquide… Passage ! nous sommes dans l'instant de l'entre-deux… j'entends pleurer un tout petit peu, deux secondes peut-être, et puis plus rien…
Je me retourne ! : je découvre les mains de mon homme qui ont pris le relais, tenant ce petit être tout juste sorti de moi, ses mains sont encore dans le mouvement qui accompagne la sortie, qui reçoit… au premier coup d'œil je crois deviner que c'est une fille ! Une fille ? C'est une fille ? Je regarde Xavier qui me fait signe que oui, avec un petit clin d'œil, je crois qu'il n'en revient pas lui non plus, mais il ne dit rien… Il n'a pas le temps de la poser, j'essaie de l'attraper mais il ne sait pas trop comment me la donner, le cordon gêne et il voit bien que ça ne peut pas faire le tour de mes jambes ! Il me reste une lueur de conscience ! Je lui dis : "entre mes jambes !", et je la saisis à pleines mains ! Je reste à genoux, les fesses posées sur les talons, je me retourne vers le canapé pour être seule, J. et Xavier me tendent une serviette pour l'envelopper, je me recroqueville avec ma fille posée assise sur mes genoux, je la maintiens sous les aisselles… elle dort ! … ça y'est, tu es là ! Je pleure, je pleure, je dois rire aussi en même temps, enfin je ne sais plus trop, j'ai l'impression que je parle beaucoup à mon bébé également… je me berce avec elle… quel travail nous venons de faire toutes les deux, tu te rends compte, rien que toutes les deux ! Une fille ! Je n'en reviens pas, moi qui me sentais profondément "maman de garçons", moi qui ne pensais pas avoir de fille un jour, voilà que tu t'es invitée, tu vas apporter ta touche de féminité à notre déjà grande famille, tu es toute fine, mon Dieu que tu es belle…
Elle dort encore ! Elle est née en dormant et continue sa petite sieste ! Tranquille. Rien ni personne n'est là pour la déranger ni la perturber, j'ai l'impression qu'elle est "dans son élément" alors qu'elle vient juste de naître, mais elle semble si paisible, si bien…
Le flash de l'appareil photo me fait revenir avec mes deux compagnons. Leur regard laisse transparaître une émotion bien palpable. Ils ne parlent pas, il n'ont pas parlé, tout s'est fait dans le silence, le respect.
J'ai l'impression que la lumière n'est plus la même, que Xavier a tout allumé maintenant. Plus tard il me dira que non. C'est étrange cette impression de changement de lumière entre l'avant et l'après.
Je reviens à la "réalité", je leur demande si je n'ai pas rêvé, si c'est bien une fille ! (et oui, après 3 garçons on ne s'y attend pas vraiment !).
Avec leur aide je m'allonge sur le matelas, mon bébé contre moi, sous une couette, tout près du feu (et j'ai encore froid !). Ah quel bonheur, nous sommes bien là tous les trois, nous commençons à discuter, la maison est calme, mon bébé dort toujours !
Et puis nous nous demandons comment nous allons appeler cette petite merveille ! Nous avions gardé deux prénoms : Alice ou Azélie…. Xavier commence à dire que pour lui c'est "tout vu" : Azélie… j'acquiesce, et "pour le fun" il demande à J. qui acquiesce également ! Nous rions ! Ce sera donc Azélie. Ça lui va bien. Ce prénom a un côté doux et malicieux qu'elle aura sans doute, entourée de trois grands frères !
Xavier vient près de moi, il a le sourire aux lèvres, il est heureux, ça se voit ! Nous nous embrassons de temps en temps, nous sommes bien, personne ne nous dit quoi faire, nous profitons de l'instant présent.
Plus tard J. me dit que le placenta s'est probablement décollé au moment de la naissance (le liquide amniotique était teinté de sang), elle regarde, je pousse un peu, je lui confirme que je le sens tout près de la sortie, donc il est bien décollé. Elle tire un peu sur le cordon pour m'aider et il glisse hors de moi. C'est très doux et sa sortie me procure une sensation de mieux-être. Une "délivrance" qui porte bien son nom… une deuxième naissance !
Xavier apporte un récipient de la cuisine pour le déposer. J. vérifie son intégrité. Azélie est toujours reliée à son placenta, Xavier coupera le cordon un peu plus tard. Puis ils mettront le placenta au congélateur, en attendant qu'il soit enterré au pied d'un arbre. Notre choix se portera sur un magnolia.
J'applique une bouillotte en noyaux de cerises sur mon ventre pour me soulager des contractions utérines, mais je vais avoir l'agréable surprise dans les heures qui suivent de constater qu'elles sont douloureuses uniquement pendant les tétées (elles avaient été très nombreuses et très fortes, pendant plusieurs heures, après la naissance d'Aurèle). Un cadeau !
Environ une heure après la naissance, nous entendons du bruit là haut ! Marius et Lubin sont réveillés et ont décidé de descendre visiblement ! Ils doivent bien se douter qu'une surprise les attend ! Dans l'escalier j'entends Marius qui chuchote "j'espère que c'est une petite sœur" ! Et puis je l'entends s'exclamer : " vous êtes dans le salon ? Hé bien la prochaine fois vous pourrez vous mettre là !" (désignant le séjour !!). Il a été très surpris de nous voir dans le salon visiblement ! Il s'attendait à nous découvrir dans la salle de jeux, là où est né Aurèle !
Et je les aperçois tous les deux, sourire aux lèvres, je les invite à venir découvrir "le bébé" qui se cache sous la couette ! Au passage Marius lance un grand "Bonjour Joëlle !" Et il l'embrasse ! Lubin en fait de même ! Je suis surprise, je m'attendais à ce qu'ils viennent voir le bébé tout de suite, d'autant plus que nous ne les obligeons jamais à embrasser qui que ce soit pour dire bonjour, c'est donc qu'ils le font de bon cœur ! Je crois qu'ils sont contents de la voir. Et puis, si elle est là, cela signifie qu'il y a un bébé !
Ils s'approchent ensuite de moi, et regardent sous la couette avant de nous dire "c'est un garçon !"… Bon, il faut dire qu'elle a toujours le cordon entre les jambes donc ce n'est pas forcément évident ! J'insiste un peu, pour eux c'est toujours un garçon alors finalement je leur dis que non, ils ont une petite sœur ! Cela ne semble plus guère avoir d'importance finalement, ils sont très calmes, heureux d'être avec nous et cette fois ils ne remonteront pas se coucher comme il y a deux ans, ils sont "grands" maintenant. Ils s'intéressent de près à tout ce qui se passe et J. se charge de les "occuper" : elle demande à Marius d'aller chercher un papier et un crayon et lui dit qu'elle va avoir besoin de son aide ! Il est très fier !
La mesure du périmètre crânien et l'écoute du cœur sont faits sous la couette, puis je pose Azélie sur le canapé. Ses deux frères s'assoient à ses côtés et à ce moment là elle se met à ouvrir les yeux (elle dormait toujours !) et regarde ses frères avec cette profondeur dans le regard qu'ont les nouveaux-nés. Première rencontre. Mes grands la regardent en retour, sans parler, ils l'observent. On dirait presque qu'ils sont intimidés par ce regard… le temps s'est presque arrêté. Nous nous contentons de les admirer…
J. la pèse, vérifie ses réflexes, et demande à Marius de lire et de noter soigneusement chaque mesure ! Il fait cela très consciencieusement, assis sur le canapé juste à côté de sa sœur. Lubin est assis de l'autre côté et regarde attentivement ce qui se passe ! Ils rient tous les deux en voyant que leur sœur "marche" sur le canapé ! J. notera le prénom, la date et l'heure de naissance d'Azélie sur ce petit pense-bête… Marius le conserve précieusement et le lendemain il promet à Azélie de lui montrer ce papier quand elle sera grande !
Marius suit J. partout, et réussit à lui parler de sa passion de l'Egypte… à 2 heures du matin ! "tu sais quand je serai égyptologue…", et les voilà partis dans une grande conversation ! Puis elle lui montre à quoi sert le doppler. Je me dis que c'est un beau cadeau pour eux également cette naissance à la maison.
Qu'ils me semblent grands mes deux garçons, je suis heureuse qu'ils soient à nos côtés, ils sont beaux, visiblement ravis d'être là eux aussi, je suis si fière d'eux.
Ils retournent se coucher un peu plus tard. Puis J. et Xavier remettent un peu d'ordre, lancent une machine de linge etc. J. me demande si je souhaite prendre une douche mais comme la douche est à l'étage, je n'ai pas vraiment envie de monter les escaliers. Elle me fera donc une toilette avec les lingettes humides (j'ai du sang un peu partout !). Pour une fois que ce n'est pas moi qui m'occupe des autres, je me laisse chouchouter !
Elle rédige ensuite le compte-rendu de l'accouchement, remplit le carnet de santé d'Azélie et nous demande quelle est son heure de naissance ! Je sais qu'à 23h50 elle n'était pas née, j'ai aperçu l'heure ! J. nous dit qu'à 23h55 elle était née, et Xavier tranche en disant "53 comme la Mayenne" ! Nous rions ! Donc ce sera 23h53 le 16 novembre 2006, c'est très équilibré !
Et puis nous songeons à aller dormir un peu, il doit être 3h30 ou 4 heures du matin. Je marche jusque dans la chambre d'amis/salle de jeux, là où est né Aurèle, pour terminer la nuit avec Azélie nue contre moi dans un grand lit tout propre. J'ai très soif, Xavier me prépare un thé, nous discutons encore un peu tous les trois et ils montent se coucher également. Je ne ferme pas l'œil de la nuit, trop de pensées m'envahissent…
Je saurai le lendemain que les gars ne dormaient pas encore quand Xavier est monté, ils l'attendaient sagement et étaient bien trop excités pour s'endormir sans lui !
Nous laissons la porte ouverte pour que J. puisse quitter la maison quand elle le souhaite. Une autre de ses mamans est à terme et peut l'appeler. Et puis, un papillon, ça ne s'enferme pas ;-)…
Elle descend avant le lever familial et vient s'installer sur mon lit avant de partir retrouver ses garçons. Nous nous retrouvons et chuchotons quelques petits secrets "entre filles" ! Elle me dit qu'elle est contente. Quelques larmes pour quelques confidences passées… une longue étreinte… quelques caresses… un regard… émotion… départ…
Une heure plus tard, la nuit a laissé place à une nouvelle journée qui commence. Xavier descend, les gars suivent peu après. Aurèle arrive également. Quand il aperçoit "le bébé", il reste "bouche bée" (au sens propre !) pendant quelques secondes avant de s'intéresser en détail à ce petit être : ses oreilles, son nez, sa bouche… !
Je me lève… je passe dans le salon qui a retrouvé son aspect habituel. Qui peut soupçonner un instant ce qui s'est passé cette nuit ici ? Reste une empreinte, du domaine de l'impalpable, comme une vibration, invisible et pourtant tellement présente encore. Seules subsistent quelques braises qui crépitent à peine dans la cheminée, témoins d'un passage, témoin de la Vie. Xavier ajoute quelques bûches de bois, le feu "repart" et ne s'éteindra pas de la journée, prolongeant en quelque sorte la magie de l'instant passé.
Au moment de midi, Azélie a pu savourer en direct les odeurs de pintade au miel ! C'est quand même pas mal pour une entrée dans la vie !
Que retiendront mes deux grands de cette nuit là ? Que leur restera t-il comme souvenir? Ils ont demandé à voir le placenta le lendemain. Je me souviens de la déception de Marius l'année dernière quand il nous a demandé où était son placenta à lui… il est né à l'hôpital. Je ne sais pas où est son placenta… Il aurait bien aimé avoir son arbre avec son placenta et pouvoir en prendre soin…
Je pense aussi à Azélie : un jour tu seras femme et probablement mère : dans quelle mesure ta naissance te guidera-t-elle dans ta façon de percevoir la maternité et dans ta vie de femme ?
Mes quatre enfants m'ont tous enrichie dès leur naissance, chacun de façon différente. Avec chacun d'eux j'ai connu une "première fois"… Marius est bien sûr celui qui m'a faite mère. Avec Lubin j'ai découvert l'allaitement "long". Aurèle m'a appris la naissance en liberté, en toute simplicité. Et la naissance d'Azélie fut un vrai feu d'artifice, où liberté et animalité étaient étroitement liés. Avec elle je vais apprendre à m'occuper d'une petite fille aussi. Serait-ce le bouquet final ???
Si je devais conclure, avec le recul, je retiendrais plusieurs aspects de cette naissance :
Un grand sentiment de liberté, de complicité et de tendresse entre Xavier, J., moi, et les enfants. Je me suis sentie très à l'aise, à tout moment. Ce fut une naissance où chacun a trouvé sa juste place, au bon moment. Nous avons vraiment vécu une naissance "en famille" cette fois.
Je suis surprise de constater la différence d'attitude entre mes deux accouchements à domicile : pour Aurèle j'étais dans la verticalité, incapable de m'asseoir ou de m'allonger pendant tout le "travail". Pour Azélie j'étais la plupart du temps à genoux ou en position fœtale, changeant de position à chaque instant, mais presque toujours au ras du sol.
Je n'ai pas eu la même relation avec Xavier qu'il y a deux ans non plus : Pour Aurèle je m'accrochais à son cou à chaque contraction ou presque, j'avais besoin de me "raccrocher" à lui. Pour Azélie je n'ai pas eu ce besoin là, j'ai eu l'impression d'être beaucoup plus "seule"…par choix je pense : je crois que j'avais vraiment besoin de me "recroqueviller" sur moi-même pour vivre pleinement cette naissance. Et je me suis trouvée.
J'ai senti Xavier moins "présent" mais c'est moi qui ne suis pas allée vers lui. Et d'un autre côté c'est la première fois qu'il accueille un de nos bébés dans ses mains, lui de son côté était donc bien "présent" !
J'ai le souvenir du silence également. Nous étions trois adultes, avec trois enfants qui dormaient. Je n'ai entendu que des chuchotements, des murmures, que je perçois comme une marque de respect pour ce moment qu'est la naissance. Par contre j'ai l'impression d'avoir beaucoup parlé "toute seule" à partir du moment où J. est arrivée.
La notion de temps et d'absence de temps fut également très présente : avant que J. n'arrive, j'étais dans "l'attente", je regardais l'heure régulièrement, j'étais "là", bien présente. Puis le temps a clairement cessé d'exister, j'ai eu l'impression d'avoir été plongée dans un temps qui n'appartenait qu'à moi : les 30 minutes passées entre l'arrivée de J. et la naissance m'ont semblé beaucoup plus : chaque instant, vécu pleinement, succédait à l'instant précédent. J'étais dans le temps des contractions et de la naissance.
Et puis il y a ce "cadeau" : Pour cette naissance, ce dont j'avais le plus "peur" c'est de la douleur lors du passage de la tête du bébé : Lors de mon premier AAD (pour les aînés en maternité j'avais eu une épisiotomie donc aucune sensation d'étirement du périnée), j'avais eu une sensation d'étirement énorme, j'avais l'impression que la tête n'allait jamais passer, que tout allait éclater. La tête avançait, remontait, avançait, remontait et dans mes souvenirs cela restait de loin le moment le plus douloureux et le plus désagréable. Mais là au contraire, ce fut incroyablement doux, la tête a glissé dans ma main, doucement, en une fois, sans que je ne ressente la moindre douleur. Ce fut une sensation intense, mais j'ai eu l'impression que mon périnée avait "obéi" sans réticence à cette tête qui demandait le passage. Est ce que ce ressenti pourrait être dû au fait que dans ma tête j'étais vraiment dans l'accompagnement de ma fille ?
Et enfin, je suis persuadée que j'ai attendu que J. arrive pour laisser naître ma fille. A partir du moment où j'ai entendu sa voiture arriver, les contractions sont devenues soudainement beaucoup plus fortes, et une demi-heure plus tard, Azélie naissait.
Le vendredi après-midi, Xavier est allé déclarer la naissance d'Azélie, Rose, Marie, à la mairie de notre petit village. Les enfants ne sont pas allés à l'école, sauf en fin d'après-midi pendant une petite heure pour annoncer à leurs camarades de classe qu'une petite sœur était née "cette nuit, dans le salon" !
Après la naissance, nous avons pris soin de laisser la porte close pendant plusieurs jours. Nous avions envie de vivre ce bonheur entre nous uniquement, de laisser encore planer dans la maison la magie d'une nuit de lumière sans perturbation extérieure : si certaines personnes ont réellement compris notre choix, plusieurs membres de nos familles, et certains amis, l'associent à un "doux délire", et évitent soigneusement le sujet, comme si cela les dérangeait, eux…
Seule Maï, ma sage-femme "de proximité" est venue une fois par jour pendant quelques jours. Nous avons aimé reparler de cette naissance avec elle, juste entrouvrir notre porte pour laisser passer ce rayon de soleil. Chaque visite avait un air de fête, elle était pleine d'attention pour les garçons et elle a pris soin d'entretenir cette notion de naissance "en famille".
Azélie aura trois semaines dans quelques jours… ,je ne ressens pas ce vide énorme que j'avais ressenti après la naissance d'Aurèle et qui m'avait poursuivi pendant de longues semaines. Aujourd'hui je dirais même (mais ça peut changer !) que je me sens "remplie" et comblée. J'ai le sentiment d'avoir achevé quelque chose que j'avais commencé lors de mon premier accouchement à domicile, l'impression d'avoir complété la palette des couleurs qui s'offraient à moi… Même si d'autres couleurs restent certainement à inventer ;-))
C'est la naissance qui, de loin, m'a le plus "bouleversée" : Je me suis retrouvée face à moi-même pendant cet accouchement, j'ai eu le sentiment de mettre mon enfant au monde toute seule. J'ai vécu avec mes compagnons des moments très forts d'émotions partagées, je suis heureuse de ce qu'on vécu mes fils aînés cette nuit là… et puis, le fait que ce soit une petite fille… J
Et je terminerai en rendant
hommage à celle qui a vécu cette belle aventure avec nous, celle qui répète
souvent qu'elle fait de "l'artisanat d'art", en empruntant des mots
si bien écrits : "Elle sait faire vivre la lumière, elle sait parler,
elle sait se taire. Elle sait rendre à l'éternité l'éphémère explosion du
bonheur. C'est une fée, c'est une artiste. Elle est sage-femme…
impressionniste"
(Maï Le Dû, "Bord de mères", ELPEA 2005)
… Il est des instants rares et précieux, et pourtant si simples, tellement simples…
